Une déclaration controversée qui ravive les tensions
Les récents propos de Walid Joumblatt, affirmant que « les fermes de Chébaa sont syriennes », ont déclenché une vive controverse sur la scène politique libanaise. Cette déclaration, faite lors d’une entrevue publique, remet en question des décennies de revendications libanaises sur ce territoire occupé par Israël depuis 1967. Joumblatt, leader historique du Parti socialiste progressiste, a justifié sa position en évoquant l’absence de documents officiels prouvant que les fermes de Chébaa appartiennent au Liban.
Cette déclaration a suscité des réactions immédiates au sein des différentes forces politiques libanaises. Tandis que certains considèrent ces propos comme une tentative de révision historique, d’autres y voient une trahison des intérêts nationaux. Les tensions qui en résultent reflètent les fractures profondes dans le paysage politique libanais.
Les Fermes de Chébaa : Un Point de Tension au Carrefour des Revendications Syriennes, Libanaises et Israéliennes
Les fermes de Chébaa, situées au sud du fleuve Litani, représentent une enclave géographique et politique stratégique au cœur du Liban, de la Syrie et d’Israël. Cette zone, d’environ 14 kilomètres carrés, est devenue un symbole des tensions persistantes au Moyen-Orient, impliquant trois nations aux revendications territoriales conflictuelles.
Localisation et Importance Géographique
Les fermes de Chébaa se trouvent dans la région de Bekaa, une vallée fertile qui s’étend entre le Liban et la Syrie. Plus précisément, elles sont situées près de la frontière israélo-libanaise, à une courte distance du plateau du Golan syrien occupé par Israël depuis la guerre des Six Jours en 1967. Cette localisation stratégique fait des fermes de Chébaa un point névralgique, car elles sont entourées par des zones agricoles et des infrastructures cruciales pour le transport et l’approvisionnement des trois pays concernés.
Les Revendications Libanaises
Le Liban revendique fermement les fermes de Chébaa comme faisant partie intégrante de son territoire national. Cette revendication est principalement basée sur des considérations historiques et géographiques. Après la fin de l’Empire ottoman et le mandat français, la délimitation des frontières n’a jamais été entièrement clarifiée, laissant place à des ambiguïtés. Le Hezbollah, un acteur clé du paysage politique et militaire libanais, considère la zone comme une extension légitime du Liban, renforçant ainsi la revendication nationale. Pour le Liban, la restitution de Chébaa représenterait non seulement un gain territorial, mais aussi une affirmation de sa souveraineté face aux ingérences extérieures.
Les Revendications Syriennes
La Syrie, quant à elle, revendique les fermes de Chébaa en s’appuyant sur les accords de frontières établis pendant la période du mandat français. Selon les documents historiques, Chébaa faisait initialement partie de la Syrie, et cette interprétation est soutenue par plusieurs cartes administratives de l’époque. La Syrie considère que l’occupation israélienne de cette zone constitue une violation de son intégrité territoriale. De plus, la présence syrienne dans la région du Bekaa, qui est une zone économiquement vitale, renforce la nécessité pour la Syrie de revendiquer Chébaa comme partie intégrante de son territoire national.
Les Revendications Israéliennes
Israël, de son côté, occupe les fermes de Chébaa depuis la guerre de 1967 et les considère comme une zone stratégique pour des raisons de sécurité. Le contrôle de cette enclave permet à Israël de sécuriser ses frontières sud et de prévenir toute infiltration potentielle des groupes armés du Hezbollah, basé au Liban. Israël argue également que, selon le principe de la « ligne de cessez-le-feu » de 1923, Chébaa aurait dû être attribuée à la Syrie. Toutefois, en pratique, Israël maintient le contrôle de la zone pour des raisons sécuritaires et stratégiques, tout en évitant de la reconnaître officiellement comme faisant partie de son territoire.
Les Enjeux et les Perspectives de Résolution
Les fermes de Chébaa symbolisent les complexités des frontières au Moyen-Orient, où les héritages coloniaux et les réalités géopolitiques contemporaines se confrontent. La résolution de ce conflit nécessite un dialogue multipartite impliquant le Liban, la Syrie et Israël, potentiellement sous l’égide d’organisations internationales telles que l’ONU. Cependant, les divergences profondes et les intérêts stratégiques de chaque partie compliquent toute tentative de médiation.
La situation à Chébaa a également des implications pour la stabilité régionale. Une escalade des tensions dans cette enclave pourrait entraîner des répercussions plus larges, affectant les relations entre les trois pays et exacerber les conflits existants. Par conséquent, la communauté internationale observe de près les développements dans cette zone, cherchant des moyens de promouvoir la paix et la coopération plutôt que la confrontation.
Les réactions politiques au Liban
La déclaration de Joumblatt a été vivement critiquée par le Hezbollah, qui a accusé le leader druze de « trahison des intérêts libanais ». Pour les proches du Hezbollah, ces propos affaiblissent la position du Liban face à Israël et compromettent les efforts visant à récupérer ce territoire.
D’autres figures politiques, notamment celles issues de l’opposition, ont adopté une position plus nuancée. Certains estiment que Joumblatt soulève une question légitime sur la nécessité de clarifier les frontières avec la Syrie, tandis que d’autres considèrent ces déclarations comme une distraction par rapport aux problèmes internes du pays.
Les implications régionales
La question des fermes de Chébaa dépasse le cadre des frontières libanaises. Elle reflète les dynamiques complexes entre le Liban, la Syrie et Israël. Pour la Syrie, reconnaître officiellement la souveraineté libanaise sur Chébaa pourrait affaiblir sa position stratégique dans la région. Israël, de son côté, utilise cette ambiguïté pour maintenir une pression militaire sur le sud du Liban, tout en renforçant sa défense contre le Hezbollah.
Les déclarations de Joumblatt interviennent à un moment où les relations syro-libanaises sont déjà fragiles. La Syrie, bien qu’alliée historique, a souvent été perçue comme réticente à clarifier les frontières pour préserver ses propres intérêts stratégiques dans la région.
Un enjeu pour l’unité nationale
La controverse autour des propos de Joumblatt met en lumière une question plus large : celle de l’unité nationale au Liban. Alors que le pays est déjà confronté à des crises multiples, cette déclaration risque d’aggraver les divisions internes. Certains analystes estiment que ce débat pourrait détourner l’attention des véritables priorités, notamment les réformes économiques et politiques indispensables pour sortir le Liban de l’impasse actuelle.
Malgré les critiques, Joumblatt a maintenu sa position, affirmant que « la vérité historique ne doit pas être ignorée, même si elle est inconfortable ». Ces paroles reflètent une volonté de remettre en question certains consensus établis, mais elles risquent également d’exacerber les tensions dans un pays déjà profondément divisé.
Quelle issue pour les fermes de Chébaa ?
La solution à la question des fermes de Chébaa reste incertaine. Certains experts appellent à une délimitation claire des frontières entre le Liban et la Syrie, ce qui pourrait renforcer la légitimité des revendications libanaises. D’autres estiment que seule une résolution internationale, impliquant les Nations Unies, pourrait mettre fin à cette dispute territoriale.
Cependant, tant que les divisions internes persistent et que les acteurs régionaux maintiennent leurs positions stratégiques, il est peu probable que la situation évolue rapidement. La déclaration de Joumblatt, bien qu’importante, ne fait qu’ajouter une nouvelle couche de complexité à un problème déjà difficile à résoudre.



