Les importations libanaises continuent de subir les effets de la crise économique avec une chute de 53,9 % des L/Cs ouverts au cours des onze premiers mois de 2024, selon les données de la Banque du Liban (BDL). Ce recul s’inscrit dans un contexte de ralentissement du commerce extérieur et de restrictions bancaires, limitant l’accès aux financements pour les importateurs.
Une contraction marquée du financement des importations
D’après les chiffres publiés, les L/Cs ouverts pour financer les importations sont passés de 179,7 millions de dollars en 2023 à 82,9 millions en 2024, soit une baisse de 53,9 % en un an. De plus, les L/Cs effectivement utilisés ont chuté de 56 %, passant de 167 millions à 73,5 millions de dollars sur la même période.
| Indicateur | 2023 (11M) | 2024 (11M) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| L/Cs ouverts ($) | 179,7 M | 82,9 M | -53,9 % |
| L/Cs utilisés ($) | 167,0 M | 73,5 M | -56,0 % |
| L/Cs en cours ($) | 724,8 M | 598,9 M | -17,4 % |
Cette contraction s’explique par plusieurs facteurs :
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
- L’accès limité aux devises étrangères, en raison de la crise de liquidités dans le secteur bancaire.
- La réévaluation du taux de change officiel à 89 500 LP/USD, ce qui a renchéri le coût des importations.
- Le resserrement du crédit bancaire, avec des banques qui privilégient le remboursement de leurs propres engagements plutôt que le financement du commerce.
- La baisse de la consommation intérieure, qui réduit la demande d’importations.
Les secteurs les plus touchés
La chute des financements concerne principalement les produits de consommation courante, les équipements industriels et les matières premières. Certains secteurs, comme l’agriculture et la pharmacie, ont bénéficié d’aides internationales ou d’accords bilatéraux pour atténuer l’impact.
À l’inverse, les importations de produits de luxe et d’équipements électroniques ont fortement reculé, pénalisées par la baisse du pouvoir d’achat des ménages et la dollarisation partielle de l’économie.
Un effet domino sur les exportations
En parallèle, la baisse des L/Cs pour les importations affecte aussi les exportations, en raison de la dépendance des entreprises libanaises aux matières premières importées. Les L/Cs ouverts pour les exportations ont reculé de 33,2 %sur un an, s’établissant à 18,1 millions de dollars en 2024 contre 27,1 millions en 2023.
| Indicateur | 2023 (11M) | 2024 (11M) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| L/Cs ouverts pour export ($) | 27,1 M | 18,1 M | -33,2 % |
| L/Cs utilisés pour export ($) | 43,0 M | 25,4 M | -40,9 % |
| L/Cs en cours pour export ($) | 1 006,2 M | 702,1 M | -30,2 % |
Cette tendance risque d’affecter la balance commerciale du Liban, qui repose principalement sur les exportations agricoles, les produits manufacturés et les services financiers.
Quelles solutions pour relancer les importations ?
Pour remédier à cette situation, plusieurs options sont envisagées :
- Faciliter l’accès aux financements internationaux, via des garanties de la Banque du Liban ou des institutions comme la Banque mondiale.
- Diversifier les sources d’approvisionnement, en favorisant des accords commerciaux directs avec des pays partenaires pour contourner le manque de devises.
- Encourager la production locale, en réduisant la dépendance aux importations et en soutenant les industries locales.
Cependant, ces solutions nécessitent une stabilité monétaire et politique, ainsi qu’une reprise de confiance dans le secteur bancaire.
La Banque du Liban face à un dilemme monétaire
La Banque du Liban (BDL) joue un rôle clé dans la gestion des importations en fixant les règles de financement en devises. Depuis janvier 2024, elle a réévalué le taux de change officiel à 89 500 LP/USD, contre 15 000 LP/USDauparavant. Cette nouvelle parité a eu un impact immédiat sur la valorisation des L/Cs, rendant plus coûteux les financements en livres libanaises.
| Date | Taux de change officiel (LP/USD) | Évolution (%) |
|---|---|---|
| 2023 | 15 000 | – |
| Janvier 2024 | 89 500 | +496 % |
Dans ce contexte, la Banque du Liban pourrait être amenée à ajuster sa politique monétaire, en réintroduisant des subventions ciblées sur certaines importations stratégiques (médicaments, produits alimentaires essentiels).
Un impact direct sur le coût de la vie
La chute des importations et la hausse du coût des financements se répercutent sur le prix des biens et services, alimentant l’inflation. En 2024, le taux d’inflation annuel dépasse les 140 %, accentuant la crise du pouvoir d’achat des Libanais.
Si aucune mesure corrective n’est prise, le Liban risque une contraction supplémentaire de son commerce extérieur, aggravant la crise économique et les tensions sociales.
La baisse des L/Cs, un indicateur inquiétant pour l’économie libanaise
Le repli des L/Cs illustre la fragilité du commerce extérieur libanais et la crise de liquidités persistante. Tant que les restrictions bancaires et monétaires limiteront l’accès aux financements, la reprise des importations restera incertaine.



