La Banque du Liban confirme une baisse de 16 % des revenus du tourisme en 2024, impactant fortement le secteur et les équilibres extérieurs
Le secteur touristique libanais, considéré historiquement comme un pilier de l’économie nationale, a vu ses recettes plonger de 16,3 % en 2024, atteignant 4,65 milliards USD contre 5,56 milliards USD en 2023. Les données officielles publiées par la Banque du Liban (BdL) indiquent une contraction continue tout au long de l’année, avec un recul particulièrement marqué au second semestre.
En détail, les recettes trimestrielles ont été réparties comme suit : 1,1 milliard USD au premier trimestre, 1,43 milliard au deuxième, 1,45 milliard au troisième et seulement 670,2 millions au quatrième trimestre. Cette baisse est la plus importante observée depuis 2021, où les revenus touristiques s’étaient établis à 3,14 milliards USD.
Le recul trimestriel par rapport à 2023 montre une détérioration progressive : -3,5 % au T1, -2,1 % au T2, -21 % au T3 et -40 % au T4. Ce profil décroissant illustre l’effet cumulé d’un environnement politique incertain, de l’instabilité régionale, et d’une réduction du pouvoir d’achat de la diaspora libanaise, principal moteur du tourisme récepteur.
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Historiquement, entre 2002 et 2024, les recettes touristiques annuelles se sont élevées en moyenne à 6,05 milliards USD, avec un pic en 2019 à 8,6 milliards USD, juste avant la crise économique majeure. En pourcentage du produit intérieur brut (PIB), le tourisme représentait 16,4 % du PIB en 2024 contre 23,6 % en 2023.
Parallèlement, les dépenses liées au tourisme sortant (dépenses des Libanais à l’étranger) ont atteint 3,52 milliards USD en 2024, contre 3,73 milliards en 2023, soit une baisse de 5,5 %. Cette contraction reste cependant bien moindre que celle des recettes entrantes. Les flux trimestriels sortants ont été de 807,4 millions USD au T1, 980,8 millions au T2, 1,14 milliard au T3 et 589 millions au T4.
L’écart net – différence entre recettes du tourisme entrant et dépenses du tourisme sortant – s’est ainsi réduit à 1,13 milliard USD en 2024, contre 1,83 milliard USD en 2023, soit une chute de 38 %. En pourcentage du PIB, ce solde net est passé de 7,8 % à 4 % en un an.
Ce recul net constitue une perte significative en termes de devises étrangères et accentue la pression sur la balance des paiements. En effet, le Liban a besoin de recettes touristiques pour compenser ses lourds déficits commerciaux et financer ses besoins en importations essentielles.
Le graphique suivant illustre l’évolution des recettes nettes du tourisme en milliards USD sur la période 2020-2024 :
| Année | Recettes tourisme (USD) | Dépenses sortantes (USD) | Solde net (USD) |
|---|---|---|---|
| 2020 | 3,84 | 2,85 | 0,99 |
| 2021 | 3,14 | 3,08 | 0,06 |
| 2022 | 5,95 | 4,25 | 1,70 |
| 2023 | 5,56 | 3,73 | 1,83 |
| 2024 | 4,65 | 3,52 | 1,13 |
Le niveau atteint en 2024 constitue le plus faible solde net depuis 2020, lorsque la pandémie de COVID-19 avait fortement perturbé les flux touristiques mondiaux.
En outre, les données de la BdL soulignent que les dépenses des Libanais à l’étranger restent structurellement élevées. Elles ont représenté en 2024 environ 12,4 % du PIB contre 15,8 % un an plus tôt. Cette tendance met en lumière une fuite continue de devises, même dans un contexte de crise économique profonde.
Sur le plan structurel, le recul du tourisme est également attribué à l’absence d’un plan de relance national ou d’une stratégie de marketing territorial capable d’attirer des flux de touristes hors diaspora. À cela s’ajoutent les difficultés logistiques, la vétusté des infrastructures, et l’instabilité politique.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs économiques appellent à réorienter les politiques publiques vers une meilleure valorisation du secteur, notamment à travers :
- La réduction des barrières à l’investissement hôtelier
- Le développement d’un cadre réglementaire incitatif
- Une stratégie diplomatique active pour rassurer les marchés émetteurs
- Le renforcement de l’offre touristique locale (écotourisme, tourisme culturel, gastronomie)
L’évolution du secteur en 2025 dépendra fortement de la stabilisation régionale, de la reprise du pouvoir d’achat des expatriés, mais surtout de la capacité du Liban à rétablir la confiance et relancer l’offre.



