L’histoire de la viticulture au Liban est profondément enracinée dans les civilisations anciennes qui ont prospéré dans la région, des Phéniciens aux Romains, en passant par les influences médiévales et les croisades. Aujourd’hui, le vignoble libanais fait face à des défis contemporains tels que le changement climatique, qui a des répercussions directes sur la production. Pourtant, cette résilience viticole, enrichie par des cépages locaux uniques, continue d’affirmer l’identité du Liban en tant que terre de vin depuis des milliers d’années.
La saison des vendanges au Liban, qui a lieu principalement entre août et octobre, est un moment clé pour l’industrie viticole du pays. Le Liban, bien que petit en superficie, possède une riche tradition viticole remontant à des milliers d’années, notamment dans les régions de la vallée de la Békaa, où se concentrent la plupart des vignobles.
Les vendanges libanaises sont marquées par une récolte manuelle, souvent familiale, reflétant l’importance culturelle et sociale de ce moment. Les cépages les plus cultivés incluent le Cabernet Sauvignon, le Cinsault, le Carignan, et la Syrah pour les vins rouges, ainsi que le Chardonnay, la Muscat et la Sauvignon Blanc pour les vins blancs.
Cette période est également cruciale pour les caves libanaises renommées, telles que Château Ksara, Château Musar, et Château Kefraya, qui attirent de nombreux amateurs de vin du monde entier. Les défis récents liés à l’instabilité économique et aux conditions climatiques difficiles n’ont pas épargné la viticulture libanaise, mais les producteurs continuent de maintenir des standards élevés de qualité, faisant du vin libanais un produit phare de la région.
Outre l’aspect économique, les vendanges sont également une période de festivités locales, où les vendangeurs célèbrent la récolte dans une ambiance conviviale.
L’Antiquité : cépages et commerce phénicien, hellénistique et romain
Dès l’Antiquité, le Liban, alors partie intégrante de la Phénicie, était une plaque tournante de la viticulture. Les Phéniciens, célèbres navigateurs et commerçants, sont considérés comme les premiers propagateurs de la vigne dans toute la Méditerranée, introduisant les techniques de viticulture aux Grecs et aux Romains. Ils exportaient des amphores de vin à partir des ports de Byblos, Sidon et Tyr, faisant du vin libanais une denrée recherchée dans l’Égypte ancienne et la Grèce classique.
Pendant la période hellénistique (323-31 av. J.-C.) et romaine (31 av. J.-C. – 476 apr. J.-C.), le vin libanais a prospéré sous l’influence des pratiques agricoles avancées apportées par les Grecs et les Romains. La vallée de la Békaa, grâce à son sol riche et son climat méditerranéen, restait le centre névralgique de la viticulture. Les Romains ont perfectionné les techniques de vinification, et la région produisait des vins destinés non seulement à la consommation locale, mais également au commerce à travers l’Empire romain.
Les cépages spécifiques de l’époque romaine au Liban sont peu documentés, mais il est probable que certains des cépages autochtones actuels comme l’Obeidi et le Merwah étaient déjà cultivés. Le vin faisait également partie des rituels religieux, et des temples comme celui de Bacchus à Baalbek témoignent de l’importance du vin dans la culture et les croyances de l’époque.
Cépages autochtones et influences médiévales
Les cépages autochtones tels que l’Obeidi et le Merwah sont considérés comme des héritages de ces temps anciens. Ces variétés indigènes, adaptées au climat local, ont perduré à travers les âges et sont encore utilisées dans la production de vins libanais modernes. L’Obeidi, parfois appelé « Chardonnay du Liban », est notamment apprécié pour ses qualités de vin blanc, tandis que le Merwah, un autre cépage blanc, joue un rôle central dans l’assemblage de certains vins de terroir.
Après la chute de l’Empire romain, la viticulture au Liban a continué à traverser des périodes de turbulences, notamment sous les empires byzantin et islamique. Le Moyen Âge a vu une production réduite, car la consommation d’alcool était proscrite sous la loi islamique. Toutefois, les communautés chrétiennes, en particulier les maronites dans les montagnes libanaises, ont préservé la tradition viticole, principalement pour produire du vin de messe.
Avec les croisades (XIe-XIIIe siècles), le vin a retrouvé une certaine importance grâce aux États latins établis par les croisés dans la région. Le vin, utilisé pour les cérémonies religieuses chrétiennes, ainsi que pour la consommation des croisés eux-mêmes, a contribué à la survie de la viticulture pendant cette période. Les échanges entre les croisés et les communautés locales ont permis une revitalisation temporaire de la culture de la vigne dans certaines régions du Liban.
Renaissance moderne et influence jésuite : Château Ksara
Le véritable renouveau de la viticulture libanaise moderne débute au XIXe siècle avec l’arrivée des missionnaires jésuites. En 1857, ces moines fondent le domaine viticole de Château Ksara dans la vallée de la Békaa, réintroduisant des cépages européens et modernisant les techniques de vinification. Ksara est devenu un acteur majeur de la renaissance viticole libanaise, produisant à l’origine du vin pour les cérémonies religieuses avant de se diversifier vers une production à plus grande échelle pour l’exportation.
Les jésuites introduisent des cépages comme le Cabernet Sauvignon, le Cinsault, et le Carignan, tout en cultivant les cépages locaux, ce qui permet à Ksara de produire des vins fins adaptés aux goûts européens et locaux. Ils creusent des caves souterraines en 1898 pour conserver le vin dans des conditions optimales, contribuant ainsi à l’excellence de la production. Ces caves, encore utilisées aujourd’hui, sont une partie intégrante du patrimoine viticole libanais.
Défis contemporains : les effets du changement climatique
Le Liban, comme de nombreuses régions productrices de vin à travers le monde, fait face à des défis croissants liés au changement climatique. Le réchauffement global, associé à des changements météorologiques extrêmes, a des répercussions importantes sur la qualité, la quantité et la régularité des récoltes de raisin.
- Élévation des températures : L’augmentation des températures au Liban, notamment pendant la saison de croissance, accélère le cycle de maturation des raisins. Les vins produits peuvent présenter des teneurs en alcool plus élevées, une acidité réduite et un déséquilibre des saveurs. Ces conditions nuisent à la typicité des vins libanais, qui sont réputés pour leur équilibre et leur complexité.
- Pénuries d’eau et sécheresse : Le Liban, particulièrement la vallée de la Békaa, souffre de pénuries d’eau et de périodes de sécheresse plus fréquentes et plus longues. Les vignobles doivent souvent recourir à l’irrigation, mais cela devient de plus en plus coûteux et difficile à gérer, en raison de la diminution des ressources en eau. Les producteurs qui ne peuvent pas se permettre de telles infrastructures risquent de voir leurs vignes souffrir de stress hydrique, ce qui affecte les rendements et la qualité des raisins.
- Changement dans les régimes de précipitation : Des précipitations de plus en plus irrégulières, avec des pluies abondantes sur de courtes périodes ou des sécheresses prolongées, compliquent la gestion des vignobles. Des inondations ponctuelles peuvent provoquer des maladies de la vigne, tandis que les sécheresses prolongées compromettent la viabilité de la récolte.
- Propagation des maladies et parasites : L’augmentation des températures et l’humidité croissante créent des conditions favorables à la propagation de maladies telles que le mildiou et l’oïdium. Ces maladies fongiques, autrefois rares dans le climat méditerranéen sec, sont désormais des menaces constantes pour les vignobles libanais.
Adaptation et résilience des vignerons libanais
Pour faire face à ces défis climatiques, les viticulteurs libanais adoptent diverses stratégies pour assurer la durabilité de leurs vignobles.
- Sélection de cépages résistants : Les cépages locaux comme l’Obeidi et le Merwah sont plus résistants à la chaleur et à la sécheresse. Ils sont de plus en plus cultivés pour compenser les effets négatifs du réchauffement climatique sur les cépages internationaux.
- Gestion durable des vignobles : Des techniques telles que le paillage pour conserver l’humidité, la plantation en altitude pour réduire l’impact de la chaleur, et l’utilisation de systèmes d’irrigation plus efficaces comme le goutte-à-goutte, permettent d’atténuer les effets du climat. Les vignobles situés dans des régions plus élevées, comme ceux à proximité de Batroun, profitent de températures plus fraîches qui prolongent la période de maturation.
- Recherche de solutions innovantes : Certains producteurs expérimentent des pratiques biologiques et biodynamiques pour améliorer la résilience de leurs vignes face aux changements climatiques. Ces techniques favorisent la santé des sols et des plantes, tout en réduisant la dépendance aux produits chimiques qui peuvent altérer la biodiversité locale.
L’histoire de la viticulture au Liban est à la fois celle d’une tradition millénaire et d’une adaptation continue face à de nombreux défis, qu’ils soient d’ordre politique, religieux, ou climatique. Des Phéniciens aux Jésuites, en passant par les Croisés, le vin a toujours été une partie intégrante de la culture libanaise. Aujourd’hui, le changement climatique représente une menace majeure, mais les vignerons libanais, forts de leur histoire et de leur résilience, continuent de s’adapter et de préserver cet héritage. Grâce à leurs efforts, les vins libanais maintiennent leur place dans l’élite des vins mondiaux, tout en perpétuant une tradition qui remonte à des milliers d’années.





