Le 20 septembre 2025, l’Administration centrale de la statistique a publié les données relatives à l’indice des prix à la consommation pour le mois d’août 2025, révélant une hausse de 14,2 % par rapport à août 2024. Cette augmentation, qui marque le dix-huitième mois consécutif de hausse à deux chiffres depuis la dernière inflation à trois chiffres enregistrée en février 2024 à 123,2 %, s’inscrit dans un contexte de dollarisation généralisée des biens et services de consommation au Liban. Le ralentissement par rapport aux taux antérieurs, qui avaient atteint 63,6 % sur les huit premiers mois de 2024 et 233 % sur la même période de 2023, est attribuable en partie à la stabilisation du taux de change de la livre libanaise face au dollar américain depuis juillet 2023. Néanmoins, l’inflation cumulée reste alimentée par l’augmentation des coûts de l’énergie, de l’éducation, des soins de santé, des loyers et des denrées alimentaires, ainsi que par la hausse des frais administratifs publics et l’incapacité des autorités à surveiller efficacement les prix de détail.
Sur les huit premiers mois de 2025, l’indice des prix à la consommation a progressé de 14,6 % par rapport à la même période de 2024. Cette évolution contraste avec les hausses plus marquées des années précédentes, où l’indice avait bondi de 63,6 % sur les huit premiers mois de 2024 et de 233 % sur ceux de 2023. Le mois d’août 2025 affiche une progression mensuelle de 0,56 % par rapport à juillet 2025, contre 1,32 % en juillet, 0,76 % en juin, 1,31 % en mai, 0,67 % en avril, 0,44 % en mars, 0,66 % en février et 1,1 % en janvier 2025. En comparaison, les mois de 2024 montraient des variations plus volatiles, avec une hausse de 2,4 % en décembre, 2,3 % en novembre, 2 % en octobre, une baisse de 0,2 % en septembre, et des augmentations de 0,64 % en août, 2 % en juillet, 0,3 % en juin et 0,02 % en mai.
Une inflation persistante malgré la stabilisation monétaire
L’inflation au Liban reste influencée par une combinaison de facteurs structurels et conjoncturels. La dollarisation accrue de l’économie, où une grande partie des transactions se fait en dollars américains, a contribué à atténuer les fluctuations extrêmes observées auparavant. Cependant, les pressions sur les prix persistent en raison de l’augmentation des coûts importés, notamment pour les carburants et les biens de première nécessité. L’Administration centrale de la statistique note que cette inflation cumulée résulte en partie de la hausse des frais dans l’administration publique, de la dépréciation du dollar américain face aux devises majeures et de l’absence de mécanismes efficaces pour contrôler les prix au détail.
En août 2025, les composantes de l’indice révèlent des disparités significatives. Le coût de l’éducation a bondi de 30,6 % par rapport à août 2024, reflétant les ajustements tarifaires dans les établissements scolaires et universitaires face à la hausse des coûts opérationnels. Les loyers imputés ont augmenté de 27,8 %, tandis que les biens et services divers ont progressé de 27 %. Les prix des denrées alimentaires et des boissons non alcoolisées ont crû de 23,5 %, impactant directement les ménages modestes. Les loyers réels ont enregistré une hausse de 21,4 %, avec une distinction notable entre les nouveaux loyers (+28,8 %) et les anciens (+11,7 %). Les tarifs dans les restaurants et hôtels ont augmenté de 12,2 %, les boissons alcoolisées et le tabac de 14 %, les vêtements et chaussures de 9 %, les loisirs et divertissements de 8,7 %, l’eau, l’électricité, le gaz et autres combustibles de 6,5 %, les soins de santé de 4,8 %, les meubles et équipements ménagers de 2,3 %, et les transports de 1,2 %. En revanche, les coûts de communication ont reculé de 0,7 %.
Sur une base mensuelle, les prix des denrées alimentaires et boissons non alcoolisées ont augmenté de 3,4 % en août 2025 par rapport à juillet, suivis des loyers imputés (+1,8 %), des biens et services divers (+0,98 %), des tarifs dans les restaurants et hôtels (+0,97 %), des loyers réels (+0,9 %), des soins de santé (+0,5 %) et des boissons alcoolisées et tabac (+0,3 %). À l’inverse, les prix des vêtements et chaussures ont diminué de 2,3 %, ceux de l’eau, l’électricité, le gaz et autres combustibles de 2 %, des loisirs et divertissements de 1,5 %, des transports de 0,6 %, des meubles et équipements ménagers de 0,2 %, et des communications de 0,1 %. Le coût de l’éducation est resté inchangé d’un mois sur l’autre.
Disparités régionales dans l’évolution des prix
Les variations de l’indice des prix à la consommation varient selon les régions, mettant en lumière les inégalités territoriales au Liban. En août 2025, l’indice a progressé de 0,96 % dans le Nord par rapport au mois précédent, de 0,8 % dans le Sud, de 0,67 % à Beyrouth, de 0,41 % dans la région de Nabatieh, de 0,39 % au Mont-Liban et de 0,36 % dans la Békaa. Ces écarts reflètent les différences dans la structure économique locale, avec une plus forte exposition aux importations dans les zones urbaines comme Beyrouth et une dépendance accrue aux produits agricoles dans la Békaa et le Sud.
Le Nord, influencé par des dynamiques confessionnelles sunnites dominantes à Tripoli, montre une sensibilité particulière aux fluctuations des prix alimentaires et des carburants. Le Sud, avec une influence chiite notable, subit des pressions supplémentaires dues aux tensions géopolitiques régionales impliquant Israël et le Hezbollah, qui affectent les chaînes d’approvisionnement. À Beyrouth, la hausse modérée s’explique par une dollarisation plus avancée dans les services. La région de Nabatieh et la Békaa, marquées par des influences druzes et chiites, enregistrent des augmentations moindres, potentiellement liées à une consommation plus locale.
Évolution des composantes spécifiques de l’indice
L’analyse détaillée des sous-indices révèle des tendances persistantes. Les prix des carburants ont reculé de 5,05 % en août 2025 par rapport à juillet, contribuant à modérer l’inflation globale. Le coût de l’éducation, stable d’un mois sur l’autre, anticipe cependant des hausses futures avec la rentrée scolaire. Les denrées alimentaires, qui pèsent lourd dans le panier de consommation, ont vu leur prix augmenter de 23,5 % sur un an, avec des impacts immédiats sur la sécurité alimentaire. Les boissons non alcoolisées et les produits laitiers ont suivi une trajectoire similaire, influencés par les coûts d’importation.
Les loyers, qu’ils soient imputés ou réels, constituent un pilier majeur de l’inflation. Les nouveaux loyers, souvent négociés en dollars, ont crû de 28,8 % sur un an et de 1,5 % mensuellement, tandis que les anciens, régis par des contrats historiques, ont augmenté de 11,7 % annuellement et de 0,1 % mensuellement. Cette distinction met en évidence les tensions sur le marché immobilier, exacerbées par la crise depuis 2019.
Les biens et services divers, incluant les assurances et les services personnels, ont progressé de 27 % sur un an et de 0,98 % mensuellement, reflétant l’ajustement des tarifs dans un contexte de dollarisation. Les restaurants et hôtels, secteur touché par la baisse du tourisme, ont vu leurs tarifs augmenter de 12,2 % annuellement et de 0,97 % mensuellement. Les boissons alcoolisées et le tabac, avec +14 % sur un an et +0,3 % mensuellement, subissent les effets des taxes et des importations.
Les vêtements et chaussures, en baisse de 2,3 % mensuellement malgré une hausse annuelle de 9 %, indiquent une saisonnalité des soldes. Les loisirs et divertissements ont reculé de 1,5 % mensuellement, avec une hausse annuelle de 8,7 %. L’eau, l’électricité, le gaz et autres combustibles ont diminué de 2 % mensuellement, mais augmenté de 6,5 % annuellement, illustrant les subventions intermittentes. Les soins de santé, +4,8 % annuellement et +0,5 % mensuellement, restent un fardeau pour les ménages. Les meubles et équipements ménagers ont baissé de 0,2 % mensuellement, avec +2,3 % annuellement. Les transports, +1,2 % annuellement et -0,6 % mensuellement, sont influencés par les prix du pétrole. Les communications, -0,7 % annuellement et -0,1 % mensuellement, bénéficient de la concurrence accrue.
Contexte de la dollarisation et ses effets sur les prix
La stabilisation du taux de change depuis juillet 2023 a joué un rôle clé dans le ralentissement de l’inflation, passant de taux triple-digit à double-digit. Avant cela, l’indice avait connu des pics extrêmes, comme 123,2 % en février 2024. La dollarisation, où les biens et services sont de plus en plus libellés en dollars, a limité les effets de la dépréciation de la livre, mais elle exclut une partie de la population aux revenus en livres.
Les autorités, via la Banque du Liban, ont émis des circulaires pour stabiliser le système, comme la n° 167/13612 du 1er février 2024 unifiant le taux à 89 500 livres par dollar. Cela a indirectement modéré l’inflation importée. Cependant, l’absence de réformes structurelles, soulignée par les retards en restructuration bancaire et publique, maintient les pressions inflationnistes.
Comparaisons annuelles et mensuelles détaillées
Sur un an, l’éducation mène avec +30,6 %, suivie des loyers imputés (+27,8 %) et des biens divers (+27 %). Les denrées alimentaires (+23,5 %) pèsent sur 20 % du panier. Mensuellement, les denrées alimentaires dominent avec +3,4 %, indiquant une volatilité saisonnière.
Par région, le Nord (+0,96 % mensuellement) montre la plus forte hausse, potentiellement due à des importations via le port de Tripoli. Le Sud (+0,8 %) est affecté par les tensions frontalières. Beyrouth (+0,67 %) bénéficie d’une économie plus résiliente. Nabatieh (+0,41 %), Mont-Liban (+0,39 %) et Békaa (+0,36 %) affichent des hausses moindres, liées à l’agriculture locale.
Implications immédiates des variations sectorielles
En août 2025, les prix des carburants ont reculé de 5,05 % mensuellement, allégeant les transports (-0,6 %). L’éducation, stable mensuellement, anticipe des ajustements avec la rentrée. Les denrées alimentaires (+3,4 % mensuellement) reflètent les coûts d’importation, avec les fruits et légumes en hausse due à la saison. Les loyers nouveaux (+1,5 % mensuellement) indiquent une pression sur les nouveaux locataires, tandis que les anciens (+0,1 %) restent protégés par les contrats. Les biens divers (+0,98 %) incluent des hausses en assurances. Les restaurants (+0,97 %) subissent l’inflation des inputs. Les vêtements (-2,3 %) bénéficient de soldes estivaux. Les loisirs (-1,5 %) montrent une demande faible. L’énergie (-2 %) est influencée par les prix mondiaux du pétrole. Les soins (+0,5 %) persistent avec les médicaments importés. Les meubles (-0,2 %) reflètent une consommation différée. Les transports (-0,6 %) profitent de la baisse des carburants. Les communications (-0,1 %) restent compétitives avec l’arrivée de nouveaux opérateurs comme Starlink, approuvé le 12 septembre 2025. Ces mouvements immédiats, sans altérer la tendance annuelle, mettent en évidence les vulnérabilités sectorielles liées à la dépendance aux importations et à la dollarisation partielle.



