Dans un contexte de tensions transatlantiques exacerbées, le président français Emmanuel Macron a annoncé son intention de demander l’activation d’un mécanisme européen destiné à limiter l’accès de Washington aux marchés de l’Union européenne, si les États-Unis venaient à imposer de nouveaux droits de douane. Cette déclaration, relayée par l’Agence France-Presse, intervient alors que Donald Trump, réélu à la Maison-Blanche depuis un an, a multiplié les pressions sur le Danemark et ses alliés européens concernant le contrôle du Groenland. Le 17 janvier, Trump a fixé un ultimatum au 1er juin pour un transfert total de l’île arctique aux États-Unis, sous peine de sanctions commerciales graduelles, commençant à 10 % dès le 1er février et culminant à 25 %.
Cette escalade marque un tournant dans les relations entre les deux rives de l’Atlantique, où les intérêts stratégiques se heurtent à des considérations économiques et territoriales. Le Groenland, territoire autonome danois riche en ressources minérales critiques, est au cœur d’une controverse qui dépasse les frontières européennes, impliquant des enjeux de sécurité face à la Chine et à la Russie. Macron, en position de leader au sein de l’UE, cherche à mobiliser les Vingt-Sept pour une réponse unifiée, évitant ainsi une fragmentation qui profiterait à Washington.
Les origines de la crise groenlandaise
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La fixation de Donald Trump sur le Groenland n’est pas nouvelle. Dès 2019, lors de son premier mandat, il avait publiquement exprimé son désir d’acquérir l’île, la comparant à une « grande transaction immobilière ». À l’époque, cette proposition avait été rejetée avec fermeté par Copenhague, qualifiée de « grotesque » par la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Mais en 2025, après sa réélection triomphale face à Kamala Harris, Trump a relancé l’idée avec une vigueur renouvelée, invoquant des impératifs de défense nationale.
Le 17 janvier 2026, dans un long message publié sur sa plateforme Truth Social, Trump a justifié sa position en soulignant la vulnérabilité du Danemark : « Le Danemark est un petit pays avec une petite économie et une petite armée. Ils ne peuvent pas défendre le Groenland… Sous toutes les interprétations de 500 ans de droit territorial, pour contrôler un territoire, il faut pouvoir le défendre. » Il a ajouté que les États-Unis étaient prêts à négocier immédiatement avec le Danemark ou tout autre pays intéressé, en pointant du doigt les ambitions chinoises et russes dans l’Arctique. Selon Trump, la possession du Groenland est essentielle pour contrer les menaces posées par Pékin et Moscou, qui chercheraient à y établir une présence accrue via des investissements miniers et des bases potentielles.
Cette rhétorique s’appuie sur des faits concrets. La Chine, via des entreprises comme Shenghe Resources, a investi dans des projets d’extraction de terres rares au Groenland, des minéraux vitaux pour les technologies vertes et militaires. La Russie, de son côté, a renforcé sa flotte arctique et multiplié les exercices militaires dans la région. Les États-Unis, qui maintiennent déjà la base aérienne de Thulé sur l’île depuis les années 1950, craignent une perte d’influence stratégique. En septembre 2025, un rapport du Pentagone, présenté au Congrès, a souligné que le réchauffement climatique ouvrait de nouvelles routes maritimes et rendait l’Arctique plus accessible, augmentant les risques de conflits.
Cependant, les critiques européennes soulignent que les motivations de Trump pourraient être plus mercantiles. Des enquêtes ont révélé que d’anciens collaborateurs de l’empire Trump, via la société GreenMet, détiennent des parts dans des concessions minières groenlandaises. Cette entreprise a signé un accord en 2025 avec une firme locale pour exploiter des gisements de lithium et de nickel, essentiels pour les batteries électriques. Trump lui-même a évoqué, lors d’un discours à Mar-a-Lago en novembre 2025, le potentiel économique du Groenland : « C’est une mine d’or gelée, avec des ressources que l’Amérique doit sécuriser pour son indépendance énergétique. »
Les réactions européennes immédiates
La menace tarifaire de Trump a provoqué une onde de choc à travers l’Europe. Huit pays sont directement visés : le Danemark, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège et l’Italie. Ces sanctions, annoncées comme progressives, toucheraient des secteurs clés comme l’automobile, l’agroalimentaire et les technologies. Pour Berlin, par exemple, cela pourrait affecter les exportations de véhicules Mercedes et BMW vers les États-Unis, évaluées à plus de 50 milliards d’euros annuels. Paris craint pour ses vins et fromages, tandis que Londres, post-Brexit, redoute un affaiblissement de son accord commercial bilatéral avec Washington.
Keir Starmer, le Premier ministre britannique, a qualifié la menace de « complètement erronée » lors d’une conférence de presse à Downing Street le 18 janvier. « Le Groenland appartient aux Groenlandais et au Danemark. Nous ne soutiendrons pas une telle approche », a-t-il déclaré, appelant à une solidarité atlantique tout en défendant la souveraineté. De même, la chancelière allemande, dont le nom reste à confirmer suite aux élections de 2025, a convoqué une réunion d’urgence des ambassadeurs européens à Berlin.
À Bruxelles, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a affirmé que l’Europe était « unie » face à ces pressions. Dans un communiqué publié le 18 janvier, elle a rappelé les principes de l’Alliance atlantique : « NATO est une alliance de défense, pas un outil de chantage économique. » Des ambassadeurs de l’UE ont été convoqués pour des discussions d’urgence, avec une possible réunion des chefs d’État prévue pour la fin de la semaine.
Au Groenland même, la population a réagi avec indignation. Le 17 janvier, des milliers de personnes ont manifesté à Nuuk, la capitale, brandissant des pancartes affirmant : « Nous ne sommes pas à vendre. » La Première ministre groenlandaise, Mute Egede, a déclaré dans un discours télévisé : « Le Groenland n’est pas une marchandise. Notre avenir se décide ici, pas à Washington. » Ces protestations, les plus importantes depuis des décennies, soulignent les tensions internes au Danemark, où le statut autonome du Groenland, accordé en 2009, inclut le droit à l’autodétermination.
Qu’est-ce que l’instrument anti-coercition ?
L’instrument anti-coercition (ACI), adopté par l’Union européenne en décembre 2023 et entré en vigueur en 2024, représente un outil inédit dans l’arsenal commercial de Bruxelles. Conçu pour protéger l’UE et ses États membres contre les pressions économiques exercées par des pays tiers, il permet à la Commission européenne d’enquêter sur des actes de coercition et d’adopter des contre-mesures proportionnées.
Selon le règlement officiel, la coercition économique est définie comme toute action ou omission d’un pays tiers visant à influencer les choix politiques de l’UE ou d’un membre via des restrictions commerciales, des sanctions ou des menaces. L’ACI prévoit une procédure en deux étapes : une enquête rapide, menée par la Commission, suivie d’une décision du Conseil de l’UE. Si la coercition est confirmée, des réponses peuvent inclure des droits de douane supplémentaires, des quotas d’importation, des restrictions sur les investissements ou même l’exclusion de marchés publics.
Par exemple, en cas d’activation contre les États-Unis, l’UE pourrait imposer des tarifs sur des produits américains comme les avions Boeing, les logiciels Microsoft ou les produits agricoles tels que le soja. Le mécanisme est inspiré d’instruments similaires chez d’autres puissances, comme la loi chinoise sur la lutte contre les sanctions étrangères, mais il se veut plus transparent, avec une consultation des parties prenantes.
Les impacts potentiels sur les États-Unis
L’activation de l’ACI porterait un coup sévère à l’économie américaine, particulièrement dans un contexte où Trump mise sur une politique protectionniste pour relancer la croissance. Les États-Unis exportent annuellement plus de 600 milliards d’euros de biens et services vers l’UE, représentant environ 20 % de leurs exportations totales. Des secteurs comme l’aéronautique, avec Boeing face à Airbus, ou la tech, dominée par les GAFA, seraient vulnérables.
En 2025, les tensions commerciales héritées du premier mandat de Trump – comme les tariffs sur l’acier et l’aluminium – avaient déjà coûté des milliards aux entreprises américaines. Une escalade via l’ACI pourrait entraîner une perte estimée à 100 milliards de dollars pour l’économie US, selon des analyses du Peterson Institute for International Economics. De plus, cela risquerait de fragmenter les chaînes d’approvisionnement mondiales, affectant des États comme la Californie (tech) ou le Midwest (agriculture).
Pour Trump, cela représenterait un revers diplomatique, renforçant l’image d’un président isolationniste. Stephen Miller, conseiller clé, a défendu la position américaine en arguant que le Danemark ne peut défendre le Groenland, mais une contre-attaque européenne pourrait isoler Washington au sein de l’OTAN.
Les conséquences pour l’Europe
Pour l’Union européenne, l’ACI offre une protection de sa souveraineté, évitant que des membres isolés ne cèdent à des pressions bilatérales. Dans le cas du Groenland, il unifie la réponse, empêchant une division entre pays pro-américains et ceux plus critiques. Cependant, les risques sont réels : une guerre commerciale pourrait aggraver l’inflation, déjà à 3,5 % en 2025, et freiner la croissance, projetée à 1,8 % pour 2026 par la Banque centrale européenne.
La France, avec ses exportations de luxe et d’armement, perdrait jusqu’à 20 milliards d’euros annuels. L’Allemagne, moteur économique de l’UE, verrait son excédent commercial réduit. Mais l’outil renforce aussi la crédibilité de l’Europe sur la scène mondiale, comme l’a illustré son utilisation potentielle contre la Chine en 2024 pour des litiges sur les semi-conducteurs.
Les répercussions mondiales
Au-delà de l’Atlantique, l’activation de l’ACI pourrait déclencher une spirale de protectionnisme global. L’Organisation mondiale du commerce (OMC), déjà affaiblie, verrait ses règles contournées, favorisant des blocs régionaux. La Chine, observatrice attentive, pourrait intensifier ses investissements en Arctique, profitant des divisions occidentales. La Russie, sous sanctions depuis 2022, trouverait un allié indirect dans cette discorde.
En Amérique latine, le bloc Mercosur, en négociations avec l’UE, pourrait reporter des accords face à l’instabilité. Au Moyen-Orient, des alliés comme l’Arabie saoudite, partenaires de Trump, pourraient réévaluer leurs liens avec l’Europe. Globalement, cela met en péril la transition énergétique, car le Groenland détient 10 % des réserves mondiales de terres rares, cruciales pour les panneaux solaires et éoliennes.
Le contexte actuel des négociations
Les discussions d’urgence à Bruxelles, convoquées le 18 janvier, visent à coordonner une réponse. Giorgia Meloni, Première ministre italienne, a averti que les tariffs de Trump constituent un « chantage » inacceptable, tandis que les Pays-Bas ont qualifié la démarche de « violation des normes internationales ». Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a appelé au calme, rappelant que l’Alliance repose sur le respect mutuel.
Au Groenland, les autorités locales ont annoncé une consultation populaire pour février 2026, bien que non contraignante. Des experts militaires estiment que les États-Unis pourraient déployer davantage de troupes à Thulé, passant de 200 à 500 soldats. Entre-temps, les marchés boursiers ont chuté : le CAC 40 a perdu 1,2 % le 18 janvier, reflétant l’incertitude.
Les implications immédiates pour la sécurité arctique
La base de Thulé, opérée par l’US Space Force, surveille les missiles balistiques et abrite des radars avancés. En réponse aux menaces de Trump, le Danemark a augmenté son budget défense arctique de 15 % en 2025, déployant des frégates supplémentaires. La Norvège et la Suède, membres récents de l’OTAN, ont renforcé leurs patrouilles aériennes.
Des exercices conjoints OTAN-Arctique, prévus pour mars 2026, pourraient être affectés, avec des tensions sur le partage d’informations. La Chine, via son initiative « Route de la soie polaire », a proposé des partenariats au Groenland, incluant des ports et des mines, totalisant 2 milliards d’euros d’investissements en 2025. La Russie a quant à elle revendiqué des extensions de plateau continental, déposant une demande à l’ONU en décembre 2025.
Ces développements immédiats soulignent une reconfiguration des alliances, où l’Europe doit naviguer entre loyauté atlantique et défense de ses intérêts. Les pourparlers bilatéraux entre Washington et Copenhague, initiés le 18 janvier, portent sur des compensations financières estimées à 500 milliards de dollars, mais sans transfert territorial. Pendant ce temps, des manifestations continuent à Nuuk, avec des appels à une plus grande autonomie vis-à-vis du Danemark.



