Un nouveau centre de secourisme a été visé lundi dans le sud du Liban. Selon l’Agence nationale d’information, une frappe aérienne a touché un centre de défense civile relevant de la Hay’a al-Sihhiya al-Islamiyya à Mansouri, faisant plusieurs blessés. Dans le même temps, d’autres raids ont frappé Haris, Yater, Bint Jbeil et Aïnatha. La dépêche de la NNA ne donne pas encore de bilan consolidé, mais elle confirme que le site touché est bien présenté comme un centre de secours.
Cette frappe intervient dans une séquence déjà marquée par des attaques répétées contre des secouristes et des structures sanitaires au Liban-Sud. La veille, la NNA avait rapporté la mort de deux ambulanciers dans une frappe contre un centre de la même organisation à proximité de l’hôpital de Bint Jbeil. Quelques heures plus tard, l’agence faisait aussi état du ciblage d’un centre de défense civile à Deir Kifa. Autrement dit, le bombardement de Mansouri ne surgit pas isolément. Il s’inscrit dans une série rapprochée d’attaques touchant des personnels et des infrastructures de secours.
Le contexte général renforce encore la gravité de l’épisode. L’OCHA relevait dans son point de situation du 19 mars qu’au moins 31 travailleurs de santé avaient déjà été tués, avec des dizaines d’autres blessés, sur fond de frappes répétées contre des hôpitaux, des centres de santé primaire et des ambulances. Quelques jours plus tard, un autre relevé onusien mentionnait 64 attaques contre les soins de santé, ayant causé 51 morts et 91 blessés. De son côté, l’OMS a dénoncé vendredi la mort de neuf secouristes dans cinq attaques distinctes contre des structures de santé dans le sud du Liban.
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Ce que dit le droit international humanitaire
Sur le plan juridique, le cadre est clair dans son principe. Le Comité international de la Croix-Rouge rappelle que les unités médicales et moyens de transport sanitaires doivent être respectés et protégés en tout temps et ne doivent pas faire l’objet d’attaques. Le CICR rappelle aussi que les organisations de défense civile bénéficient d’une protection pendant l’exercice de leurs missions, précisément parce qu’elles participent à la protection de la population civile face aux hostilités.
Cela ne veut pas dire que chaque frappe sur un centre de secours constitue automatiquement, en droit, un crime de guerre établi par avance. Pour qu’une qualification pénale définitive soit retenue, il faut en principe établir les faits précis, la nature exacte du site, son usage au moment de l’attaque, l’éventuelle perte de protection et l’intention de l’auteur. En revanche, si un centre de secours ou une unité médicale clairement protégée est délibérément visé sans justification militaire licite, cela peut relever du crime de guerre au regard du droit international humanitaire. C’est donc une qualification juridiquement sérieuse à envisager, mais qui suppose une enquête documentée et indépendante.
Dans le cas de Mansouri, les éléments publics disponibles à cette heure restent limités à la dépêche de la NNA, qui parle d’un centre de défense civile de la Hay’a al-Sihhiya al-Islamiyya et de plusieurs blessés. Aucune justification israélienne détaillée sur cette frappe précise n’apparaît dans les sources consultées au moment de la rédaction. En l’absence d’informations plus complètes, la formule la plus rigoureuse consiste donc à dire que le bombardement soulève une nouvelle suspicion grave de violation du droit international humanitaire et pourrait, si les faits sont confirmés, entrer dans le champ des crimes de guerre.
Une répétition qui pèse de plus en plus lourd
Ce qui frappe désormais, ce n’est plus seulement la violence d’un incident isolé. C’est la répétition. En moins de quarante-huit heures, les dépêches locales et les agences internationales ont signalé des ambulanciers tués, des centres touchés, des équipes de secours frappées et des structures de santé mises hors service. Cette accumulation commence à dessiner un motif opérationnel que les organisations humanitaires et les instances de santé suivent de très près. L’OMS a d’ailleurs rappelé que ces attaques perturbent directement l’accès aux soins et contribuent à la fermeture ou au fonctionnement partiel de nombreux établissements.
Au Liban, cette question a déjà pris une dimension politique nationale. Les autorités libanaises ont, ces derniers jours, dénoncé à plusieurs reprises le ciblage des secouristes et des journalistes. Le fait que Mansouri s’ajoute à Bint Jbeil et Deir Kifa en l’espace d’une journée renforce cette ligne de dénonciation. Là encore, le point décisif n’est pas seulement le nombre de frappes. C’est le choix répété de lieux liés au secours, à l’évacuation et à la prise en charge des blessés.


