Un discours de fermeté face aux pressions internationales
Le 30 juillet 2025, le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a prononcé un discours particulièrement offensif dans lequel il a catégoriquement exclu toute discussion sur le désarmement de son mouvement. Cette prise de position intervient alors que le gouvernement libanais, par la voix du Premier ministre Nawaf Salam, a réaffirmé sa volonté de faire figurer le sujet à l’ordre du jour du Conseil des ministres. Kassem a qualifié cette démarche de « soumission aux volontés américaines » et de tentative de déstabilisation nationale.
Dans cette intervention relayée dans son intégralité le lendemain, Naim Kassem s’est vivement attaqué à l’envoyé spécial américain Thomas Barak, accusé selon ses termes d’avoir « imposé une feuille de route contraire à la souveraineté libanaise ». Cette déclaration intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques, alors que les États-Unis intensifient leur pression sur Beyrouth pour accélérer la mise en œuvre de réformes sécuritaires, incluant l’encadrement des groupes armés non étatiques. Pour Kassem, il s’agit d’un « chantage diplomatique » inacceptable.
L’arsenal du Hezbollah présenté comme une nécessité stratégique
Dans son discours, le chef du Hezbollah a justifié le maintien de l’arsenal militaire de son organisation par les menaces sécuritaires persistantes, notamment celles émanant d’Israël. Il a rappelé que « tant que l’ennemi est à nos portes, les armes de la résistance resteront entre nos mains ». Cette rhétorique de la légitime défense constitue un pilier constant du discours du parti chiite depuis les années 1990. Kassem a réaffirmé que le Hezbollah « ne négociera pas la sécurité des Libanais avec des puissances étrangères » et que toute tentative de remise en cause de sa capacité militaire revient à « renforcer l’ennemi ».
La notion de « résistance » est centrale dans l’argumentation du secrétaire général. Selon lui, l’arsenal du Hezbollah ne relève pas d’une logique partisane, mais s’inscrit dans une mission de protection du territoire. Il rejette l’idée selon laquelle la décision sécuritaire devrait être exclusivement détenue par l’État, tant que celui-ci, dit-il, n’est pas en mesure de garantir efficacement la défense nationale. Ce positionnement, s’il est constant, se heurte à une volonté croissante au sein de l’exécutif libanais de renforcer le monopole de la force publique.
Accusations contre le gouvernement libanais
Le ton du discours vise clairement le Premier ministre Nawaf Salam, accusé par Naim Kassem de vouloir « plaire à l’Occident au détriment de l’équilibre national ». Le chef du Hezbollah considère que l’inclusion du désarmement dans les débats gouvernementaux constitue une rupture avec la politique d’équilibre adoptée ces dernières années. Il reproche au gouvernement de privilégier les injonctions étrangères au détriment du dialogue national.
Kassem a par ailleurs dénoncé ce qu’il perçoit comme une tentative de marginalisation politique de son mouvement. Il a évoqué un « plan d’encerclement politique et sécuritaire » orchestré, selon lui, avec la complicité de certaines forces locales et d’acteurs internationaux. Il appelle ainsi ses alliés au sein du gouvernement à « faire bloc » pour contrer cette orientation. Ces propos traduisent une crainte de voir le Hezbollah perdre son ancrage institutionnel au sein de l’État libanais.
Rappel des équilibres communautaires
Au cœur de la démonstration de Naim Kassem se trouve la défense des équilibres communautaires issus de l’Accord de Taëf. Il affirme que toute remise en cause du rôle du Hezbollah remet en question le contrat national sur lequel repose la coexistence au Liban. En ce sens, il dénonce l’approche du gouvernement, qu’il considère comme unilatérale et contraire à l’esprit de concertation entre les composantes confessionnelles du pays.
Le secrétaire général cherche ainsi à mobiliser au-delà de sa base traditionnelle. Il adresse un avertissement aux autres composantes de la majorité, notamment celles proches du Courant patriotique libre, qu’il exhorte à ne pas céder à la tentation d’une reconfiguration des rapports de force. Le message est clair : toute tentative de modifier l’équilibre sécuritaire sera considérée comme une provocation majeure.
Le désarmement comme ligne rouge stratégique
Naim Kassem trace une ligne rouge autour du désarmement. Selon lui, tant que les conditions géopolitiques ne garantissent pas une sécurité durable, la question ne peut pas être posée. Il rejette l’idée d’un désarmement progressif et s’oppose à toute négociation sur ce point sans « accord global » incluant la fin des hostilités avec Israël, des garanties internationales, et la reconnaissance du rôle de la résistance.
Ce discours s’inscrit dans une continuité stratégique, mais il adopte un ton plus ferme que les précédentes déclarations. La nouveauté réside dans la désignation explicite des pressions américaines et l’appel à la mobilisation des alliés. Cette rhétorique martiale vise à verrouiller le débat au sein même du gouvernement, en dissuadant toute initiative susceptible de relancer le processus de normalisation des compétences militaires au profit de l’État.
Un message de dissuasion interne
Au-delà du contexte régional, le discours de Naim Kassem s’adresse avant tout à la scène politique libanaise. Il s’agit de rappeler que le Hezbollah demeure un acteur incontournable, non seulement sur le plan militaire, mais aussi politique. En affirmant que « toute tentative de contournement des équilibres nationaux pourrait provoquer une instabilité grave », il place la responsabilité de toute crise future sur les épaules de ses opposants.
Le message contient une dimension de dissuasion interne. Il vise à décourager les formations politiques qui souhaiteraient avancer sur le terrain du désarmement. En mettant en garde contre les conséquences d’une telle initiative, Kassem prévient qu’une escalade est possible. Il agite le spectre d’une crise gouvernementale, voire d’un blocage institutionnel, si la ligne rouge du Hezbollah venait à être franchie.
Un contexte régional tendu
Le discours intervient dans un environnement régional marqué par une volatilité accrue. Les tensions entre Israël et le Liban restent élevées, et plusieurs incidents ont été signalés ces dernières semaines à la frontière sud. Le Hezbollah justifie le maintien de son arsenal par ces développements sécuritaires. Il affirme que seul son dispositif militaire dissuade Israël de lancer de nouvelles opérations contre le Liban.
Par ailleurs, l’Iran, principal soutien du Hezbollah, a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude face aux initiatives occidentales au Liban. Le discours de Kassem s’inscrit dans cette stratégie d’alignement régional. Il renforce la coordination entre les agendas politiques du Hezbollah et ceux de ses alliés au Moyen-Orient. Ce positionnement accroît la polarisation à l’intérieur même du pays.
Réactions au sein de la classe politique
La réaction au discours de Naim Kassem a été immédiate. Des figures proches de l’exécutif ont exprimé leur attachement au respect de la souveraineté et au rôle exclusif de l’armée dans la gestion des affaires sécuritaires. Plusieurs responsables ont estimé que la posture du Hezbollah empêche toute évolution vers un État fort et unifié. Ils ont réaffirmé leur volonté de voir l’autorité de l’État s’exercer sur l’ensemble du territoire.
D’autres responsables, plus modérés, ont appelé au dialogue. Ils considèrent que toute confrontation directe avec le Hezbollah serait contre-productive. Ils prônent une approche graduelle et concertée, basée sur une redéfinition des missions des différentes forces présentes sur le terrain. Ces divergences révèlent l’absence de consensus sur la manière d’aborder la question du désarmement.
Un enjeu structurant pour l’avenir du Liban
La déclaration de Naim Kassem souligne l’impasse stratégique dans laquelle se trouve le Liban. D’un côté, une partie de la classe politique et de la société réclame la normalisation du monopole de la force publique. De l’autre, le Hezbollah continue de revendiquer un rôle militaire en dehors du cadre institutionnel. Cette contradiction bloque toute avancée structurelle.
L’avenir du Liban dépendra en grande partie de la capacité des différentes forces à trouver un compromis sur cette question. La tension entre souveraineté nationale et équilibres communautaires constitue le nœud du problème. Le discours de Kassem illustre le degré de cristallisation atteint. Il pose les termes d’un débat qui conditionne à la fois la stabilité interne et les relations internationales du pays.



