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Naïm Qassem durcit sa ligne et rejette toute négociation sous le feu

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Le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, a choisi l’escalade verbale autant que la clarification doctrinale. Dans un communiqué publié mercredi 25 mars, il présente la guerre en cours non comme une simple séquence militaire, mais comme l’exécution d’un projet américano-israélien de « Grand Israël » incluant le Liban. Il y justifie les tirs de roquettes comme une nécessité défensive, refuse toute négociation tant que les bombardements continuent, appelle à l’unité nationale et demande au gouvernement libanais de revenir sur la criminalisation de l’action armée du Hezbollah. Reuters a confirmé le même jour que Qassem rejetait toute discussion avec Israël « sous le feu » et affirmait que les combattants poursuivraient leur action « sans limites ». Cette prise de position intervient dans un moment de très forte tension intérieure, alors que Beyrouth a ordonné le départ de l’ambassadeur iranien et que l’État libanais cherche à réduire l’emprise militaire et politique du parti chiite sur la décision nationale.  

Un texte de mobilisation plus que de simple réaction

Le communiqué de Naïm Qassem ne se limite pas à commenter les combats. Il cherche à réimposer un cadre d’interprétation. Le chef du Hezbollah y affirme que l’offensive actuelle relève d’un projet d’expansion territoriale israélien, et non d’une réponse ponctuelle à des échanges de tirs. À partir de là, il reformule toute la séquence militaire : la résistance n’est plus présentée comme un acteur parmi d’autres dans une guerre régionale, mais comme le rempart central contre un projet d’occupation. Cette construction est politiquement essentielle, car elle permet au Hezbollah de déplacer le débat. Au lieu de répondre d’abord à la question devenue brûlante au Liban — qui décide de la guerre et au nom de qui ? — Qassem tente de replacer la discussion sur le terrain de la survie nationale et de la défense du territoire.

C’est aussi un texte de cohésion interne. Le vocabulaire choisi magnifie les combattants, sanctifie le sacrifice et transforme la poursuite du combat en devoir national. Le chef du Hezbollah oppose deux options : la reddition ou la confrontation. Entre les deux, il ne laisse aucune place à une voie médiane, diplomatique ou strictement étatique. Cette rhétorique n’a rien d’improvisé. Elle vise à resserrer les rangs d’une base politique et sociale éprouvée par les frappes, les déplacements et l’intensification des critiques internes. Elle cherche aussi à empêcher que la pression croissante sur le désarmement du Hezbollah ne fragilise davantage sa légitimité. Reuters note d’ailleurs que Qassem a présenté la poursuite du combat comme une ligne sans plafond, au moment même où l’État libanais a franchi un cap contre l’influence iranienne et contre les activités militaires du mouvement.  

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Le refus de négocier « sous le feu », cœur du message

Le point le plus net du communiqué est le refus explicite de toute négociation avec Israël dans les conditions actuelles. Naïm Qassem considère qu’une discussion sous les bombardements équivaudrait à une capitulation imposée. Reuters a repris cette ligne en résumant le message du chef du Hezbollah : pas de négociation tant que les hostilités se poursuivent, et poursuite des combats « sans limites ». Cette formule est importante, car elle marque un verrou politique. Elle signifie que le Hezbollah ne veut pas apparaître comme une force acculée à discuter sous contrainte militaire, au moment où une partie du système politique libanais cherche justement à reprendre la main sur les dossiers de guerre et de souveraineté.  

Ce refus remplit plusieurs fonctions. Il protège d’abord la posture de résistance du mouvement, qui perdrait une partie de sa cohérence symbolique s’il acceptait des négociations alors que les frappes continuent. Il sert ensuite à répondre à un débat interne de plus en plus visible : une partie de l’opinion libanaise considère que le Hezbollah a entraîné le pays dans une guerre qu’il n’a ni votée ni autorisée. AP rapportait déjà début mars que le gouvernement libanais avait interdit les activités militaires du Hezbollah après l’ouverture d’un nouveau front, mesure hautement sensible qui révélait la profondeur de la fracture entre l’État et le parti armé. Dans ce contexte, refuser la négociation sous le feu revient aussi à refuser que l’État impose le tempo et les termes d’une éventuelle désescalade.  

La référence au cessez-le-feu de novembre 2024

Le communiqué insiste longuement sur les violations israéliennes de l’accord de novembre 2024. Sur ce point, Naïm Qassem cherche à ancrer sa démonstration dans une chronologie précise : selon lui, l’agression n’a jamais réellement cessé et l’ennemi a poursuivi ses attaques pendant quinze mois. Cette ligne trouve un écho dans des reportages plus larges sur le Liban. L’Associated Press notait, dès le 11 mars, que les partisans du Hezbollah justifiaient la reprise des tirs par le fait qu’Israël n’avait pas respecté le cessez-le-feu entré en vigueur fin novembre 2024 ; l’agence ajoutait qu’Israël avait continué à mener des frappes presque quotidiennes après l’accord, avec plusieurs centaines de morts au Liban depuis lors, dont des civils.  

Mais le sens politique de cette référence va plus loin que la seule chronologie. Pour Qassem, le cessez-le-feu violé sert de preuve rétrospective : si l’accord n’a pas arrêté l’agression, alors la voie de la retenue et de la coordination avec l’État n’a pas protégé le Liban. Le chef du Hezbollah renverse ainsi le procès qui lui est intenté. Ce n’est plus la résistance armée qui crée l’insécurité ; c’est l’ennemi, dit-il, qui impose la guerre de toute façon. Le rappel est d’autant plus frappant que, fin novembre 2024, Reuters avait rapporté que Qassem promettait au contraire de coordonner étroitement avec l’armée libanaise pour appliquer la trêve. La rhétorique du 25 mars montre donc une rupture nette : la phase de coopération prudente avec l’État a cédé la place à une confrontation assumée avec ceux qui veulent limiter ou encadrer son action.  

L’appel à l’unité nationale, avec ses conditions

Naïm Qassem appelle à l’unité nationale, mais cette unité est strictement balisée. Elle ne signifie pas un compromis entre les institutions et le Hezbollah ; elle signifie l’alignement de tous derrière la priorité qu’il énonce : arrêter l’agression, puis discuter du reste plus tard. Dans son texte, il associe à cette unité le gouvernement, le peuple, l’armée, les partis et chaque citoyen. Mais il fixe aussitôt une ligne rouge : le gouvernement ne doit prendre aucune décision qui servirait, même indirectement, le projet israélien. Il demande en particulier que l’exécutif revienne sur la décision de criminaliser l’action résistante. Le terme est lourd, car il montre que le Hezbollah considère désormais une partie des décisions de l’État non comme des arbitrages internes discutables, mais comme des pas objectifs vers la reddition.

Cette manière de poser le débat est révélatrice de la crispation actuelle. En théorie, l’appel à l’unité nationale est consensuel. En pratique, il devient ici un outil de hiérarchisation politique. Tous peuvent être unis, à condition de ne pas remettre en cause la légitimité armée du Hezbollah et de ne pas rouvrir la question du monopole des armes tant que l’ennemi frappe. C’est là l’un des nœuds du texte. Qassem transforme le débat sur les armes en test de patriotisme : poser aujourd’hui la question du monopole étatique de la force reviendrait, selon lui, à servir la disparition du Liban. Cette ligne entre en collision frontale avec la stratégie actuelle de l’État. Reuters relevait début mars que le gouvernement avait justement décidé d’interdire les activités militaires du Hezbollah, dans une tentative de reprendre l’initiative politique sur la guerre.  

Une réponse directe au durcissement de Beyrouth contre Téhéran

Le texte de Qassem doit aussi se lire à la lumière du durcissement spectaculaire entre Beyrouth et Téhéran. L’Associated Press a rapporté mercredi que le Liban avait expulsé l’ambassadeur iranien, mesure exceptionnelle qui s’inscrit dans une politique plus large de réduction de l’influence iranienne et de contestation du rôle de Téhéran dans l’embrasement du pays. Le Premier ministre Nawaf Salam a notamment accusé les Gardiens de la révolution d’avoir dirigé les opérations du Hezbollah et impliqué le Liban dans une guerre qu’il n’avait pas autorisée. AP précise aussi que le Liban a criminalisé les activités militaires du Hezbollah, exigé son désarmement et supprimé l’exemption de visa pour les Iraniens.  

Dans ce contexte, le communiqué du 25 mars ressemble à une contre-offensive politique. En exaltant l’unité nationale contre l’ennemi « israélo-américain » et en dénonçant toute décision gouvernementale pouvant servir Israël, Qassem répond directement au tournant engagé par l’exécutif. Le parti chiite sait qu’il ne fait plus face seulement à l’hostilité israélienne, mais aussi à une contestation plus structurée de son autonomie militaire au sein du Liban. Le texte vise donc à réenraciner sa légitimité dans une narration défensive : si la guerre est une guerre contre le Liban tout entier, alors criminaliser la résistance devient, dans cette logique, une faute nationale. C’est aussi pour cela que la référence à l’Iran à la fin du communiqué est significative : Qassem ne se contente pas de saluer Téhéran, il présente sa tenue face aux États-Unis et à Israël comme une leçon à méditer, autrement dit comme un modèle de fermeté pour le Liban.  

Le récit du « Grand Israël », entre mobilisation et surenchère

La référence au « Grand Israël » joue un rôle central dans l’économie du texte. Elle permet de donner une cohérence totale à la vision du Hezbollah : les frappes, les pressions diplomatiques, les exigences sur les armes, tout relèverait d’un même projet de domination et d’expansion. Dans cette perspective, le Liban n’est pas un théâtre secondaire d’une guerre régionale, mais un maillon visé d’un projet plus vaste. Sur le plan rhétorique, cette idée a une fonction puissante. Elle permet de totaliser la menace, donc de totaliser la réponse : si le danger est existentiel, la résistance armée devient à son tour existentielle. Le texte ne parle plus seulement de souveraineté ou de sécurité ; il parle d’identité libanaise menacée d’anéantissement.

Cette narration entre toutefois en tension avec l’évolution concrète du dossier libanais. Le même jour, Reuters et d’autres médias relevaient qu’Israël affirmait vouloir établir une zone tampon au sud du Litani, ce qui nourrit évidemment les craintes d’extension territoriale et donne au discours de Qassem une prise politique réelle. Mais cette réalité n’efface pas l’autre face du problème : une partie croissante de la société libanaise tient le Hezbollah pour coresponsable du retour de la guerre. C’est pourquoi le texte du 25 mars n’est pas seulement un document idéologique ; c’est aussi un texte de reconquête narrative dans une bataille où le parti ne peut plus compter automatiquement sur le consensus libanais autour de la résistance.  

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