Joe Saddi écarte la démission et choisit la confrontation sans quitter le pouvoir
Joe Saddi a envisagé de démissionner avant de retenir une formule moins radicale : suspendre sa participation aux réunions du Conseil des ministres tout en conservant son portefeuille de l’Énergie. Ce choix, défendu par les Forces libanaises, permet au parti de Samir Geagea de maintenir la pression sur Nawaf Salam sans provoquer immédiatement une rupture gouvernementale. Le ministre continue de diriger son administration, mais refuse de participer aux délibérations collectives de l’exécutif. Cette situation inhabituelle place le Premier ministre devant un problème institutionnel autant que politique.
Le mercredi 7 octobre 2026, Nawaf Salam reçoit Joe Saddi et l’invite à déjeuner. Cette rencontre intervient après une visite du ministre au palais de Baabda, où il a exposé au président Joseph Aoun les raisons de son retrait. Le passage successif par la présidence de la République et le Grand Sérail montre que le différend a dépassé le cadre du ministère de l’Énergie. Les discussions portent désormais sur les conditions de participation des Forces libanaises au gouvernement et sur les décisions financières réclamées par leur ministre.
La démission aurait ouvert une crise différente. Elle aurait privé les Forces libanaises d’un portefeuille stratégique, tout en obligeant le gouvernement à organiser son remplacement. Le boycott présente un autre avantage : il maintient le ministre dans ses fonctions et transforme son absence en moyen de pression. Cette formule permet également à Meerab de contester certaines décisions gouvernementales sans renoncer à sa présence au sein de l’exécutif.
Nawaf Salam n’a pas choisi la confrontation immédiate. La possibilité de recourir à une suppléance ministérielle a été évoquée, notamment autour de la ministre de l’Environnement Tamara El Zein. Toutefois, le Premier ministre a privilégié le dialogue direct avec Saddi. Aucune décision annonçant son remplacement ou une modification de ses attributions n’a été rendue publique.
Trois cents millions de dollars de créances au centre du différend
Le premier dossier financier concerne les sommes dues à Électricité du Liban par les administrations et établissements publics. Leur montant est évalué à environ 300 millions de dollars. Les partisans de Joe Saddi réclament le règlement de ces créances, qu’ils considèrent comme une condition nécessaire à l’amélioration de la situation électrique.
Cette revendication met en évidence une contradiction dans les finances publiques. Électricité du Liban doit financer ses achats de carburant, entretenir ses installations et assurer ses dépenses de fonctionnement. Pourtant, une partie de ses propres débiteurs appartient au secteur public. L’établissement se trouve ainsi privé de recettes provenant d’institutions qui dépendent, directement ou indirectement, de l’État.
Les informations disponibles ne fournissent pas une ventilation complète des 300 millions de dollars. Elles ne permettent pas de déterminer précisément les montants dus par chaque ministère, administration ou établissement public. Elles ne distinguent pas davantage les créances anciennes des factures récentes. Cette absence de détail empêche de mesurer la part immédiatement recouvrable.
Le règlement de ces sommes suppose également une intervention du ministère des Finances. Certaines administrations pourraient avoir besoin de crédits supplémentaires pour honorer leurs obligations. D’autres pourraient être confrontées à des difficultés de trésorerie. Le paiement des créances améliorerait les disponibilités financières d’Électricité du Liban, mais nécessiterait des arbitrages au sein du budget public.
Pour Joe Saddi, le problème est directement lié à sa capacité d’action. Les Forces libanaises défendent l’idée que leur ministre ne peut être tenu responsable des résultats du secteur si les moyens financiers attendus ne sont pas mobilisés. Cette position déplace une partie de la responsabilité vers le gouvernement dans son ensemble.
Le différend ne porte donc pas uniquement sur la gestion technique de l’électricité. Il concerne les obligations financières de l’État envers son propre établissement et les décisions nécessaires pour permettre leur règlement.
La facture électrique devient un enjeu de pouvoir d’achat
Les revendications défendues par Joe Saddi comprennent également une modification de la tarification. Les informations publiées le 8 octobre font état d’une demande de suppression d’une augmentation de 300 000 livres libanaises appliquée à la partie fixe de la facture, pour chaque tranche supplémentaire de cinq ampères.
Cette mesure concerne la puissance souscrite par les abonnés. Contrairement au montant facturé sur la consommation, la partie fixe constitue une charge indépendante du volume d’électricité effectivement utilisé. Elle peut donc peser sur les dépenses des ménages même lorsque leur consommation demeure limitée.
Les soutiens du ministre demandent une réduction de cette charge. Ils présentent cette mesure comme une réponse immédiate aux difficultés économiques des abonnés. Leur argumentation repose sur la possibilité de diminuer certaines dépenses sans attendre une réforme complète du secteur.
La comparaison avec les générateurs privés occupe également une place importante. Selon les chiffres avancés par les milieux favorables à Saddi, l’électricité publique serait moins chère d’environ quinze cents pour une quantité équivalente d’énergie. Cette différence constitue l’un des arguments utilisés pour défendre une augmentation des heures d’alimentation assurées par le réseau national.
Le montant réellement économisé par les abonnés dépend toutefois de plusieurs facteurs. Il varie selon la puissance souscrite, la consommation, les frais fixes et les conditions de facturation des générateurs. Les données publiées ne présentent pas de simulation complète permettant de mesurer ces économies pour les différentes catégories de ménages.
Le débat tarifaire met ainsi en présence deux impératifs. Le premier consiste à réduire les charges supportées par les citoyens. Le second concerne la préservation des recettes nécessaires au fonctionnement d’Électricité du Liban. Une baisse de certains tarifs doit être accompagnée d’un financement adapté pour éviter de créer de nouveaux déséquilibres.
Les 500 millions de dollars d’économies annoncées par les soutiens du ministre
Les milieux proches de Joe Saddi avancent un objectif plus ambitieux. Les mesures défendues par le ministre permettraient, selon eux, de réaliser jusqu’à 500 millions de dollars d’économies pour les citoyens et l’État.
Ce montant constitue un argument central dans la confrontation avec Nawaf Salam. Il permet aux Forces libanaises de présenter leurs revendications comme un programme de réduction des dépenses, plutôt que comme une simple demande de moyens supplémentaires.
Les informations disponibles ne précisent cependant pas suffisamment la méthode de calcul. Elles ne permettent pas de déterminer quelle part des économies concernerait directement les ménages, quelle part bénéficierait aux finances publiques et sur quelle période les gains seraient réalisés.
Le chiffre doit également être distingué des 300 millions de dollars de créances réclamées à certaines administrations. Le règlement d’une dette constitue une opération financière différente d’une économie de fonctionnement. Les deux montants ne peuvent être additionnés pour mesurer les bénéfices d’une réforme.
Cette distinction est essentielle pour apprécier la portée des revendications. Les économies annoncées pourraient dépendre d’une réduction du recours aux générateurs privés, d’une amélioration du recouvrement ou d’une modification des dépenses publiques. Toutefois, les éléments publiés ne permettent pas de reconstituer précisément leur composition.
Les Forces libanaises utilisent néanmoins cette estimation pour mettre en cause la lenteur des décisions gouvernementales. Leur argument est que des mesures susceptibles d’alléger les dépenses des citoyens resteraient bloquées malgré les propositions du ministre.
La controverse prend ainsi une dimension politique. Elle oppose les résultats annoncés par une composante du gouvernement aux arbitrages que le Premier ministre doit effectuer entre plusieurs priorités financières.
Georges Adwan durcit le ton contre l’inaction gouvernementale
Le député Georges Adwan a exprimé publiquement le mécontentement des Forces libanaises. Il estime que le gouvernement pourrait réduire immédiatement certaines charges supportées par les citoyens et que son parti ne peut rester spectateur de l’absence de décisions.
Cette intervention donne une portée politique aux revendications de Joe Saddi. Le différend ne concerne plus seulement les relations entre un ministre et le Premier ministre. Il engage désormais la direction des Forces libanaises et sa manière d’évaluer le bilan de l’exécutif.
Le parti distingue clairement les questions nationales des dossiers économiques. Il maintient son soutien aux orientations visant à renforcer la souveraineté de l’État et à réserver les armes aux institutions légitimes. En revanche, il critique la gestion des difficultés sociales et économiques.
Cette séparation permet aux Forces libanaises de préserver leur participation gouvernementale tout en contestant certaines décisions de Nawaf Salam. Elle évite également de transformer le conflit électrique en désaccord général sur les questions de souveraineté.
La position de Georges Adwan révèle cependant une difficulté politique. Les Forces libanaises participent au gouvernement qu’elles critiquent. Leur ministre exerce des responsabilités dans un secteur particulièrement sensible. Le parti doit donc défendre son bilan tout en expliquant pourquoi les résultats attendus ne sont pas encore obtenus.
Les créances publiques, les tarifs et les économies annoncées deviennent les principaux éléments de cette défense. Les responsables du parti présentent Joe Saddi comme un ministre disposant de propositions concrètes, mais confronté à des obstacles gouvernementaux.
Cette lecture est contestable sur le plan des responsabilités collectives. Les décisions budgétaires relèvent de plusieurs institutions. Leur mise en œuvre dépend de contraintes qui dépassent le seul ministère de l’Énergie. Toutefois, elle permet aux Forces libanaises de concentrer leurs critiques sur le fonctionnement de l’exécutif plutôt que sur leur propre participation.
Nawaf Salam cherche à préserver une coalition politiquement fragile
La prudence de Nawaf Salam s’explique par les équilibres de son gouvernement. Les Forces libanaises constituent une composante importante de l’équipe ministérielle. Leur départ modifierait la représentation politique de l’exécutif, même s’il ne provoquerait pas nécessairement sa chute.
Le Premier ministre doit également tenir compte des dossiers diplomatiques en cours. Le Liban attend une nouvelle étape des négociations avec Israël. Les discussions concernent notamment le retrait israélien, le déploiement de l’armée libanaise et l’avenir de la présence internationale dans le Sud.
Une crise gouvernementale majeure pourrait compliquer la coordination entre les institutions chargées de ces dossiers. Elle pourrait aussi ralentir certaines décisions économiques attendues par les partenaires internationaux.
Les informations politiques disponibles évoquent une préférence extérieure pour la stabilité de l’équipe gouvernementale. Toutefois, elles ne permettent pas d’établir l’existence d’un veto officiel américain ou saoudien contre un remaniement. Les positions attribuées aux partenaires étrangers doivent donc être distinguées des décisions effectivement prises par les autorités libanaises.
Dans ce contexte, Nawaf Salam privilégie une solution négociée. La rencontre avec Joe Saddi vise à maintenir un canal direct entre le Premier ministre et le ministre contestataire. Elle permet également d’éviter que les échanges se limitent aux déclarations publiques des responsables politiques.
Le problème demeure néanmoins entier. Pour obtenir le retour de Saddi aux réunions du Conseil des ministres, Salam devra probablement apporter des réponses sur les dossiers financiers. Or ces réponses nécessitent des décisions qui concernent plusieurs ministères.
Le Premier ministre doit donc préserver deux éléments : la cohésion politique de son équipe et la possibilité de procéder à des arbitrages budgétaires sans que chaque désaccord provoque un boycott ministériel.
Joseph Aoun reçoit Saddi et met en garde contre la politisation de l’économie
La rencontre entre Joseph Aoun et Joe Saddi intervient dans un contexte marqué par la multiplication des critiques économiques. Le ministre a exposé au président les raisons de son retrait des réunions gouvernementales. Il a également confirmé son intention de poursuivre la gestion de son portefeuille.
Aucune décision présidentielle annonçant une solution définitive n’a été rendue publique. Le chef de l’État n’a pas davantage annoncé de changement dans les responsabilités du ministre.
Joseph Aoun a toutefois pris position sur le climat politique entourant les difficultés économiques. Il a dénoncé les tentatives de politisation de la situation financière et les discours annonçant une nouvelle crise monétaire comparable à celle de 2019.
Le président a notamment évoqué les rumeurs concernant une hausse du taux de change du dollar. Il considère que leur diffusion peut alimenter l’inquiétude et compromettre les efforts de stabilisation.
Ses déclarations interviennent alors que plusieurs mouvements revendicatifs et tensions gouvernementales se développent autour des questions sociales. Elles ne visent cependant pas explicitement les seules Forces libanaises.
Joseph Aoun a également rappelé que les partis politiques constituent une richesse pour la vie démocratique, mais qu’ils ne doivent pas faire obstacle à l’autorité de l’État.
Cette position éclaire la dimension institutionnelle du différend. Un ministre peut appartenir à une formation politique et défendre ses orientations. Il exerce néanmoins ses responsabilités dans le cadre d’un gouvernement dont les décisions reposent sur des mécanismes collectifs.
Le boycott de Joe Saddi place cette articulation entre appartenance partisane et responsabilité ministérielle au centre du débat.
La question du Hezbollah empêche une rupture politique simple
Les tensions économiques entre Nawaf Salam et les Forces libanaises contrastent avec leur proximité sur plusieurs questions institutionnelles.
Le Premier ministre a réaffirmé, à l’occasion du centenaire de la Constitution libanaise, son attachement à l’application complète de l’accord de Taëf. Il a notamment insisté sur la nécessité de réserver aux institutions constitutionnelles les décisions concernant la guerre et la paix.
Nawaf Salam a également rappelé que l’application de l’accord ne pouvait se limiter à la redistribution des pouvoirs entre les institutions. Elle devait inclure les réformes prévues, notamment celles relatives à l’organisation de l’État et à l’exclusivité de la force légitime.
Ces positions rejoignent plusieurs revendications historiques des Forces libanaises. Le parti soutient lui aussi le renforcement de l’armée et la limitation des décisions militaires aux institutions étatiques.
Cette convergence rend une rupture gouvernementale plus complexe. Les Forces libanaises ne contestent pas l’ensemble du programme politique de Nawaf Salam. Elles concentrent leurs critiques sur les résultats économiques et sociaux.
Le Premier ministre conserve donc un intérêt politique à maintenir leur participation. Leur présence contribue à soutenir certaines orientations gouvernementales concernant le rôle de l’État et les armes du Hezbollah.
Pour les Forces libanaises, la situation présente également un avantage. Le parti peut continuer à soutenir les décisions relatives à la souveraineté tout en cherchant à se démarquer du bilan économique.
Le conflit autour de Joe Saddi ne remet donc pas nécessairement en cause les convergences sur les questions nationales. Il révèle plutôt les limites de ces convergences lorsque les décisions économiques deviennent un terrain de confrontation.
Un remaniement évoqué, mais aucune décision annoncée
Les tensions autour du ministère de l’Énergie interviennent alors que certains milieux politiques s’interrogent sur l’efficacité de plusieurs membres du gouvernement.
Des discussions portent sur la possibilité de modifier la composition de l’équipe ministérielle. Elles concernent notamment les responsables dont les résultats sont jugés insuffisants.
Aucune information disponible au 8 octobre 2026 ne confirme cependant qu’un remaniement a été décidé. Aucun calendrier officiel n’a été annoncé.
La question reste politiquement sensible. Un changement imposé à Joe Saddi pourrait être interprété par les Forces libanaises comme une remise en cause de leur participation gouvernementale. À l’inverse, un remaniement plus large pourrait ouvrir de nouvelles négociations sur la répartition des portefeuilles.
Le Premier ministre doit également mesurer les conséquences administratives d’un tel changement. Le secteur électrique nécessite une continuité dans la gestion des contrats, des achats de carburant et des décisions financières.
Un remplacement ministériel ne réglerait pas automatiquement les créances publiques ni les difficultés structurelles d’Électricité du Liban.
Au 8 octobre, Joe Saddi demeure donc ministre de l’Énergie. Il conserve ses responsabilités administratives, mais maintient son retrait des réunions du gouvernement. Nawaf Salam poursuit le dialogue sans avoir annoncé de compromis définitif.
Les revendications financières restent identifiées : le règlement d’environ 300 millions de dollars de créances publiques, la révision de certaines charges tarifaires et l’examen d’un programme présenté comme susceptible de générer 500 millions de dollars d’économies.
Leur traitement dépend désormais des décisions budgétaires et administratives que le gouvernement acceptera de prendre. La poursuite du boycott, son éventuelle levée et les conséquences sur les relations entre Nawaf Salam et les Forces libanaises restent, à cette date, sans issue officiellement annoncée.


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