Le gouvernement libanais adopte de nouvelles mesures de sécurité à Beyrouth
Le gouvernement libanais a annoncé jeudi de nouvelles mesures pour renforcer la sécurité dans la capitale, sur fond d’escalade militaire et de tensions régionales croissantes.
Présidée par Nawaf Salam au Grand Sérail, la séance était officiellement consacrée aux déplacés, aux conséquences des bombardements israéliens et à leurs effets militaires, humanitaires, sociaux, financiers et économiques. Mais le contexte politique a dominé la réunion. L’absence du tandem chiite a confirmé que l’affaire de l’ambassadeur iranien a cessé d’être un simple contentieux diplomatique pour devenir une crise ouverte au sein même de l’exécutif.
À l’issue de la réunion, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a indiqué que l’exécutif avait décidé de renforcer visiblement le dispositif sécuritaire dans Beyrouth. Selon lui, cette décision se traduira par une intensification des patrouilles de l’armée et des forces de sécurité dans la ville, dans le but de rassurer la population, alors que la guerre continue de peser sur le pays.
Beyrouth dénonce le projet israélien au sud du Litani
Au cœur de la séance, Nawaf Salam a vivement réagi aux déclarations répétées de responsables israéliens sur une possible occupation de la zone située au sud du Litani. Selon le chef du gouvernement, les menaces évoquant une « zone de sécurité » ou une « zone tampon » constituent un développement extrêmement grave pour la souveraineté libanaise.
Le premier ministre a accusé Israël d’avoir fait sauter la majorité des ponts situés sur le Litani dans le but de couper cette région du reste du territoire libanais. Il a également dénoncé un processus de déplacement massif des habitants des villes et villages situés au sud du fleuve, ainsi qu’une progression quotidienne de l’armée israélienne, accompagnée de destructions de maisons et parfois de nivellement complet de quartiers ou de localités.
Pour Nawaf Salam, ces actes laissent craindre une volonté d’empêcher le retour rapide des civils dans leurs foyers. Le chef du gouvernement a estimé que ces pratiques violent le droit international, le droit international humanitaire et la Charte des Nations unies.
Une plainte libanaise devant le Conseil de sécurité
Face à cette situation, le premier ministre a demandé au ministre des Affaires étrangères de déposer immédiatement une plainte devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Il a également annoncé son intention de contacter directement le secrétaire général de l’ONU à l’issue de la séance, afin de porter officiellement cette question devant les instances internationales.
Cette initiative marque une nouvelle tentative libanaise d’internationaliser la dénonciation de l’offensive israélienne dans le sud du pays, au moment où Beyrouth cherche à faire reconnaître le danger que représenterait toute installation durable d’une zone tampon ou d’une bande sécuritaire sur son territoire.
Le Koweït au centre des préoccupations du gouvernement
La réunion ministérielle a aussi été marquée par la réaction du premier ministre à l’annonce, au Koweït, du démantèlement d’une nouvelle cellule terroriste. Nawaf Salam a dit regretter que, parmi les personnes accusées dans cette affaire, figurent deux individus présentés par les autorités koweïtiennes comme liés au Hezbollah.
Il a insisté sur le fait que toute atteinte à la sécurité du Koweït touche également le Liban, en mettant en avant la solidité historique des relations entre les deux pays. Il a rappelé que l’écrasante majorité de la communauté libanaise au Koweït respecte les lois en vigueur et contribue activement à la vie économique du pays.
Le chef du gouvernement a indiqué avoir contacté son homologue koweïtien pour lui exprimer la condamnation ferme de Beyrouth face à ces actes, ainsi que la solidarité totale du Liban avec l’émirat.
Le boycott chiite donne une autre portée à la réunion
Mais la principale nouveauté politique de la journée réside dans le boycott des ministres du Hezbollah et d’Amal. Leur absence était directement liée à la décision prise cette semaine par Beyrouth de déclarer l’ambassadeur iranien persona non grata et de lui demander de quitter le pays d’ici le 29 mars. Les deux formations ont dénoncé cette mesure, la jugeant hostile à l’Iran et contraire aux intérêts du Liban.
Ce boycott donne une portée institutionnelle à la crise. Il traduit la profondeur du désaccord entre, d’un côté, un exécutif qui cherche à affirmer les prérogatives de l’État en matière diplomatique et, de l’autre, un tandem chiite qui voit dans cette décision une attaque politique contre Téhéran et, en creux, contre sa propre place dans l’équilibre libanais.
Nawaf Salam alerte sur le recentrage des frappes iraniennes vers le Golfe
Autre point fort de son intervention: la dénonciation du déplacement du centre de gravité des frappes iraniennes. Nawaf Salam a affirmé que les bombardements iraniens visaient désormais davantage les pays du Golfe que le territoire israélien.
Il a avancé que, depuis le début de la guerre, 83 % des attaques iraniennes, qu’il s’agisse de missiles ou de drones, avaient touché principalement les pays du Golfe, mais aussi la Jordanie, la Turquie et l’Azerbaïdjan, contre seulement 17 % dirigées vers Israël. Selon lui, parmi les cibles touchées figuraient des installations vitales et des sites civils, ce qui constitue une escalade particulièrement dangereuse.
Le premier ministre a reconnu que les États du Golfe avaient su défendre efficacement leur territoire, mais il a estimé que le Liban ne pouvait pas rester silencieux alors que des pays arabes amis sont visés quotidiennement. Il a annoncé qu’il poursuivrait ses contacts avec plusieurs dirigeants arabes pour leur réaffirmer la solidarité de Beyrouth.
Les déplacés présentés comme les victimes d’une guerre imposée au Liban
Le chef du gouvernement a aussi tenu à revenir sur la question des déplacés, en soulignant qu’ils étaient, comme l’ensemble des Libanais, les victimes directes d’une guerre imposée au pays. Nawaf Salam a affirmé que ni les habitants déplacés ni la majorité des Libanais n’avaient été consultés sur cette guerre, ni n’avaient décidé d’y entrer.
Il a décrit le conflit comme « la guerre des autres sur notre sol », estimant que le Liban n’avait aucun intérêt à être entraîné dans cette confrontation. Cette formule s’inscrit dans la ligne déjà adoptée par le premier ministre ces derniers jours, celle d’un État cherchant à se dissocier politiquement d’une guerre qu’il considère subie et non choisie.
Un gouvernement sous pression, mais qui cherche à afficher une ligne claire
La séance de jeudi a ainsi permis à l’exécutif de mettre en avant trois messages simultanés: refus d’une transformation du sud du Liban en zone tampon israélienne, solidarité affirmée avec le Koweït et les pays du Golfe face aux menaces sécuritaires, et volonté d’apparaître comme garant de la stabilité intérieure, notamment à Beyrouth.
En choisissant de rendre visibles les mesures de sécurité dans la capitale et de porter plainte devant le Conseil de sécurité, le gouvernement cherche à donner l’image d’un État encore capable d’agir sur les fronts diplomatique, sécuritaire et politique, malgré une guerre qui continue de désorganiser le pays et d’alourdir la pression sur ses institutions.
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