jeudi, janvier 22, 2026

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Nominations sensibles au sommet de l’État : le gouvernement sous tension

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Une vague de nominations pilotée par la primature

Lors du dernier Conseil des ministres présidé par le Premier ministre Nawaf Salam, le gouvernement libanais a approuvé une série de nominations stratégiques, marquant une volonté affirmée de réorganiser les échelons supérieurs de l’administration. Cette réunion, tenue dans un climat politique déjà tendu, a abouti à la désignation de plusieurs responsables à la tête de directions générales et de postes judiciaires. Parmi les figures nommées figurent Charbel Abou Jaoudeh à la direction des finances au ministère de l’Intérieur et Nadim Khoury à la direction des équipements publics, tous deux considérés comme proches des cercles gouvernementaux actuels.

L’objectif officiel affiché par Nawaf Salam repose sur une volonté de remise en ordre de l’appareil administratif dans la perspective de réformes exigées par les partenaires internationaux. Le Premier ministre a justifié ces désignations en soulignant la nécessité de combler des vacances prolongées dans les postes de direction, paralysant la gestion publique. Il s’agit, selon lui, de renforcer les capacités administratives dans un moment de crise multisectorielle.

Les ministres présents ont également validé la nomination de plusieurs juges. Parmi eux, la désignation de Rita Maalouf à la tête de l’Inspection judiciaire a suscité des commentaires : bien que reconnue pour son expérience, elle est identifiée comme proche du courant centriste représenté par des membres de l’actuelle majorité. Cette décision a nourri les soupçons de politisation d’une institution censée incarner la neutralité.

Réactions politiques : le Courant patriotique libre en première ligne

Ces nominations ont immédiatement suscité des remous au sein de la classe politique, notamment du côté du Courant patriotique libre (CPL). Le chef du mouvement, Gebran Bassil, a dénoncé ce qu’il considère comme un déséquilibre confessionnel et une marginalisation délibérée des chrétiens dans les postes de responsabilité. Selon lui, ces choix ne respectent pas le principe de parité et ignorent les mécanismes d’équilibre constitutionnels.

Lors d’une conférence de presse, Bassil a accusé le Premier ministre de « gestion unilatérale » et d’avoir outrepassé ses prérogatives en excluant les forces politiques chrétiennes du processus de consultation. Il a exigé que ces nominations soient réexaminées, au nom de la « représentativité nationale et de l’équité institutionnelle ».

Le débat relancé par le CPL dépasse la simple répartition des postes. En toile de fond, le mouvement évoque une relecture du pacte national, soulignant que les pratiques actuelles affaiblissent le rôle des chrétiens dans l’équilibre des pouvoirs. Cette position s’inscrit dans une stratégie plus large de contestation des usages politiques jugés dominants, dans laquelle le CPL revendique un rééquilibrage des forces au sein de l’exécutif.

La justice au cœur des tensions

Les nominations dans le secteur judiciaire ont cristallisé les critiques. La désignation de Rita Maalouf, mais aussi celle de Karim Haidar au poste de procureur général près la cour de cassation, a été interprétée par plusieurs observateurs comme une tentative de mainmise sur un secteur hautement stratégique.

Des représentants du barreau et des ONG juridiques ont exprimé leur inquiétude quant à la capacité du système judiciaire à rester indépendant dans un tel contexte. Ils pointent le risque de voir les magistrats agir selon des lignes de loyauté politique, ce qui compromettrait toute tentative de réforme sérieuse, notamment dans la lutte contre la corruption.

Cette défiance est d’autant plus problématique que le Liban fait face à une pression constante de la part des institutions internationales, en particulier du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Ces partenaires exigent que des magistrats crédibles et indépendants soient nommés aux postes-clés, conditionnant certains financements à des garanties institutionnelles.

L’absence de mécanismes transparents de nomination est dénoncée depuis plusieurs années. Les récentes désignations, loin de rassurer, ont ravivé les tensions, notamment en raison du profil politique attribué aux nouveaux juges. Cela affaiblit la perception de neutralité de la justice et alimente la conviction que celle-ci reste un outil au service des équilibres politiques du moment.

Enjeux institutionnels plus larges

Cette séquence révèle les failles profondes d’un système institutionnel en crise. Depuis des mois, l’État fonctionne avec des structures incomplètes, où de nombreux postes restent vacants, faute d’accord politique sur les nominations. Cette instabilité a un coût : elle affaiblit les politiques publiques, ralentit les processus administratifs, et accentue la défiance des citoyens envers l’État.

Le recours à des nominations fragmentées, au gré des rapports de force politiques, ne permet pas de consolider une architecture administrative cohérente. Au contraire, il enracine la logique des quotas confessionnels, qui prévaut sur les critères de compétence ou de mérite. Chaque nomination devient alors une pièce dans un échiquier politique, au détriment de l’efficacité et de la continuité.

Certaines figures politiques, comme le député Michel Moawad, ont plaidé pour la mise en place d’une commission nationale indépendante chargée de superviser les nominations administratives. Ce type de mécanisme permettrait, selon eux, de dépolitiser les processus et de restaurer la confiance dans les institutions. Une proposition qui reste pour l’instant sans suite concrète.

Dans les milieux diplomatiques, l’inquiétude est palpable. Des représentants européens ont fait savoir, de manière officieuse, que les nominations observées ne vont pas dans le sens d’un État de droit consolidé. Ces signaux, s’ils se confirment, pourraient avoir un impact sur la coopération technique et financière avec le Liban.

L’urgence d’une réforme du mode de gouvernance n’a jamais été aussi pressante. Pourtant, l’immobilisme semble prévaloir. Tant que les règles du jeu resteront soumises aux rapports de force communautaires et à l’opacité des négociations en coulisses, les nominations continueront de nourrir la crise plutôt que d’y répondre.

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Newsdesk Libnanews
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