Sollicitée par les autorités libanaises, cette visite visait à relancer les discussions autour d’un programme de réformes susceptible de déboucher sur un arrangement formel. Les échanges ont permis d’identifier six axes prioritaires. Chacun reflète des attentes précises de l’institution financière internationale, mais aussi les résistances internes du système libanais.
L’objectif affiché est clair : restaurer la stabilité macroéconomique, attirer le soutien des bailleurs internationaux et réamorcer un cycle de croissance. Cependant, les engagements nécessaires restent lourds dans un pays sans État budgétaire consolidé, sans plan de restructuration bancaire validé, ni vision consensuelle sur la transition économique.
La mission insiste sur l’urgence de restructurer un secteur bancaire paralysé. Depuis 2019, les banques libanaises opèrent en circuit fermé, dans une économie largement informelle et fondée sur les transactions en espèces. Ce fonctionnement hors système empêche tout redémarrage du crédit, limite l’investissement, et accentue la méfiance généralisée des citoyens envers les institutions.
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Les discussions ont porté sur deux leviers : la réforme de la loi sur le secret bancaire – déjà amendée –, et l’adoption par le Parlement d’une loi de résolution bancaire. Ce texte devrait permettre d’encadrer juridiquement la réorganisation du secteur, la protection des déposants, et la définition des pertes.
Le FMI exige un plan cohérent et conforme aux standards internationaux. Or, les autorités libanaises ne disposent pas encore d’un chiffrage officiel sur le montant des pertes, ni sur la ventilation de celles-ci entre actionnaires, banques, déposants institutionnels et particuliers. Ce flou complique toute décision.
Un cadre général de discussions engagées
Le FMI exige du Liban une réforme complète de son secteur bancaire, un cadre budgétaire rigoureux pour 2026, et des engagements clairs sur la gouvernance. La restructuration de la dette, la consolidation des recettes fiscales et la transparence institutionnelle sont indispensables pour débloquer un soutien international. La mission du FMI réaffirme que la stabilité économique passe par des décisions structurelles urgentes et une coopération renforcée entre autorités locales et partenaires internationaux.
Le chef de mission Ernesto Ramirez Rigo a ainsi déclaré :
« Le FMI a mené des discussions productives avec les autorités libanaises autour d’un programme de réformes économiques global, destiné à restaurer la viabilité macroéconomique et à soutenir le financement de la reconstruction. Ces échanges préliminaires ont couvert plusieurs axes de réforme, dont :
- la restauration de la viabilité du secteur bancaire, avec une protection maximale des déposants ;
- la soutenabilité budgétaire et de la dette, tout en renforçant les filets sociaux et les capacités institutionnelles ;
- l’instauration de cadres crédibles de politique monétaire et de change ;
- l’amélioration de la gouvernance et de la transparence ;
- le renforcement du dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme ;
- la réforme des entreprises publiques. »
Réforme bancaire comme urgence prioritaire
La restructuration du système bancaire reste au cœur des attentes formulées par le FMI. Celui-ci souligne que la réhabilitation du secteur financier est indispensable pour restaurer la confiance, sortir de l’économie de cash et relancer le crédit au secteur privé. La mission a salué certains progrès récents, comme l’amendement de la loi sur le secret bancaire ou la soumission d’un projet de loi sur la résolution bancaire au Parlement. Elle a précisé que :
« Le prochain jalon est l’adoption parlementaire de ce texte, qui permettra de fonder juridiquement la reprise de l’intermédiation bancaire ordonnée, dans l’intérêt du public. »
Les échanges ont également porté sur une stratégie naissante de restructuration bancaire et de récupération des dépôts. Le FMI précise que :
« Davantage de travail conjoint avec les autorités sera requis pour garantir que cette stratégie respecte les normes internationales et assure la soutenabilité de la dette. »
Discipline budgétaire et cadre fiscal de moyen terme
La deuxième priorité du Fonds porte sur les finances publiques. Le projet de budget 2026 doit selon l’organisation respecter une contrainte simple : toute nouvelle dépense doit être compensée par une recette équivalente. Ce principe interdit toute fuite en avant, tout déficit non financé, et impose une discipline de trésorerie stricte.
Le FMI recommande un élargissement de l’assiette fiscale par un renforcement des contrôles, notamment en matière de douanes et de TVA. L’institution exige aussi une stratégie de moyen terme sur la mobilisation des recettes et la rationalisation des dépenses. Cela implique une modernisation du système fiscal, une lutte contre la fraude, et une réforme de la gestion publique.
Ce chantier budgétaire est indissociable de la restructuration de la dette publique. L’objectif à moyen terme est de parvenir à un accord sur les Eurobonds en défaut. Le FMI souhaite que le Liban adopte une approche coordonnée, transparente, et adossée à un cadre budgétaire crédible pour retrouver la soutenabilité de sa dette.
« Une stratégie ambitieuse de mobilisation des revenus et de rationalisation budgétaire à moyen terme, accompagnée d’une transparence accrue et d’une meilleure gestion des finances publiques, est essentielle. Elle doit permettre de financer la protection sociale et l’investissement public. »
Le FMI mentionne également que ce cadre budgétaire doit inclure la restructuration des Eurobonds, afin de restaurer la soutenabilité de la dette souveraine. Il rappelle aussi que :
« Les besoins massifs en reconstruction, combinés à l’impossibilité d’accéder aux marchés de capitaux, exigent un soutien extérieur significatif sur des bases très concessionnelles. »
Politique monétaire, lutte contre le blanchiment et réformes structurelles
L’un des points de blocage historiques entre le Liban et le FMI concerne la politique de change. Le Fonds réclame depuis plusieurs années l’instauration d’un taux de change unifié, cohérent avec le marché, et accompagné d’un cadre monétaire crédible. Aujourd’hui encore, le Liban fonctionne avec plusieurs taux, ce qui entretient la confusion, favorise les spéculations, et mine la crédibilité de la Banque centrale.
Les autorités sont appelées à établir un nouveau régime monétaire, fondé sur des outils de pilotage transparents. Cela passe par la reconquête progressive d’un système de change géré, et non soumis aux fluctuations anarchiques du marché parallèle. Cette réforme est essentielle pour stabiliser les prix, redonner confiance, et amorcer une reprise du secteur productif.
Mais là encore, les résistances sont multiples. Les banques, notamment, redoutent les conséquences comptables d’une reconnaissance du taux de marché. En reconnaissant le taux réel, elles seraient contraintes d’acter des pertes massives sur leurs passifs en dollars.
Le FMI pose la question de la gouvernance comme une condition essentielle à tout soutien international. Il réclame des réformes concrètes pour lutter contre la corruption, améliorer la transparence des marchés publics, et restaurer la confiance dans les institutions.
Le Fonds demande la réforme des entreprises publiques, dont certaines constituent des gouffres financiers (Électricité du Liban en tête). L’objectif est double : réduire les pertes et améliorer la qualité des services. Cela nécessite un audit, une restructuration de la dette de ces entités, et parfois des privatisations partielles ou des concessions ciblées.
Cette exigence de transparence se retrouve aussi dans les discussions budgétaires : les autorités sont appelées à publier leurs données comptables régulièrement, à adopter des normes internationales de gestion, et à renforcer les organes de contrôle indépendants.
Le renforcement du dispositif anti-blanchiment est aussi au cœur des demandes du FMI. Le Liban a longtemps été critiqué pour la faiblesse de son encadrement des flux financiers. Des progrès ont été réalisés avec l’adoption de certaines lois, mais leur mise en œuvre reste lacunaire.
Le Fonds souhaite que le pays se conforme aux standards du Groupe d’action financière (GAFI) et que les autorités judiciaires disposent des moyens nécessaires pour enquêter, bloquer et sanctionner les flux suspects. Cela implique une coopération renforcée avec les autorités bancaires et judiciaires, et la levée des obstacles institutionnels à l’application des sanctions.
Appel au soutien international et prochaine étape
L’un des messages clés de cette mission est l’appel au soutien externe. Le FMI reconnaît que le Liban, en l’état actuel de ses finances, ne peut financer seul sa reconstruction ni relancer son économie. Il demande donc que les partenaires internationaux interviennent, mais uniquement dans un cadre structuré.
Ce soutien doit prendre la forme de prêts concessionnels, conditionnés à des engagements clairs. Le FMI rappelle que l’aide extérieure ne peut se substituer aux réformes internes. Elle doit venir en complément d’un programme cohérent, mis en œuvre par les autorités, avec des objectifs mesurables.
Le soutien demandé vise aussi à permettre au Liban de gérer les conséquences sociales de la crise, notamment l’accueil de la population réfugiée, l’extension des filets sociaux, et le financement d’infrastructures de base.
Dans la suite de sa déclaration, Ernesto Ramirez Rigo a souligné que :
« Les efforts de réforme des autorités devront impérativement être accompagnés d’un appui accru des partenaires internationaux, de préférence sous forme de financements très concessionnels. Un soutien renforcé est également nécessaire pour permettre au pays de continuer à assumer la charge liée à l’accueil d’une large population réfugiée. »
Le FMI précise enfin que :
« Sur la base de ces piliers de réforme, les discussions se poursuivront depuis le siège du FMI ainsi qu’à travers des missions de suivi. Le Fonds réaffirme son engagement à accompagner le Liban dans cette période difficile, dans le cadre de son mandat. »
La déclaration se clôt sur une note de reconnaissance pour les autorités et les parties prenantes, saluant leur coopération et leur esprit constructif.
Un programme encore loin d’être acquis
Malgré les annonces, aucun accord formel n’a été signé. Les discussions vont se poursuivre entre le siège du FMI et les autorités libanaises. Pour l’instant, le pays reste sans financement, sans plan approuvé, et sans visibilité.
Les prochains mois seront décisifs. L’adoption par le Parlement de la loi sur la résolution bancaire, la présentation d’un budget 2026 crédible, et les premières mesures de restructuration de la dette seront scrutés. Le FMI conditionne tout appui à des signaux forts et irréversibles.



