Un espoir pour un changement structurel
La nomination de Nawaf Salam en tant que Premier ministre libanais a suscité des réactions contrastées parmi les partis indépendants et réformistes. Ces blocs, bien qu’en minorité au Parlement, voient en Salam une figure capable de briser les schémas traditionnels de gouvernance dominés par les grands blocs confessionnels. Cependant, leurs déclarations révèlent des attentes élevées ainsi que des inquiétudes sur sa capacité à mener des réformes dans un environnement politique profondément divisé.
Un soutien conditionnel à Salam
Les partis indépendants, qui se sont constitués principalement à la suite des manifestations populaires de 2019, ont exprimé leur soutien à Salam tout en insistant sur l’urgence d’adopter un programme de réformes claires et transparentes. Ces groupes demandent en priorité la restructuration du secteur bancaire, la réforme de la fiscalité et l’instauration de mécanismes de lutte contre la corruption.
Dans un communiqué commun, plusieurs députés indépendants ont déclaré : « Nawaf Salam représente une opportunité rare de changer les règles du jeu, mais son succès dépendra de sa capacité à résister aux pressions des blocs confessionnels et à s’entourer de technocrates compétents. » Cette prise de position souligne leur méfiance envers les partis traditionnels, accusés d’avoir bloqué les réformes par le passé.
Les réformes économiques au centre des préoccupations
Les indépendants ont placé la relance économique au cœur de leurs attentes. Parmi leurs priorités figurent :
- La protection des petits déposants dans le cadre de la restructuration bancaire.
- La réforme du secteur énergétique, où des pertes annuelles de 1,5 milliard de dollars pèsent lourdement sur le budget public.
- La taxation des grandes fortunes et des propriétés de luxe, une mesure visant à réduire les inégalités sociales et à augmenter les recettes fiscales.
Cependant, ces propositions risquent de se heurter à des résistances de la part des blocs confessionnels, qui voient ces réformes comme une menace à leurs intérêts économiques et politiques.
Une demande de transparence et d’inclusivité
Les indépendants insistent également sur la nécessité d’une transparence totale dans les négociations avec le FMI et d’une gestion inclusive des fonds publics. Ils ont proposé la création d’une autorité indépendante pour superviser l’utilisation des aides financières internationales et garantir qu’elles soient allouées aux secteurs prioritaires, tels que la santé, l’éducation et les infrastructures.
Dans une déclaration, un député indépendant a affirmé : « Le Liban ne peut pas se permettre un autre échec. Chaque dollar débloqué doit être utilisé de manière responsable et équitable pour reconstruire la confiance des citoyens. »
Des inquiétudes sur les pressions internationales
Malgré leur soutien à Salam, les indépendants expriment des réserves sur les pressions exercées par les puissances internationales, notamment la France, les États-Unis et l’Arabie saoudite. Ils craignent que ces pressions ne compromettent l’indépendance des décisions politiques et ne poussent Salam à adopter des réformes perçues comme favorisant les intérêts étrangers plutôt que ceux des Libanais.
Cette méfiance s’accompagne d’un appel à une approche équilibrée, qui prenne en compte les besoins locaux tout en répondant aux exigences des créanciers internationaux.
Le rôle des jeunes et de la société civile
Les députés indépendants ont également souligné l’importance d’inclure les jeunes et la société civile dans le processus de réforme. Selon eux, Salam devrait tirer parti de l’expertise et de l’énergie de ces groupes pour dynamiser son programme et garantir un soutien populaire durable.
En appelant à des consultations régulières avec des représentants de la société civile, les indépendants espèrent éviter les erreurs des gouvernements précédents, souvent accusés de déconnexion avec les préoccupations réelles des citoyens.
Les défis pour Salam
Les déclarations des indépendants mettent en lumière les défis auxquels Nawaf Salam devra faire face. S’il bénéficie d’un soutien conditionnel de leur part, son succès dépendra de sa capacité à instaurer un consensus avec les grands blocs parlementaires, sans compromettre son programme de réformes. Salam devra également naviguer dans un environnement politique marqué par des résistances internes et des pressions internationales intenses.
Un rôle crucial pour les indépendants
Bien que minoritaires, les indépendants jouent un rôle clé dans le paysage politique actuel. Leur soutien à Salam pourrait renforcer sa légitimité et lui donner l’élan nécessaire pour mettre en œuvre des réformes audacieuses. Cependant, leur influence reste limitée face aux grands blocs confessionnels, ce qui pourrait entraver leur capacité à peser sur les décisions majeures.



