jeudi, janvier 22, 2026

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Réformes sous pression : Nawaf Salam face aux critiques de l’attentisme stratégique

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Au cœur d’une impasse politique prolongée et sous le regard attentif des bailleurs de fonds internationaux, le gouvernement dirigé par Nawaf Salam se trouve confronté à une vague de critiques croissante, notamment émanant des députés du bloc du changement. Ces parlementaires dénoncent un « attentisme stratégique » de l’exécutif, qu’ils soupçonnent de temporiser volontairement les réformes urgentes pour préserver ses alliances et ne pas heurter ses soutiens extérieurs. Le même journal rapporte que plusieurs élus estiment que l’exécutif « laisse la réforme se noyer dans les procédures », un reproche révélateur d’une frustration profonde vis-à-vis de l’immobilisme de l’administration.

La réforme électorale prise en otage des équilibres diplomatiques
Parmi les réformes les plus discutées, celle du cadre électoral demeure emblématique de la lenteur dénoncée. Alors que la loi n° 44 de 2017 prévoit des dispositions non appliquées lors des précédents scrutins, et notamment la représentation de la diaspora, l’absence de volonté politique claire pour statuer sur leur mise en œuvre est interprétée par certains comme une tactique d’évitement. Dans ce climat, l’administration Salam est perçue comme paralysée par la peur de froisser les lignes rouges imposées par des puissances régionales et internationales, plutôt que de trancher des arbitrages attendus par la société libanaise.

L’attentisme comme stratégie diplomatique
Les critiques de l’opposition institutionnelle ne se limitent pas à la forme. Pour les députés du changement, l’attitude du cabinet est révélatrice d’un calcul politique structuré : temporiser pour gagner du temps, en espérant un déblocage externe qui dispenserait le gouvernement d’un positionnement clair sur les dossiers internes sensibles. Cette critique est soutenue par des faits concrets : depuis sa nomination, le Premier ministre n’a pas engagé de réforme d’envergure, se contentant de proroger des dispositifs existants ou de convoquer des comités techniques sans résultat tangible. Les parlementaires soulignent que cette inertie prolongée nourrit un climat de défiance généralisée envers les institutions.

Le recours à la Banque mondiale comme levier ou diversion
Dans ce contexte, Al Akhbar indique que certains ministres du gouvernement envisagent d’inclure la réforme électorale – mais aussi d’autres mesures structurelles – dans un cadre plus large de négociation avec la Banque mondiale. L’objectif affiché serait d’utiliser ces réformes comme un levier pour débloquer de nouveaux financements, en montrant une volonté de réforme sans en porter immédiatement la charge politique. Ce raisonnement est jugé opportuniste par les détracteurs du gouvernement, qui y voient une manière de reporter indéfiniment les décisions en les conditionnant à des accords multilatéraux encore flous. Pour d’autres, cette tactique serait simplement un moyen de regagner une marge de manœuvre budgétaire dans un contexte de tarissement général des aides.

La mémoire des réformes imposées par l’extérieur
Face à ces accusations, les proches du Premier ministre s’efforcent de défendre sa ligne de conduite. Ad Diyar rapporte que certains collaborateurs de Salam rappellent que « le Liban a payé cher par le passé les réformes précipitées imposées par l’étranger ». Cette référence renvoie à plusieurs épisodes récents, dont l’échec de certaines politiques d’austérité adoptées dans le cadre de plans de soutien internationaux, qui ont engendré des coûts sociaux lourds sans générer les effets structurels escomptés. Cette prudence revendiquée s’inscrit donc dans une posture de méfiance vis-à-vis des agendas extérieurs, que le Premier ministre chercherait à contenir tout en gardant ouvertes les portes de la coopération.

Une confiance internationale conditionnée
Malgré cette justification, les partenaires internationaux du Liban multiplient les signaux d’impatience. La France, par la voix de Jean-Yves Le Drian lors de sa visite, a souligné que « la réforme électorale inclusive et transparente » était une « condition préalable au rétablissement de la confiance internationale ». De leur côté, les institutions financières telles que la Banque mondiale ou le FMI exigent des engagements clairs sur la restructuration du secteur public, la lutte contre la corruption, et l’organisation d’élections crédibles pour poursuivre leur appui. Le Liban se trouve ainsi dans une équation difficile : avancer sans s’aliéner l’extérieur, mais sans provoquer de ruptures internes ingérables.

L’immobilisme, entre prudence et paralysie
La ligne de défense du Premier ministre repose sur l’idée d’une prudence nécessaire dans un contexte de fragmentation extrême du paysage politique. Selon ses proches, chaque réforme, même mineure, risque d’être bloquée par un groupe parlementaire ou un acteur communautaire, rendant l’action gouvernementale dépendante d’un équilibre précaire. Cette approche, si elle peut se justifier dans un système aussi polarisé, s’apparente toutefois à une paralysie de fait, dénoncée par les citoyens et plusieurs ONG locales, qui rappellent que le pays ne dispose plus du luxe de différer ses décisions.

Les parlementaires du changement en contre-pouvoir
Le bloc du changement, issu du mouvement de contestation de 2019, s’efforce de jouer un rôle de contre-pouvoir. Très actif sur la question des réformes, il dénonce une stratégie d’évitement entretenue par le gouvernement et certaines élites politiques traditionnelles. Ces députés insistent sur le fait que l’inaction actuelle participe d’une crise de gouvernance plus large, dont les conséquences sociales sont déjà visibles : paupérisation, exode des jeunes diplômés, dégradation des services publics. Pour eux, attendre un consensus impossible revient à abandonner toute ambition réformatrice.

Une opinion publique en désillusion
La société libanaise, durement éprouvée par les crises successives, regarde ces débats avec un mélange de scepticisme et de lassitude. De nombreux citoyens estiment que la classe politique, quelle que soit sa couleur, se contente d’aménager la survie d’un système inefficace, sans volonté réelle de transformation. Le gouvernement Salam, malgré une image technocratique initialement positive, voit sa crédibilité s’éroder. L’absence de mesures concrètes, la multiplication des reports et l’absence de communication claire sur les échéances contribuent à alimenter cette désillusion collective.

Le piège de la normalisation de l’inaction
Plus inquiétant encore, certains analystes parlent d’une « normalisation de l’inaction » au sommet de l’État. Dans cette logique, l’État gère les urgences quotidiennes sans horizon stratégique, tandis que les réformes sont reléguées au second plan. Le risque est double : une déconnexion croissante entre l’État et ses citoyens, et une perte d’influence du Liban dans les négociations internationales. Car au-delà de l’aide financière, ce sont les capacités de négociation du pays qui s’affaiblissent lorsqu’il n’offre pas de cadre politique stable et cohérent.

Des scénarios d’évolution incertains
À ce stade, plusieurs scénarios sont envisagés. Le premier, le plus optimiste, repose sur une relance du dialogue national qui permettrait de dégager des compromis sur les priorités réformatrices, avec un soutien coordonné de partenaires extérieurs. Le second, plus probable selon certains observateurs, serait celui d’un enlisement prolongé, avec des réformes minimales adoptées à la marge, sans vision d’ensemble. Un troisième scénario, plus instable, impliquerait une remise en cause du gouvernement actuel, sous pression parlementaire et sociale, dans un climat de tensions accrues.

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