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Soueïda entre deux feux : druzes divisés, Israël menace, Damas encercle

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Le cessez-le-feu annoncé par Damas : entre diplomatie interne et pression militaire
Alors que les combats dans le sud de la Syrie s’intensifient, la province de Soueïda, peuplée majoritairement de druzes, est de nouveau au centre d’un bras de fer militaire et diplomatique. Le régime syrien affirme avoir signé un accord de cessez-le-feu avec les autorités locales. Cet accord aurait été validé par le cheikh Youssef Jarbouh, figure religieuse proche du pouvoir. Cette annonce survient alors que les affrontements se poursuivent sur le terrain, et que les miliciens druzes ne semblent pas avoir reçu d’instructions claires pour cesser le feu. Aucun mouvement de désengagement significatif n’a été observé dans les villages et quartiers périphériques. La proclamation de l’accord s’inscrit dans une stratégie bien rodée du régime : désamorcer les critiques internationales en s’appuyant sur des relais communautaires cooptés.

Le choix de Youssef Jarbouh n’est pas anodin. Il incarne la figure de la collaboration « loyale » avec Damas, légitimée religieusement mais très contestée socialement. Le pouvoir syrien utilise son nom comme étendard d’une prétendue unité retrouvée, tout en poursuivant ses opérations militaires dans les zones où l’opposition druze reste vivace. En proclamant un cessez-le-feu sans cessez-le-feu effectif, le régime se donne les moyens de réagir à toute reprise de la violence tout en rejetant la responsabilité sur les rebelles. Cette rhétorique permet à Damas de gagner du temps, de désorganiser les initiatives locales et de poser en acteur de paix dans un théâtre de guerre fragmenté.

La fracture druze : deux figures religieuses, deux légitimités
La déclaration du cheikh Jarbouh n’a pas tardé à susciter une réaction frontale de la part du cheikh Hikmat al-Hijri, autre autorité spirituelle druze très respectée. Al-Hijri a catégoriquement rejeté toute idée de trêve, affirmant n’avoir jamais autorisé de négociation au nom de la communauté. Il a appelé à la poursuite des combats contre les forces du régime. Cette opposition ouverte entre deux figures religieuses de premier plan met en lumière une scission profonde au sein de la communauté druze. La fracture dépasse le champ religieux : elle recoupe des lignes de clivage politique, générationnel et géographique.

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Cheikh Jarbouh, installé à Damas, représente une continuité institutionnelle, mais il est de plus en plus vu comme un relais du pouvoir. À l’inverse, cheikh al-Hijri, basé à Soueïda, porte la voix d’une jeunesse mobilisée, désillusionnée par les promesses d’amnistie et de réforme jamais tenues. Son discours fait écho à une colère diffuse, alimentée par les arrestations arbitraires, la misère économique et la répression ciblée contre les militants locaux. Cette rivalité affaiblit la capacité de la communauté druze à parler d’une seule voix. Elle multiplie les lignes de commandement et accroît la vulnérabilité du territoire face aux manipulations extérieures.

En pratique, cette division compromet toute tentative de sortie de crise. Elle disloque la chaîne de commandement sur le terrain, brouille les signaux politiques envoyés à l’étranger et offre à Damas un prétexte pour intensifier ses opérations au nom de la lutte contre le « désordre ».

L’instrumentalisation israélienne : la ligne rouge de Soueïda
Dans ce climat d’incertitude, la réaction d’Israël est venue ajouter une couche supplémentaire de tension. Le ministre de la Défense, Yisrael Katz, a prévenu que la présence continue de forces syriennes à Soueïda serait perçue comme une menace directe, justifiant des frappes militaires. Il a affirmé que la protection des druzes de Syrie constituait une ligne rouge pour l’État hébreu. Cette déclaration, en apparence motivée par des considérations humanitaires, s’inscrit dans une stratégie sécuritaire plus vaste.

Israël entretient depuis longtemps une relation complexe avec la minorité druze, en particulier avec les druzes israéliens, fortement enracinés dans les institutions militaires et civiques du pays. En se présentant comme le garant de la sécurité de leurs « cousins » syriens, l’État hébreu tente de légitimer ses interventions au-delà de ses frontières. L’argument identitaire est utilisé comme levier diplomatique pour justifier une présence accrue sur le front nord. Cette posture vise également à limiter l’influence iranienne dans le sud syrien, et à contenir l’expansion de milices pro-iraniennes dans cette région tampon.

Cependant, la menace israélienne ne fait pas l’unanimité au sein de la population druze syrienne. Nombre d’entre eux y voient une forme de manipulation. Refusant d’être les instruments d’un agenda extérieur, les combattants locaux insistent sur leur autonomie politique et militaire. Ce rejet de la tutelle israélienne, même présentée comme protectrice, souligne le refus des druzes syriens d’être enfermés dans une logique binaire entre Damas et Tel Aviv.

Vers un nouveau front régional ? Entre tension locale et surenchère militaire
La multiplication des déclarations contradictoires, les mouvements de troupes et les interventions étrangères dessinent les contours d’un front en formation. Soueïda, longtemps restée en marge du conflit syrien, semble aujourd’hui en passe de devenir un nouveau point de bascule régional. Le régime syrien renforce ses positions, mobilisant les unités du 15e corps d’élite et des détachements de la Garde républicaine. Les check-points se multiplient dans les zones rurales et les entrées des villages.

En parallèle, les milices soutenues par l’Iran, notamment les unités du Hezbollah opérant au sud de Damas, intensifient leur implantation dans les zones périphériques. Leurs positions à proximité des localités druzes ne sont pas anodines : elles visent à dissuader toute tentative d’autonomie armée des factions locales. Cette cohabitation forcée accroît les tensions et suscite des incidents réguliers, parfois sanglants.

La Jordanie, voisine immédiate, surveille de près l’évolution de la situation. Le royaume redoute une déstabilisation de sa frontière nord, alors même qu’il fait face à une pression migratoire croissante. Amman craint également une percée des milices chiites qui modifierait l’équilibre régional en sa défaveur. Les États-Unis, quant à eux, gardent le silence mais multiplient les vols de reconnaissance dans la région.

Ce faisceau d’éléments fait de Soueïda un théâtre de recompositions dangereuses. Ce qui n’était qu’un différend local devient, par l’intrication des acteurs, un catalyseur de tensions stratégiques. La guerre syrienne, en apparence en voie de gel, connaît ici un regain d’intensité. La province druze cristallise les peurs, les ambitions et les fractures d’un Proche-Orient toujours en surchauffe.

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