Le Liban, un trésor à redécouvrir
Le Liban, ce petit pays de 10 452 km² lové entre la Méditerranée et les montagnes du Moyen-Orient, est une terre qui appelle les rêveurs et les curieux. Autrefois surnommé la « Suisse du Moyen-Orient » pour ses vallées luxuriantes et ses cimes enneigées, ou le « Paris de l’Orient » pour son élégance et sa vie trépidante, il a longtemps été une étoile brillante sur la carte des voyageurs. Pensez à la Qadisha, où les falaises semblent garder des secrets millénaires, à Baalbek, dont les ruines évoquent la grandeur romaine, ou à Tyr, où les plages dorées scintillent sous un soleil doux. La cuisine libanaise, avec ses mezze parfumés et ses desserts sucrés, enveloppe chaque visiteur d’une chaleur unique.
Mais le chemin n’a pas été facile. La guerre civile de 1975 à 1990 a déchiré le tissu du pays, laissant des bâtiments éventrés et des familles dispersées. Les tensions régionales, la crise économique brutale depuis 2019 et l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth en 2020 ont ajouté des ombres au tableau. À son apogée, en 2019, le tourisme injectait 8,6 milliards de dollars dans l’économie, soit 20 % du PIB, employant des milliers de personnes – hôtels, restaurants, guides, artisans. Puis, en 2020, tout a vacillé : les revenus ont chuté de 87,7 % en six mois, selon Libnanews, frappant durement ces secteurs vitaux.
Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là. L’été 2023 a vu 2 millions de visiteurs revenir, surtout des expatriés et des voisins du Golfe ou de Jordanie. Ce n’était pas seulement une bouffée d’air : c’était un signe que le Liban reste ancré dans les cœurs. Ces visiteurs ont dépensé dans les cafés de Beyrouth, les boutiques de Byblos, les pensions de montagne, redonnant un peu de vie à une économie à bout de souffle. Avec ses trésors naturels, son passé riche et son potentiel économique, le Liban pourrait redevenir une destination phare, un moteur pour ses habitants et ses rêves.
Les richesses infinies du Liban : une invitation au voyage
Explorez une nature à couper le souffle
Le Liban est un pays où la nature déploie une palette incroyable. En une journée, vous pouvez tremper vos pieds dans les vagues salées de la Méditerranée et chausser des skis sur les pentes du Mont-Liban. La vallée de la Bekaa s’étire entre deux chaînes de montagnes, un patchwork de champs et de vignobles comme Ksara ou Kefraya. Là, les vignerons cultivent des cépages depuis des siècles, et une dégustation sous un ciel clair, avec les sommets en fond, est un moment hors du temps.
Plus au nord, la forêt des Cèdres de Dieu dresse ses arbres imposants, certains vieux de 3000 ans. Ces cèdres, qui ont servi à bâtir des temples antiques et des navires phéniciens, attirent les randonneurs et les photographes, leurs branches offrant une ombre bienvenue. La côte, longue de 225 km, est une suite de joyaux. Batroun charme avec ses plages tranquilles, ses ruelles en pierre et ses petits cafés où les pêcheurs vendent leur poisson frais. Jounieh pulse avec sa baie bordée de lumières et son téléphérique qui grimpe jusqu’à Harissa, une statue blanche veillant sur la mer.
Beyrouth affiche fièrement ses rochers de Raouché, sculptés par les vagues comme des gardiens silencieux. À Jezzine, des cascades jaillissent entre les pins, un havre pour les promeneurs. Faraya devient un paradis blanc en hiver, avec ses pistes de ski qui attirent les amateurs de glisse. Tyr, elle, offre des eaux claires où l’on plonge parmi des vestiges anciens. La réserve du Chouf, au sud de Beyrouth, est un refuge sauvage : biches, renards et oiseaux rares y vivent sous des cèdres centenaires, un coin préservé par des années d’efforts locaux.
Dans le sud, Nabatieh cache des oliveraies qui produisent une huile d’olive dorée, vendue sur les marchés locaux et exportée par les familles. Bentael, plus discret, propose des sentiers bordés de chênes et de genévriers, où le silence n’est brisé que par le chant des oiseaux. L’automne enflamme la Bekaa de rouge et d’or, l’hiver drape Mzaar d’un manteau neigeux, et le printemps fait éclore des fleurs sauvages à Bhamdoun ou Aley. Chaque saison transforme le Liban en une toile vivante, un appel à l’aventure.
Plongez dans un patrimoine qui raconte l’histoire du monde
Le Liban est une terre où chaque pierre a une voix. Cinq sites classés UNESCO – Byblos, Baalbek, Tyr, Anjar et la Qadisha avec ses cèdres – sont des fenêtres sur des époques révolues. Byblos, habitée depuis 7000 ans, est le berceau de l’alphabet phénicien. Son port, ses ruelles pavées et ses murailles parlent d’un temps où les navires partaient conquérir la mer. Baalbek, avec ses temples romains, impressionne par sa démesure : une pierre de 1650 tonnes, taillée il y a deux millénaires, repose là, défiant toute logique.
La Qadisha, vallée sacrée du nord, abrite des monastères comme Qozhaya, creusés dans la roche par des moines il y a des siècles. Leurs fresques pâlies et leurs autels simples racontent une foi ancienne. Mais le patrimoine va plus loin. Tripoli, au nord, vit au rythme de ses souks : l’odeur du savon d’Alep flotte dans l’air, les marchands crient leurs prix, et la citadelle croisée de Raymond de Saint-Gilles surplombe la ville comme une sentinelle. Beiteddine, dans les collines, offre un palais ottoman aux mosaïques éclatantes, entouré de jardins où les fontaines chantent doucement.
Saïda, sur la côte sud, garde un château phénicien posé sur l’eau, un vestige qui semble flotter. Son marché déborde de couleurs : tissus, épices, fruits frais empilés en pyramides. Anjar, dans la Bekaa, dévoile une cité omeyyade du VIIIe siècle, avec des arches élégantes et des rues droites qui évoquent un passé fastueux. Deir el-Qamar, petit village du Chouf, fige le XVIIe siècle dans ses maisons en pierre et ses ruelles étroites. Zahlé, elle, mélange églises maronites et demeures ottomanes, une ville où l’histoire se lit sur chaque façade.
Avec 18 communautés religieuses partageant ce bout de terre, le Liban est un carrefour rare. À Beyrouth, les mosquées voisinent avec les églises, et les vieux immeubles ottomans côtoient des tours modernes. Ce mélange, c’est une richesse qui attire les historiens, les pèlerins et les curieux, un patrimoine vivant qui pourrait nourrir l’économie si les visiteurs reviennent en masse.
Savourez une cuisine qui conquiert les cœurs
La cuisine libanaise est un art qui touche le cœur. Le mezzé ouvre chaque repas : houmous doux comme une caresse, tabbouleh frais avec son persil vif, fattouche léger avec ses morceaux de pain croustillant. Les grillades suivent, kafta relevée d’épices ou chich taouk tendre, servies avec une crème d’ail et un pita tout chaud. Pour finir, le baklava craque sous les doigts, et le knafeh, avec son fromage fondant, offre une douceur héritée des Ottomans.
À Zahlé, surnommée « la ville des poètes et du vin », les restaurants bordent la rivière Berdawni. Sous les peupliers, on savoure des plats simples avec une musique douce en fond. Dans la Bekaa, les vignobles comme Ixsir ou Ksara produisent des vins rouges et blancs qui accompagnent des kibbeh, ces boulettes de viande et de blé dorées au feu. Batroun, sur la côte, marie le citron pressé aux poissons frais, un goût d’été même en plein hiver. Tripoli déborde de sfiha, petites pizzas épicées cuites dans des fours traditionnels, un régal qui attire les passants.
Dans le sud, à Marjayoun, le moujadara – lentilles et riz parfumés – est un plat humble qui parle de la terre. À Bhamdoun, sous les figuiers, un mezzé devient un moment de partage, avec des rires autour de la table. À Aley, le café blanc, parfumé à la fleur d’oranger, apaise après une journée dans les collines. Cette cuisine n’est pas qu’un plaisir : elle soutient des milliers de familles, des fermiers de la Bekaa aux pêcheurs de Batroun, et voyage grâce à une diaspora de millions. Sur place, elle prend une saveur unique, celle d’un pays qui donne tout.
Relever les défis : un avenir à construire
Surmonter les crises avec détermination
Le Liban a connu des jours noirs, mais sa flamme ne s’éteint pas. La guerre civile de 1975 à 1990 a tout bouleversé, laissant des villes en ruines et des familles éparpillées. Dans les années 2000, le pays s’est repris : en 2010, 2 millions de touristes ont rempli les hôtels, les restaurants et les boutiques, injectant des millions dans une économie fragile. Puis, la crise de 2019 a frappé comme un couperet. La livre a perdu plus de 90 % de sa valeur, les banques ont bloqué les comptes, et les Libanais ont vu leurs épargnes fondre, rapporte Libnanews. Les petits commerces, les chauffeurs, les guides : tous ont souffert.
L’explosion de Beyrouth en 2020 a été un choc brutal. Des quartiers entiers ont disparu, des hôtels comme Le Gray ont fermé leurs portes, et des milliers de travailleurs ont perdu leur gagne-pain. En 2024, les tensions avec Israël ont encore compliqué les choses : Tyr et le sud ont été touchés par des frappes, vidant ces régions de leurs visiteurs. Mais le Liban a une force rare. Les artisans réparent leurs échoppes, les familles nettoient les gravats, et les rues de Gemmayzé ou Mar Mikhael retrouvent leurs rires et leurs lumières. Cette résilience pourrait ramener les touristes, et avec eux, des devises pour relancer une économie à genoux.
Réinventer les infrastructures pour accueillir le monde
Les routes du Liban sont un défi. Aller à Bcharre ou Deir el-Qamar demande du temps, avec des chemins cabossés qui ralentissent les curieux. Les coupures d’électricité, presque quotidiennes, forcent les hôtels à dépendre de générateurs coûteux, un problème souligné par la Banque mondiale. L’aéroport de Beyrouth, porte d’entrée principale, a vu 1,8 million d’arrivées en 2023, mais ses halls usés et ses longues files ne donnent pas envie de rester.
Pourtant, des solutions se dessinent. Des investisseurs du Golfe parlent d’un aéroport modernisé d’ici 2027, selon Libnanews, avec des terminaux clairs et des vols directs depuis l’Europe ou l’Asie. Des routes refaites vers Qadisha ou Jezzine rendraient les villages accessibles, boostant les petits commerces locaux. À Faraya, des panneaux solaires pourraient alimenter les stations de ski, économisant des milliers de dollars en fuel. Jounieh rêve d’un port rénové pour accueillir des yachts, une manne pour les restaurants et les boutiques du coin.
La réserve du Chouf montre l’exemple : avec des fonds locaux et étrangers, elle a bâti des sentiers et des refuges qui attirent les randonneurs, générant des revenus pour les villages voisins. Si le Liban investit ainsi, chaque dollar dépensé par un touriste – dans un hôtel, un café ou une échoppe – pourrait relancer l’économie, pas à pas.
Changer les regards, attirer les curieux
L’image du Liban a pris des coups. Les alertes de pays comme la France ou les États-Unis parlent de dangers, et beaucoup optent pour Dubaï ou la Jordanie, perçues comme plus sûres. Mais en 2023, 2 millions de visiteurs ont dit oui au Liban, surtout des expatriés et des voisins du Golfe. Ces voyageurs ont rempli les caisses des hôtels de Beyrouth, des pensions de la Bekaa, des marchands de Tripoli, prouvant que le pays peut encore séduire.
Il faut maintenant aller plus loin. Des photos de Baalbek sous les étoiles, des vidéos des vagues à Batroun ou des récits de marches dans le Chouf pourraient envahir les réseaux sociaux. Les expatriés, avec leurs souvenirs d’enfance – une limonade à Batroun, un repas à Zahlé – sont des ambassadeurs naturels. Si le monde voit cette beauté, ces dollars touristiques pourraient affluer, soulageant une économie qui en a tant besoin.
Oser un tourisme d’avenir : les clés de la renaissance
Faire de la paix une force touristique
Le cessez-le-feu de fin 2024 avec Israël est une porte ouverte. Si cette paix dure, le Liban peut redevenir un refuge pour les voyageurs. Jan Aboud, du Syndicat des bureaux de tourisme, croit qu’un mois de calme suffirait pour relancer le secteur. Depuis février 2025, Nawaf Salam dirige le pays, et l’armée pourrait sécuriser le sud, suivant les règles de l’ONU.
Baalbek pourrait alors accueillir des foules, ses ruines vibrant sous les pas. Tyr, avec ses plages et ses vestiges phéniciens, attirerait plongeurs et rêveurs, rapportant des devises aux pêcheurs et aux hôteliers. Les festivals, comme celui de Baalbek, feraient chanter les pierres, chaque billet vendu aidant l’économie locale. Harissa et Qozhaya deviendraient des étapes pour pèlerins, leurs dons et achats soutenant les villages voisins. La paix, c’est un levier pour faire revivre ces lieux et leurs commerces.
Bâtir un Liban moderne et accueillant
Un aéroport de Beyrouth refait d’ici 2027 pourrait changer la donne : des vols directs depuis Paris, Dubaï ou New York, des halls modernes, et une première impression qui donne envie. Des routes neuves vers Qadisha ou Jezzine ouvriraient des villages aux visiteurs, leurs auberges et échoppes profitant de chaque passage. À Faraya, l’énergie verte ferait baisser les coûts des stations de ski, attirant plus de skieurs et leurs dollars.
Jounieh, avec un port rénové, verrait des yachts accoster, remplissant les caisses des restaurants et des boutiques. Bentael pourrait offrir des gîtes en bois, un tourisme vert qui emploierait les locaux. Mzaar, avec des pistes modernisées, séduirait les amateurs de glisse du Golfe ou d’Europe, chaque séjour boostant l’économie. À Beyrouth, des quartiers comme Mar Mikhael pourraient renaître avec des hôtels refaits et des rues propres, chaque nuitée soutenant des familles.
Raconter le Liban au monde entier
En 2023, Beiteddine a vibré avec son festival, un écho qui pourrait grandir. Des stars mondiales sur cette scène, des vidéos de Tyr ou Byblos sur les réseaux : le monde découvrirait ces trésors. La Bekaa, avec ses vignobles, parlerait aux gourmands, chaque bouteille vendue aidant les vignerons. Le Chouf ou Bcharre appellerait les marcheurs, leurs dépenses soutenant les guides et les auberges.
Harissa et Qozhaya attireraient les pèlerins, leurs visites nourrissant les petits commerces. Les expatriés, avec leurs millions de voix, pourraient partager leurs souvenirs : une soirée à Gemmayzé, un mezze à Zahlé, une balade à Aley. Ces histoires, ces images, feraient du Liban une destination irrésistible, chaque voyageur apportant un peu d’oxygène à une économie fragile.
Investir dans un tourisme qui dure
Des guides formés, racontant Byblos ou Baalbek avec passion, changeraient tout. Les artisans de Tripoli, avec leurs savons, ou les vignerons de Zahlé, avec leur arak, méritent qu’on les soutienne : chaque vente est un pas vers la stabilité. À Bcharre, un musée Gibran refait attirerait les amoureux de poésie, leurs billets finançant des projets locaux.
À Saïda, des ateliers de verre phénicien redonneraient vie à un savoir ancien, les touristes achetant ces pièces uniques. Des circuits avec Pétra ou Chypre offriraient une aventure élargie, chaque voyageur dépensant au Liban. À Marjayoun, des fermes ouvertes partageraient olives et pain, un tourisme rural qui emploierait les villageois. Bentael pourrait devenir un refuge vert, ses nuits sous les étoiles attirant des rêveurs. Le Liban a tout – ses gens, ses lieux, son âme – pour bâtir un avenir solide, porté par chaque visiteur.



