Un secteur en crise face à des défis multiples
Le tourisme, autrefois considéré comme l’un des principaux piliers économiques du Liban, subit aujourd’hui une crise profonde qui menace son existence même. Les hôtels et les restaurants, acteurs essentiels de ce secteur, font face à une série de difficultés économiques, allant de la baisse de fréquentation aux coûts d’exploitation devenus insoutenables.
Depuis plusieurs années, la fréquentation touristique connaît une chute drastique, due à l’instabilité politique, aux tensions sécuritaires et à la crise économique qui a réduit la capacité des Libanais eux-mêmes à fréquenter ces établissements. De nombreux hôtels, autrefois prisés par les visiteurs du Golfe et de la diaspora libanaise, peinent à remplir leurs chambres et voient leurs revenus chuter dangereusement.
Les restaurateurs, quant à eux, font face à une double pression. D’une part, la hausse des prix des matières premières et de l’énergie rend l’exploitation de leurs établissements de plus en plus coûteuse. D’autre part, la diminution du pouvoir d’achat des consommateurs libanais les oblige à ajuster leurs prix à la baisse, ce qui impacte directement leur rentabilité. Dans ce contexte, plusieurs restaurants ont déjà mis la clé sous la porte, tandis que d’autres fonctionnent à capacité réduite.
Une chute brutale de la fréquentation touristique
Le Liban, qui accueillait autrefois plusieurs millions de touristes par an, voit ses chiffres fondre d’année en année. Entre la crise politique et la situation économique désastreuse, les visiteurs étrangers hésitent à choisir le pays comme destination, tandis que les touristes locaux, eux aussi touchés par la crise, ont drastiquement réduit leurs dépenses dans le secteur du tourisme.
Tableau 1 : Évolution du nombre de touristes au Liban (en millions)
| Année | Nombre de touristes | Variation annuelle (%) |
|---|---|---|
| 2018 | 2,1 | +4% |
| 2019 | 1,9 | -10% |
| 2020 | 1,0 | -47% |
| 2021 | 1,3 | +30% |
| 2022 | 1,5 | +15% |
| 2023 | 1,2 | -20% |
Malgré une légère reprise en 2021 et 2022, les chiffres restent bien en deçà des attentes. Les périodes de haute saison, notamment en été et durant certaines fêtes religieuses, ne suffisent pas à compenser les longs mois de faible activité.
Cependant, il existe quelques signes d’optimisme. Certains hôteliers et professionnels du tourisme misent sur une amélioration progressive de la situation, avec une reprise attendue à partir de mi-avril 2025, période où une augmentation des réservations a été enregistrée. Certains établissements anticipent un taux d’occupation de 90 à 95% pendant le Ramadan et la saison estivale, principalement grâce aux Libanais de l’étranger et aux touristes arabes qui recommencent à visiter le pays.
Des coûts de fonctionnement insoutenables
Les difficultés ne se limitent pas à la baisse de la fréquentation. L’explosion des coûts d’exploitation pèse lourdement sur les hôtels et les restaurants, les mettant dans une position extrêmement vulnérable. L’électricité et le carburant, indispensables pour assurer le bon fonctionnement des établissements, ont vu leurs prix flamber en raison de la crise énergétique que traverse le pays.
Les matières premières alimentaires, majoritairement importées, ont également connu une hausse spectaculaire de leurs prix, impactant directement les coûts des menus proposés par les restaurateurs. Les établissements sont donc contraints soit d’augmenter leurs prix, au risque de perdre leur clientèle, soit d’absorber ces coûts, réduisant ainsi leurs marges bénéficiaires.
Tableau 2 : Évolution des coûts de fonctionnement des hôtels et restaurants (variation annuelle en %)
| Année | Énergie et électricité | Produits alimentaires | Salaires du personnel |
|---|---|---|---|
| 2019 | +10% | +8% | +5% |
| 2020 | +35% | +20% | +10% |
| 2021 | +60% | +40% | +20% |
| 2022 | +75% | +55% | +25% |
| 2023 | +90% | +70% | +30% |
De nombreux établissements ont dû prendre des mesures drastiques pour éviter la faillite. Certains ont choisi de réduire leurs horaires d’ouverture, d’autres ont supprimé des postes, tandis que certains hôtels ont mis en place des offres promotionnelles agressives pour attirer une clientèle locale et étrangère.
Une dynamique de réouverture malgré les difficultés
Malgré cette crise, certains hôtels et restaurants font le pari de la résilience et tentent de relancer leurs activités. La stabilisation progressive de la situation sécuritaire et politique encourage certains investisseurs à rouvrir leurs établissements ou à rénover leurs infrastructures en prévision d’un redémarrage progressif du tourisme.
Des initiatives de modernisation et d’investissement ont été lancées dans certaines régions touristiques clés. À Beyrouth, plusieurs hôtels ont entrepris des rénovations pour attirer une clientèle internationale plus exigeante. Dans des régions comme Byblos, la Bekaa et le Chouf, des restaurateurs ont rouvert leurs portes en misant sur des produits locaux et des expériences gastronomiques adaptées à la nouvelle réalité économique.
Le retour progressif des visiteurs arabes, notamment en provenance du Golfe, constitue également une lueur d’espoir. La diaspora libanaise joue un rôle central dans cette reprise, en revenant plus fréquemment au pays et en stimulant la demande dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration.
Les perspectives pour l’avenir
Face à cette situation, plusieurs pistes sont envisagées pour assurer la survie du secteur touristique. La mise en place d’un plan de relance touristique structuré pourrait favoriser une reprise plus rapide, en mettant en avant les atouts culturels, naturels et historiques du Liban.
Les professionnels du secteur insistent également sur la nécessité d’un soutien financier pour alléger le fardeau des hôtels et des restaurants en difficulté. Des allègements fiscaux, des subventions pour l’énergie ou encore des facilités d’accès au crédit pourraient permettre aux établissements de traverser cette période difficile.
L’adoption de solutions énergétiques durables, notamment le recours aux panneaux solaires, est également évoquée comme une alternative pour réduire la dépendance au fuel et stabiliser les coûts d’exploitation.
Enfin, la stabilité politique et sécuritaire reste un facteur clé. Si les tensions persistent, il sera difficile de convaincre les touristes étrangers de revenir en nombre. En revanche, si un climat de confiance s’installe, le Liban pourrait retrouver progressivement son statut de destination prisée au Moyen-Orient.



