Donald Trump a bien tenu une formule d’une brutalité rare à propos du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Lors d’une intervention au Future Investment Initiative à Miami, le président américain a déclaré que le dirigeant saoudien n’imaginait pas qu’il finirait par « kissing my ass », expression que l’on peut traduire littéralement par « embrasser mon cul ». La séquence s’inscrit dans un forum d’investissement saoudien organisé en Floride, où il était attendu aux côtés de hauts responsables liés au fonds souverain du royaume.
La phrase ne relève pas d’un simple dérapage de langage. Trump a ajouté que MBS croyait avoir affaire à « un autre président américain perdant », avant d’expliquer qu’« maintenant il doit être gentil avec moi ». Autrement dit, il a présenté la relation avec Riyad comme un rapport de force personnel, dans lequel le prince héritier saoudien serait contraint de s’aligner sur lui.
Une alliance affichée, mais racontée comme une soumission
Ce qui rend la scène plus frappante encore, c’est qu’elle ne survient pas dans un moment de rupture entre Washington et Riyad. Au contraire, le forum de Miami s’inscrit dans une phase de resserrement politique et économique entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, avec un fort accent sur les investissements, les grands projets et les équilibres régionaux. Trump choisit donc d’humilier verbalement un partenaire majeur sans remettre en cause l’alliance elle-même.
C’est là toute la logique trumpienne. L’alliance demeure, mais elle doit être racontée comme une preuve de sa propre domination. La vulgarité n’est pas un accident. Elle sert à mettre en scène la hiérarchie qu’il prétend imposer à ses alliés. Avec MBS, Trump ne cherche pas à prendre ses distances. Il cherche à montrer que même un partenaire central du Golfe doit se plier à son style et à sa force supposée.
Une méthode déjà connue chez Trump
Le registre utilisé n’est pas nouveau. Trump a déjà employé cette expression pour parler d’autres pays ou partenaires étrangers lorsqu’il voulait exhiber sa capacité de pression. Ce qui change ici, c’est la cible. Mohammed ben Salmane n’est pas un acteur secondaire. Il est le centre du pouvoir saoudien, le visage de la stratégie économique du royaume et l’un des dirigeants les plus influents du Moyen-Orient. Appliquer publiquement ce vocabulaire à MBS constitue donc un signe supplémentaire de la brutalisation du langage diplomatique.
La scène dit aussi quelque chose de la confiance de Trump dans la solidité de sa relation avec Riyad. Il semble considérer que cette proximité est assez forte pour survivre à une humiliation publique. Cela en dit long sur sa conception des alliances : elles ne sont pas des partenariats entre égaux, mais des relations qu’il veut personnifier, hiérarchiser et dominer.
Le fond politique derrière la vulgarité
Derrière la phrase, il y a aussi un message stratégique. La relation avec l’Arabie saoudite ne se joue pas seulement sur les affaires. Elle se noue aussi autour des grands dossiers régionaux, en particulier l’Iran et l’équilibre du Moyen-Orient. En parlant ainsi de MBS, Trump ne vise pas seulement le prince saoudien. Il s’adresse à toute la région, en disant en substance que les alliés arabes ont besoin des États-Unis et qu’ils doivent en accepter la hiérarchie.
C’est ce qui donne à cette séquence une portée plus large qu’une simple grossièreté. Elle résume une manière de gouverner et de parler du monde : flatter, humilier, exiger la loyauté, puis exhiber cette loyauté comme une victoire personnelle. Avec MBS, Trump pousse cette logique jusqu’à la crudité absolue. Et il le fait en pleine lumière, dans un forum saoudien, devant un auditoire qui mesure parfaitement le poids symbolique d’une telle phrase.
Retrouvez Libnanews sur mobile avec notifications et lecture rapide.

