Sykes-Picot-map
Cette année, M. Hollande, qui adore les commémorations,  surtout celles de la guerre de 14-18, va devoir commémorer le CENTENAIRE des deux grandes dates historiques du siècle dernier : le 16 Mai 1916 l’Accord signé à Londres secrètement, entre l’Anglais Mark Sykes et le Français Georges Picot dans lequel nos deux pays se partageaient l’Empire de la Turquie ottomane, notamment l’Irak et la Syrie – tandis que, dans le même temps, les Anglais promettaient à Hussein ibn Ali, le Chérif de La Mecque, l’indépendance et la création d’un grand royaume arabe dont Damas serait la capitale et où serait proclamé le Califat que les Turcs avaient transféré – depuis 1517 – à Istanbul ! Il s’agissait naturellement de dresser tout le monde arabe contre la Turquie ! Cette promesse ne fut jamais tenue car l’Angleterre, qui avait besoin de la France pour briser l’Allemagne, et conserver la mainmise sur le canal de Suez, dut remettre la Syrie (non sans mal) à la France !  » La publication de cet Accord par le gouvernement soviétique, après la révolution de 1917, suscita l’indignation dans le monde arabe » peut-on lire dans les dictionnaires d’histoire, tel que le petit Mourre.
L’année suivante, toujours en pleine guerre, le 2 novembre 1917, le ministre des Affaires étrangères de Sa Majesté britannique, Lord Balfour, qui contribua à obtenir l’entrée en guerre des Etats-Unis,  publiait à la UNE du Times la fameuse déclaration qui porte son nom annonçant « que l’Angleterre favoriserait, après la guerre, l’établissement en Palestine d’un foyer national juif, à condition QU’IL NE SOIT PORTÉ AUCUNE ATTEINTE AUX DROITS DES COMMUNAUTÉS NON JUIVES ».
L’Angleterre et la France (son « alliée », depuis « l’entente cordiale » hihihi !) ont donc tout simplement imposé leur impérialisme aux peuples du Proche-Orient. Et depuis, la guerre se poursuit ravageant tous les pays de la région, les petites, moyennes et grandes puissances escomptant en tirer profit, avec désormais un État sur place, au coeur du conflit, qui annexe des territoires à l’issue de chaque affrontement, en dépit des « protestations » de l’ONU… Voilà pourquoi, messieurs, les fanatiques de Daesh et autres organisations du même type recrutent dans les banlieues de nos villes, à Paris, Londres ou Bruxelles, des jeunes gens, qui se moquent bien de leur « nationalité », prêts à se sacrifier dans un combat sans merci contre les menteurs et les imposteurs de l’Occident ! Et sans doute ont-ils découvert qu’il suffisait de terroriser les populations de la rive sud pour les contraindre à « se réfugier » sur l’autre rive où, soumis par leur religion, et leur intégration quasi impossible dans cette période de crise économique, ils se rallieront, par désespoir, aux prêcheurs de haine et autres adeptes de la « revanche » !
Monsieur le président de la république, vous qui aimez commémorer, attendez-vous à ce que d’autres, sur les deux rives, commémorent à leur façon, disons à la « bataclan » ! ces deux grandes dates qui sont à l’origine du désastre que nous et nos enfants sont en train de subir, et qui hypothèque gravement notre avenir à tous… à moins que, avec notre nouveau (ou nouvelle ?) Ministre des Affaires étrangères, vous décidiez, dans un moment de lucidité, de préparer une grande Conférence internationale, à Genève ( là, où justement la SDN entérina en 1920 les partages franco-anglais), conférence à laquelle participeront cette fois tous les protagonistes de ce conflit multiforme d’où jaillira enfin, on peut l’espérer et il faut tout faire pour qu’il en soit ainsi, une véritable coexistence pacifique entre les deux rives de la Méditerranée.
Il n’y a plus de temps à perdre !
Gabriel Enkiri, auteur de l’Appel de Naqoura