Le Liban, confronté à une crise économique et politique sans précédent, voit également son système judiciaire menacé de paralysie. Entre manque de ressources, pressions politiques et ingérences externes, l’appareil judiciaire du pays peine à fonctionner correctement. Cette situation suscite des inquiétudes quant à l’avenir de l’État de droit et à l’accès à la justice pour les citoyens.
Un système en crise
Le système judiciaire libanais est fragilisé par un sous-financement chronique. La dévaluation de la livre libanaise a réduit les budgets des institutions publiques, limitant leur capacité à fonctionner. Les tribunaux manquent de personnel, de matériel de base et parfois même d’électricité. Dans certaines juridictions, les juges sont contraints d’utiliser leurs propres moyens pour maintenir un semblant d’activité.
Les salaires des magistrats, des greffiers et du personnel administratif, payés en livres libanaises, ont perdu l’essentiel de leur valeur. Cette situation pousse de nombreux professionnels à quitter leurs postes ou à chercher des opportunités à l’étranger, aggravant ainsi le problème de sous-effectif.
Ingérences politiques et blocages institutionnels
L’indépendance de la justice au Liban est mise à rude épreuve. Depuis des années, le système judiciaire est miné par les ingérences politiques, qui compromettent son impartialité et son efficacité. Les pressions exercées par des factions politiques influentes et des acteurs régionaux affaiblissent la capacité des juges à statuer librement, en particulier dans des affaires sensibles comme l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth.
Le blocage institutionnel est également aggravé par des différends internes au sein de la magistrature. Des tensions entre les juges et les autorités exécutives ralentissent les réformes nécessaires pour moderniser le système judiciaire. Ces conflits internes reflètent un manque de consensus sur les priorités, ce qui alimente la paralysie.
Conséquences pour les citoyens
Pour les citoyens, l’effondrement du système judiciaire signifie un accès limité, voire inexistant, à la justice. Les affaires traînent pendant des années, et de nombreuses victimes se retrouvent sans recours. Les citoyens, confrontés à des délais interminables et à des coûts élevés, perdent confiance dans l’appareil judiciaire, ce qui renforce le sentiment d’impunité au sein de la société.
La situation est particulièrement critique pour les plus vulnérables, comme les réfugiés, les travailleurs précaires et les femmes victimes de violences. Ces groupes, déjà marginalisés, se retrouvent encore plus démunis face à un système qui ne peut plus garantir leurs droits fondamentaux.
Initiatives locales et internationales
Malgré la gravité de la crise, des initiatives locales et internationales tentent de limiter les dégâts. Des organisations non gouvernementales fournissent une assistance juridique aux personnes vulnérables et financent des projets pour améliorer les infrastructures des tribunaux.
À l’échelle internationale, des partenaires comme l’Union européenne et des organisations spécialisées dans l’État de droit soutiennent des programmes de formation pour les magistrats et plaident pour une indépendance accrue du système judiciaire. Cependant, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur des défis, d’autant plus qu’ils se heurtent à des résistances internes et à une corruption généralisée.
La corruption : un obstacle majeur
La corruption est un problème endémique dans le système judiciaire libanais. De nombreux citoyens estiment que l’accès à la justice dépend davantage de leur réseau ou de leur capacité à payer des pots-de-vin que de la solidité de leur dossier. Cette perception, largement partagée, mine la confiance dans le système judiciaire et renforce l’idée que l’impunité est la norme.
Les juges eux-mêmes ne sont pas à l’abri des critiques. Certains sont accusés de favoriser les intérêts de factions politiques ou économiques influentes, ce qui alimente davantage la méfiance de la population.
Réformes nécessaires pour sauver le système judiciaire
Pour éviter un effondrement total du système judiciaire, des réformes profondes s’imposent :
- Revaloriser les salaires des magistrats et du personnel judiciaire afin d’attirer et de retenir les talents.
- Garantir l’indépendance de la justice en réduisant les ingérences politiques et en renforçant les mécanismes de contrôle interne.
- Moderniser les infrastructures judiciaires, notamment par la numérisation des dossiers et la formation continue des magistrats.
- Mettre en place des mécanismes de lutte contre la corruption, avec des sanctions strictes contre les juges et fonctionnaires impliqués dans des pratiques frauduleuses.
- Augmenter le budget alloué au système judiciaire, en mobilisant des ressources nationales et internationales.
Ces réformes nécessitent une volonté politique forte et un consensus national pour rétablir la confiance dans le système judiciaire.



