Le Complexe de Caïn et le Conflit Islamo-Juif : Une Lecture Identitaire

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Le récit biblique des demi-frères Ismaël et Isaac, fils d’Abraham, est souvent cité pour expliquer l’origine du conflit identitaire entre les Juifs et les Musulmans. Ce conflit, qui remonte à des millénaires, peut être analysé à travers le prisme du « complexe de Caïn » —une métaphore pour la rivalité entre frères, où l’un ne peut exister sans la disparition ou l’exil de l’autre.

Ismaël et Isaac : Une Généalogie du Conflit

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Dans la Genèse, Ismaël, le fils aîné d’Abraham et de Hagar, est chassé du foyer sur l’insistance de Sarah, la femme d’Abraham et mère d’Isaac. Sarah craint que la présence d’Ismaël ne menace l’avenir de son propre fils Isaac, à qui elle croit exclusivement destiné le droit à la Terre Promise. Cette exclusion, légitimée par une logique de préservation de la lignée maternelle, est souvent perçue comme le point de départ d’une rivalité ancestrale. Les descendants d’Isaac (les Juifs) et ceux d’Ismaël (les Arabes musulmans) revendiquent tous deux le droit à cette terre, mais selon des critères différents : par la mère pour les Juifs, par le père pour les Musulmans.

Cette rivalité peut être comparée au « complexe de Caïn », où l’ainé voit en son cadet une menace existentielle, ce qui mène inévitablement à un conflit fratricide. Ici, le conflit pour la Terre Promise devient une métaphore du combat pour la légitimité identitaire, chacun cherchant à affirmer son droit en excluant l’autre.

Une Guerre Éternelle Fondée sur la Généalogie

La guerre entre Juifs et Musulmans peut être vue comme la continuation moderne de ce complexe biblique. La croyance en une légitimité fondée sur la généalogie—qu’elle soit maternelle ou paternelle—alimente un conflit sans fin. Chaque camp revendique son droit sur la base de sa descendance d’Abraham, et cette croyance en la primauté du corps et de la lignée enferme les deux groupes dans une lutte pour la survie et la domination.

Cette obsession pour la généalogie corporelle conduit à une compétition où l’identité se construit par l’exclusion de l’autre. Cette dynamique identitaire est au cœur de la rivalité entre les descendants d’Ismaël et d’Isaac, une rivalité qui ne cesse de nourrir les tensions actuelles entre les communautés juives et musulmanes.

La Déconstruction de la Généalogie Corporelle

Face à ce conflit, la figure de Jésus-Christ offre une perspective radicalement différente. Dans l’Évangile, Jésus affirme dans l’Évangile selon Jean, chapitre 8, verset 58, où Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis. » Cette déclaration est particulièrement puissante et significative, car elle affirme l’existence éternelle de Jésus, transcendant les limites du temps et de la généalogie remettant en question la primauté de la lignée corporelle. Pour lui, ce n’est pas le corps qui légitime l’existence, mais la vie elle-même—une force transcendante qui précède et dépasse toute origine corporelle.

Cette vision de Jésus déconstruit l’idée de légitimité fondée sur la généalogie, qu’elle soit maternelle ou paternelle. En plaçant la vie au-dessus du corps, Jésus ouvre la voie à une identité qui transcende les divisions fondées sur la descendance. Cette approche propose une alternative à la logique identitaire qui sous-tend le conflit entre Juifs et Musulmans, en insistant sur le fait que la véritable identité ne réside pas dans le corps, mais dans la vie qui l’anime.

Le Danger du Totalitarisme Identitaire

Lorsque l’identité est fondée sur la généalogie corporelle, cela peut conduire à des formes de pensée exclusives et totalitaires. Cette logique, qui met l’accent sur la lignée et le corps, enferme les croyants dans un cadre identitaire rigide, où le droit à exister est lié à l’appartenance à une lignée spécifique. Cela peut mener à des conflits destructeurs, comme ceux que nous voyons aujourd’hui entre les descendants d’Ismaël et d’Isaac.

Cette obsession pour la généalogie peut également être comparée aux idéologies du 20e siècle, telles que le nazisme, qui se fondaient sur des concepts de race et de pureté ethnique. 

La question de la légitimité des droits et des privilèges, fondée sur la généalogie ou sur des notions de supériorité raciale, soulève des problématiques philosophiques et éthiques profondes. Bien que ces deux concepts puissent sembler distincts à première vue, ils partagent une proximité philosophique inquiétante, car tous deux reposent sur des critères biologiques pour déterminer la valeur et les droits des individus ou des groupes. Cette proximité mérite une analyse approfondie pour mieux comprendre les implications sociales et morales de ces croyances.

La Généalogie par le Corps : Un Fondement Ancestral du Droit

La généalogie par le corps est une idée ancienne qui trouve ses racines dans de nombreuses traditions religieuses et culturelles. Elle repose sur le principe que les droits, les territoires, et même l’identité sont transmis à travers les liens du sang, de génération en génération. Dans les textes bibliques, par exemple, la promesse divine de la Terre Promise est liée à la descendance d’Abraham, et cette lignée est perçue comme une source de légitimité. Les droits des individus ou des groupes sont ainsi justifiés par leur appartenance à une certaine lignée, ce qui confère à ces liens de sang une importance cruciale.

Cependant, cette vision du monde pose un problème philosophique majeur : elle essentialise l’identité et les droits en les reliant à des critères biologiques. En d’autres termes, elle établit une hiérarchie basée sur la naissance, qui peut facilement être utilisée pour justifier des systèmes d’exclusion ou de privilèges. Cette approche réduit l’individu à son origine biologique, niant ainsi la complexité de son identité et de ses expériences personnelles.

La Race Supérieure : Une Idéologie de l’Exclusion

La croyance en la supériorité raciale est une idéologie qui a marqué certains des chapitres les plus sombres de l’histoire humaine. Elle postule que certaines races sont intrinsèquement supérieures à d’autres, et que cette supériorité confère des droits et des privilèges particuliers à ces groupes. Ce type de pensée a été utilisé pour justifier l’esclavage, le colonialisme, et le génocide, en déshumanisant les groupes considérés comme « inférieurs ».

Comme la généalogie par le corps, la théorie de la race supérieure se fonde sur des critères biologiques pour établir une hiérarchie entre les êtres humains. Elle réduit l’individu à ses caractéristiques physiques, telles que la couleur de la peau ou l’ascendance ethnique, et lui assigne une valeur en fonction de ces traits. Cette approche est profondément réductrice et dangereuse, car elle nie la dignité inhérente à chaque être humain et crée des divisions artificielles qui alimentent la haine et la violence.

Une Proximité Philosophique Inquiétante

La proximité philosophique entre la généalogie par le corps et la croyance en la supériorité raciale réside dans leur recours commun à des critères biologiques pour légitimer des droits et des privilèges. Les deux approches partagent une vision du monde où l’identité et la valeur des individus sont déterminées par leur origine biologique, que ce soit à travers la lignée ou les traits raciaux. Cette perspective mène inévitablement à des systèmes d’exclusion, où certains groupes sont considérés comme plus légitimes ou plus dignes de droits que d’autres.

Les implications sociales de ces croyances sont similaires : elles créent des sociétés hiérarchisées, où les privilèges sont hérités plutôt que mérités, et où les inégalités sont justifiées par des caractéristiques naturelles ou immuables. Cela conduit à des structures sociales qui perpétuent l’injustice et la violence, en excluant ou en marginalisant ceux qui ne répondent pas aux critères définis par ces idéologies.

Un Appel à la Réflexion Éthique

La réflexion sur la proximité entre la généalogie par le corps et la croyance en la supériorité raciale souligne la nécessité d’une réévaluation des fondements de nos conceptions du droit et de la légitimité. Il est impératif de reconnaître les dangers de toute idéologie qui réduit les êtres humains à leurs caractéristiques biologiques et qui légitime les inégalités sur cette base. L’histoire a montré que ces croyances mènent inévitablement à l’exclusion, à l’oppression, et à la violence.

Une véritable éthique du droit doit transcender ces divisions biologiques et reconnaître la dignité inhérente à chaque être humain, indépendamment de son origine ou de sa race. Ce n’est qu’en adoptant une vision du monde fondée sur la reconnaissance de la valeur intrinsèque de chaque individu que nous pourrons espérer construire des sociétés plus justes et plus humaines.

Bien que les croyances en la primauté du droit par la généalogie et par une race supérieure puissent se ressembler dans leur capacité à créer des hiérarchies et à justifier l’exclusion ou la domination, elles diffèrent en termes de fondements idéologiques et d’impact. La croyance en une race supérieure est généralement plus radicale et a des conséquences beaucoup plus destructrices en termes de violence et de déshumanisation. Cependant, les deux concepts partagent une vision du monde qui cherche à légitimer l’inégalité en fonction de critères considérés comme naturels ou immuables, et c’est ce point commun qui les rend moralement problématiques.

Tout système de croyance qui fonde le droit sur la généalogie corporelle court le risque de sombrer dans le totalitarisme, en imposant une vision du monde où la légitimité est exclusivement liée au corps.

Conclusion : Vers une Réconciliation au-delà de la Généalogie

Le conflit entre Juifs et Musulmans autour de la Terre Promise peut être interprété comme une manifestation moderne du complexe de Caïn, une rivalité entre frères pour un droit fondé sur la généalogie par le corps. Cependant, en revisitant cette histoire à la lumière de l’enseignement de Jésus sur la vie, il devient possible d’imaginer une réconciliation qui dépasse les notions de lignée et de droit corporel.

En reconnaissant que la véritable identité réside dans la vie et non dans le corps, vie qui est à l’origine du corps , et qui, sans elle, il n’y aurait jamais eu de corps, une coexistence pacifique et respectueuse entre les descendants d’Ismaël et d’Isaac devient envisageable. Cette perspective pourrait permettre de surmonter les divisions ancestrales et de construire un avenir fondé sur la reconnaissance de l’humanité de la vie partagée par tout le monde plutôt que sur la primauté de la généalogie.

Bernard Raymond Jabre

Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.