Depuis le début du conflit au Liban, les appels internationaux en faveur de la reconstruction du pays se multiplient. Comme le souligne Al-Sharq, ces aides financières, principalement portées par des acteurs tels que la France, les États-Unis et des institutions multilatérales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), sont conditionnées à des réformes structurelles majeures. Ce n’est pas la première fois que le Liban est confronté à cette exigence, mais la persistance des résistances de la classe politique et du secteur bancaire freine toute possibilité de changement.
Les appels à la reconstruction ont été relayés avec insistance par les principales puissances internationales. La France, par la voix de son président Emmanuel Macron, a réaffirmé son soutien au Liban, mais a rappelé que « toute aide substantielle nécessitera des engagements clairs pour la mise en œuvre de réformes ». Les États-Unis, de leur côté, ont souligné l’importance de la transparence dans la gestion des fonds pour éviter les erreurs du passé.
Les institutions financières internationales et les donateurs exigent un ensemble de réformes couvrant plusieurs domaines clés :
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
- Réforme bancaire et monétaire : La levée des restrictions sur les dépôts bancaires en dollars, une restructuration du secteur bancaire et un audit complet de la Banque du Liban (BDL) sont des demandes récurrentes.
- Réforme fiscale : Une refonte du système fiscal pour réduire l’évasion fiscale et augmenter les recettes de l’État.
- Lutte contre la corruption : La mise en place d’organismes de contrôle indépendants et la transparence dans les marchés publics.
- Renforcement des infrastructures publiques : Une gestion efficace des services publics tels que l’électricité, où les pertes dépassent les 2 milliards de dollars par an.
- Encouragement des investissements étrangers : La création d’un environnement économique favorable, notamment par l’instauration de garanties juridiques et institutionnelles pour les investisseurs.
Nida’ Al-Watan met en évidence un problème majeur : les élites politiques et bancaires libanaises continuent de refuser les réformes. Les partis politiques, souvent liés à des intérêts financiers, craignent de perdre leur contrôle sur les ressources économiques et les institutions publiques. Ce blocage n’est pas nouveau et remonte à des décennies de gouvernance marquée par des clientélismes et des privilèges.
Le secteur bancaire, autrefois pilier de l’économie libanaise, est aujourd’hui au cœur des critiques. Malgré la pression internationale, les banques refusent de libérer les dépôts en dollars, aggravant la méfiance des citoyens et des donateurs.
- Restrictions sur les dépôts : Depuis 2019, les banques limitent strictement les retraits en devises étrangères, ce qui complique la mobilisation des fonds pour la reconstruction.
- Statistique clé : Selon un rapport de l’Association des banques libanaises, 85 % des comptes en devises sont gelés, empêchant les particuliers et les entreprises d’accéder à leurs économies.
- Absence de transparence : La Banque du Liban est accusée de ne pas avoir anticipé l’impact financier du conflit et de maintenir une politique monétaire opaque.
- Citation : Un analyste de l’ONG Transparency International résume : « La Banque du Liban est une boîte noire où les décisions semblent répondre à des intérêts particuliers plutôt qu’à l’intérêt général. »
Les partis politiques, souvent soutenus par des élites économiques, résistent à toute réforme qui limiterait leur contrôle sur les ressources publiques. La gestion des fonds internationaux suscite également des inquiétudes. Al-Sharq rapporte que les donateurs exigent la création d’un fonds de gestion indépendant pour superviser les investissements de reconstruction, mais cette proposition est rejetée par plusieurs factions politiques, qui la perçoivent comme une ingérence étrangère.
Face à ces blocages institutionnels, Al-Araby Al-Jadid met en lumière le rôle croissant de l’économie informelle pour subvenir aux besoins immédiats de la population. Ce secteur, bien que non réglementé, devient une alternative essentielle en l’absence de mécanismes formels efficaces.
L’économie informelle s’est fortement développée dans plusieurs secteurs :
- Les petits commerces et marchés locaux : La crise bancaire a encouragé l’émergence de marchés informels dans tout le pays, où les transactions se font principalement en espèces ou par troc.
- Statistique clé : Selon une étude de l’OIT, l’économie informelle représentait 50 % du PIB libanais en 2022, contre 30 % avant la crise.
- Les réseaux de solidarité : Les communautés locales organisent des réseaux d’entraide pour distribuer des denrées alimentaires, des médicaments et des produits de première nécessité.
- Les devises étrangères : Le recours au marché noir pour l’achat de dollars ou d’euros est devenu une norme pour les transactions commerciales et personnelles.
Bien que l’économie informelle soit une solution de survie, elle aggrave également les faiblesses structurelles du Liban :
- Perte de recettes fiscales : L’État libanais perd des milliards de dollars chaque année en raison de l’évasion fiscale associée à l’économie informelle.
- Absence de protection sociale : Les travailleurs informels ne bénéficient d’aucune couverture en cas de maladie ou de chômage.
- Erosion des institutions publiques : L’économie informelle détourne les citoyens des circuits formels, affaiblissant davantage les institutions publiques.
Les projets d’investissement étrangers, essentiels pour relancer l’économie libanaise, sont également suspendus en raison de l’instabilité actuelle. Al-Liwa’ rapporte que plusieurs investisseurs, notamment des pays du Golfe, attendent des garanties politiques et économiques avant de s’engager.
Les conditions des investisseurs incluent :
- Transparence et gouvernance : Les donateurs internationaux exigent des garanties de transparence et une gestion rigoureuse des fonds alloués. L’absence de réformes freine toute mobilisation substantielle.
- Stabilité politique : Les incertitudes politiques et sécuritaires dissuadent les investisseurs de s’impliquer dans des projets à long terme.
- Citation clé : « Le Liban ne pourra attirer des capitaux tant qu’il n’y aura pas de réforme de la gouvernance », a déclaré l’ambassadeur saoudien au Liban.
L’absence d’investissements étrangers a des répercussions importantes sur l’économie libanaise :
- Projets gelés : Plusieurs projets d’infrastructure, tels que la modernisation des réseaux électriques et la réhabilitation des routes, sont suspendus.
- Pertes d’emplois : Le retard dans les investissements aggrave le chômage, déjà à des niveaux critiques.
- Détérioration des infrastructures : L’état des infrastructures publiques continue de se dégrader, compromettant les perspectives de redressement économique.
Malgré les promesses internationales et les besoins urgents de la population, la reconstruction du Liban reste en suspens. Les résistances des élites politiques et bancaires à la mise en œuvre des réformes exigées compromettent l’accès aux fonds internationaux. Pendant ce temps, la population s’appuie sur des solutions temporaires, comme l’économie informelle, pour survivre dans un contexte de crise prolongée.
Sources :
- Al-Sharq : Analyse sur les appels internationaux à la reconstruction
- Nida’ Al-Watan : Rapport sur le rôle des banques libanaises
- Al-Araby Al-Jadid : Article sur l’économie informelle au Liban
- Al-Liwa’ : Investissements étrangers et conditions de transparence
- Organisation internationale du travail (OIT) : Statistiques sur l’économie informelle au Liban
- Banque mondiale : Rapports sur la situation économique du Liban
- Transparency International : Analyse sur la corruption au Liban



