Le 19 septembre 2025, Bank Audi a publié ses résultats financiers consolidés non audités pour le deuxième trimestre 2025. Cette annonce intervient dans un contexte libanais toujours marqué par une incertitude économique profonde, malgré des avancées législatives récentes comme l’adoption de la loi sur la restructuration bancaire en août 2025. La banque, confrontée à une crise persistante depuis 2019, met en avant une stratégie prudente, mais les chiffres révélés soulèvent des questions sur la fiabilité des évaluations en l’absence d’audit externe et dans un environnement où l’impact total de la crise reste difficile à quantifier.
Une publication réglementaire sous le signe de la prudence
Bank Audi a indiqué que ces résultats non audités sont publiés pour respecter les obligations imposées aux banques cotées au Liban. La banque insiste sur le caractère provisoire de ces données, précisant qu’elles ne doivent pas servir de base à des décisions financières ou d’investissement. Elles doivent être examinées en lien avec les états financiers complets et les disclosures disponibles sur son site web, avec une référence explicite au rapport annuel 2024. Cette mise en garde reflète les défis inhérents au secteur bancaire libanais, où les normes comptables et les valorisations d’actifs sont sujettes à des ajustements potentiels en raison de la volatilité économique.
Dans son communiqué, la banque déclare : « Les figures ci-dessous ont été publiées pour respecter les exigences réglementaires de publication pour les banques cotées opérant au Liban. Elles ne doivent pas être utilisées pour la prise de décision, et elles doivent être lues en conjonction avec l’ensemble complet des états financiers et des disclosures associées telles que publiées sur le site web de la banque (veuillez vous référer au rapport annuel 2024). » Cette formulation souligne une approche défensive, typique d’institutions opérant dans un cadre réglementaire instable, où les risques de révisions ultérieures ne peuvent être écartés.
Des profits nets en hausse spectaculaire, mais sur une base comparée extrêmement faible
Pour le deuxième trimestre 2025, Bank Audi rapporte des profits nets consolidés de 63,69 millions de dollars, contre seulement 12 000 dollars pour la même période en 2024. Cette multiplication par plus de 5 300 interroge plus qu’elle n’impressionne, compte tenu du niveau exceptionnellement bas des profits de l’année précédente, probablement affectés par les séquelles de la crise économique libanaise. Les banques du pays ont en effet subi des pertes massives dues à la dépréciation de la livre libanaise, aux restrictions sur les retraits et à l’accumulation d’actifs non performants.
Cette hausse des profits s’explique en partie par l’allocation systématique des surplus opérationnels à des provisions pour risques et charges, une mesure que la banque qualifie de prudente. Cependant, dans un contexte d’incertitude persistante, cette pratique pourrait masquer des vulnérabilités sous-jacentes plutôt que les résoudre. Bank Audi précise : « La banque continue avec la direction adoptée pour allouer les surplus opérationnels consolidés à des provisions pour risques et charges au deuxième trimestre 2025, en tant que mesure prudente pour renforcer la position financière de la banque sous les conditions prévalentes d’incertitude. » Bien que cette allocation vise à bolster la solvabilité, elle soulève des interrogations sur la qualité réelle des opérations sous-jacentes, surtout sans audit indépendant pour valider les méthodes employées.
Les actifs en net recul, signe d’une contraction persistante
Les actifs consolidés de Bank Audi s’établissent à 14,76 milliards de dollars fin juin 2025, en baisse de 11,43 % par rapport à la fin 2024. Cette diminution significative pointe vers une stratégie de réduction des expositions, potentiellement forcée par les contraintes du marché libanais, où les banques peinent à valoriser leurs portefeuilles dans un environnement de haute inflation et de contrôle des capitaux. Une telle contraction des actifs pourrait refléter des ventes forcées ou des dépréciations non encore pleinement comptabilisées, exacerbant les défis pour une reprise durable.
Malgré cette tendance à la baisse, les dépôts clients atteignent 12,73 milliards de dollars, en hausse de 2,50 % depuis la fin 2024. Cette croissance modeste, bien que positive en surface, reste limitée et pourrait être attribuée à une inertie des déposants plutôt qu’à une confiance renouvelée. Dans un secteur marqué par des fuites de capitaux historiques, cette augmentation relative ne compense pas les pertes cumulées depuis le début de la crise, et elle interroge sur la durabilité des flux entrants face à des risques persistants.
Les prêts en légère progression, mais dans un contexte de prudence accrue
Les prêts accordés par Bank Audi s’élèvent à 0,966 milliard de dollars, marquant une hausse de 0,37 % par rapport à la fin 2024. Cette évolution timide suggère une reprise sélective de l’activité de crédit, concentrée peut-être sur des segments à faible risque comme les clients corporates ou high-net-worth. Cependant, dans un économie libanaise en stagnation, avec un PIB en contraction et un chômage élevé, une telle prudence dans l’octroi de prêts pourrait limiter le rôle des banques dans la relance, perpétuant un cercle vicieux de faible croissance.
Les capitaux propres en hausse, mais vulnérables aux ajustements futurs
Les fonds propres des actionnaires se chiffrent à 1,05 milliard de dollars, en progression de 9,67 % depuis la fin 2024. Cette augmentation, liée à l’allocation des surplus aux provisions, améliore en théorie les ratios de solvabilité. Pourtant, sans audit externe, ces chiffres restent sujets à caution, particulièrement dans un secteur où les pertes latentes liées à la dette souveraine et aux actifs immobiliers pourraient entraîner des révisions à la baisse. La banque elle-même admet les difficultés à évaluer pleinement l’impact de la crise, ce qui tempère toute interprétation optimiste de cette hausse.
Des avancées législatives bienvenues, mais insuffisantes face à l’incertitude
L’adoption par le Parlement libanais de la loi sur la restructuration bancaire en août 2025 représente une étape attendue depuis longtemps, succédant à l’amendement de la loi sur le secret bancaire. Bank Audi souligne ce progrès dans son communiqué : « À la lumière du processus de renouvellement politique et des progrès vers l’engagement avec le FMI au début de 2025, la banque continue de soutenir les réformes attendues depuis longtemps, de plaider pour un cadre de restructuration viable, et d’implémenter des mesures pour fortifier la readiness de la banque post le plan de résolution attendu. Dans ce contexte, le Parlement a promulgué la loi sur la restructuration bancaire en août 2025 enfin, qui est une étape cruciale après l’amendement à la loi sur le secret bancaire. Nous attendons maintenant l’adoption du cadre pour le gap financier dans un avenir proche. »
Cependant, ces réformes, bien que cruciales, arrivent tardivement et leur implémentation reste incertaine. Le secteur bancaire libanais continue de lutter avec un écart massif entre actifs et passifs, et l’absence d’un cadre complet pour le gap financier laisse les banques comme Bank Audi dans une position précaire. La banque note explicitement : « Il est toujours difficile pour les banques d’évaluer l’impact négatif complet de la crise sur leur position financière. » Cette admission met en lumière les limites des résultats publiés, qui pourraient être révisés une fois les évaluations finales menées.
Une stratégie digitale pour le retail, au risque d’une fracture client
Bank Audi décrit une redéfinition de son modèle retail au Liban, avec une transition vers une plateforme digitale « neo » pour les clients individuels, tout en consolidant son réseau de branches pour les high-net-worth et corporates. Le communiqué précise : « En termes de stratégie, la banque redéfinit son modèle d’affaires retail au Liban en transitionnant vers une plateforme digitale pratique, facilement accessible et rentable principalement pour les clients individuels (neo) tout en consolidant notre réseau de branches pour mieux servir les clients high-net-worth et corporates. »
Cette orientation digitale, motivée par des considérations de coûts, pourrait aggraver les inégalités d’accès dans un pays où une partie de la population reste exclue des services numériques en raison de la pauvreté ou de l’instabilité infrastructurelle. La consolidation des branches risque de pénaliser les clients traditionnels, particulièrement dans les zones rurales ou défavorisées, où le contact physique reste essentiel. Dans un contexte de crise, cette stratégie pourrait être vue comme une retrait plutôt qu’une innovation, priorisant l’efficacité au détriment de l’inclusivité.
Les défis persistants de l’évaluation des risques
L’allocation continue des surplus à des provisions pour risques et charges, comme pratiquée au deuxième trimestre 2025, illustre une gestion conservatrice. Pourtant, cette approche, sans transparence accrue via un audit, pourrait ne pas suffire à atténuer les vulnérabilités structurelles. Les banques libanaises, incluant Bank Audi, font face à des expositions massives à la dette publique, évaluée à des niveaux insoutenables, et à des actifs immobiliers surévalués. L’incertitude autour de l’impact total de la crise suggère que les provisions actuelles pourraient s’avérer insuffisantes si des dépréciations supplémentaires surviennent.
Le contexte politique et son influence sur le secteur bancaire
Le processus de renouvellement politique au Liban, avec des progrès vers un engagement avec le FMI en début 2025, offre un cadre potentiellement favorable. Bank Audi exprime son soutien à ces réformes, mais les délais accumulés – la loi de restructuration n’ayant été adoptée qu’en août 2025 – soulignent les inerties institutionnelles. L’attente du cadre pour le gap financier, essentiel pour traiter les pertes sectorielles, prolonge l’instabilité, forçant les banques à naviguer dans un environnement où les prévisions restent hasardeuses.
Analyse des variations bilancielles : une image contrastée
La baisse de 11,43 % des actifs à 14,76 milliards de dollars reflète une contraction qui pourrait être liée à des désinvestissements ou à des ajustements comptables. Cette tendance, courante dans le secteur libanais, interroge sur la capacité des banques à maintenir leur taille face à des pressions externes. Les dépôts en hausse de 2,50 % à 12,73 milliards de dollars indiquent une stabilisation relative, mais cette croissance reste anémique comparée aux besoins de liquidité du pays.
Les prêts à 0,966 milliard de dollars, en hausse de 0,37 %, montrent une prudence extrême dans l’extension du crédit, potentiellement limitant le soutien à l’économie réelle. Les capitaux propres à 1,05 milliard de dollars, renforcés de 9,67 %, bénéficient de l’allocation des profits, mais cette amélioration pourrait être éphémère sans réformes plus profondes.
Les implications des résultats non audités pour les investisseurs
Publiés sans vérification externe, ces résultats soulignent les limites des disclosures dans un marché libanais opaque. Les investisseurs potentiels doivent peser la hausse des profits contre les risques systémiques, y compris les litiges liés aux dépôts gelés et les pressions réglementaires croissantes. Bank Audi, en renvoyant au rapport 2024, admet implicitement que les chiffres actuels nécessitent un contexte plus large pour être interprétés.
La transition digitale et ses défis opérationnels
La plateforme « neo » vise à offrir un service accessible et rentable pour les clients individuels, mais dans un Liban marqué par des coupures d’électricité et une connectivité inégale, cette digitalisation pourrait exclure une frange significative de la clientèle. La consolidation des branches, en se focalisant sur les segments premium, risque de creuser un fossé, où les services de base deviennent moins accessibles pour les ménages modestes.
Mesures prudentes ou report des problèmes ?
L’allocation des surplus aux provisions renforce théoriquement la position financière, mais elle pourrait différer la reconnaissance de pertes réelles. Dans un secteur où les banques ont accumulé des milliards en actifs toxiques, cette stratégie conservatrice, bien que rationnelle, ne résout pas les déséquilibres fondamentaux sans un plan de restructuration global.
Préparation à la résolution : une readiness sous contrainte
Bank Audi implémente des mesures pour fortifier sa position post-résolution, mais l’absence d’un cadre complet pour le gap financier limite l’efficacité de ces efforts. Les progrès législatifs d’août 2025, bienvenus, ne dissipent pas les incertitudes, laissant les banques exposées à des scénarios adverses.
Détails des performances : une hausse des profits à contextualiser
Les profits nets de 63,69 millions de dollars contrastent avec les 12 000 dollars de 2024, mais cette comparaison sur une base faible masque potentiellement des faiblesses opérationnelles. Les actifs en baisse, les dépôts en hausse modeste et les prêts quasi-stagnants peignent un tableau d’une banque en mode survie plutôt qu’en expansion.
Les dépôts et leur stabilité relative
À 12,73 milliards de dollars, les dépôts montrent une résilience limitée, mais dans un contexte de contrôle des capitaux persistants, cette hausse de 2,50 % pourrait refléter plus une absence d’alternatives pour les déposants qu’une attractivité réelle.
Les prêts et le crédit sélectif
La légère augmentation des prêts à 0,966 milliard de dollars indique une approche ciblée, évitant les risques élevés, mais cela pourrait freiner la contribution du secteur à la reprise économique.
Les capitaux propres et la solvabilité
À 1,05 milliard de dollars, les fonds propres en hausse de 9,67 % offrent un coussin, mais sans audit, leur robustesse reste à prouver face aux défis sectoriels.
L’impact de la crise sur les évaluations bilancielles
L’admission par Bank Audi des difficultés d’évaluation complète souligne les failles des résultats non audités, potentiellement sous-estimant les pertes latentes liées à la crise monétaire.
Stratégie de consolidation du réseau
En réduisant les branches pour les clients premium, Bank Audi optimise les coûts, mais au prix d’une accessibilité réduite pour le retail traditionnel, dans un pays où les services bancaires physiques restent cruciaux.
Allocation des surplus : une prudence nécessaire mais limitée
Continuer d’allouer les surplus aux provisions renforce la résilience, mais cette mesure ne substitue pas à une restructuration systémique, laissant planer des risques sur la stabilité à long terme.



