dimanche, janvier 25, 2026

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Barak hausse le ton : vers une diplomatie américaine de confrontation au Liban ?

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Durcissement du discours américain sur le Hezbollah
Dans les récentes déclarations relayées par Al Joumhouriyat et Al Sharq, le secrétaire d’État américain Isaac Barak a nettement haussé le ton à l’égard du Hezbollah, qu’il qualifie désormais de « force armée illégitime agissant en dehors du cadre de l’État libanais ». Le journal rapporte que Barak, s’exprimant depuis Tel Aviv après une réunion conjointe avec des responsables israéliens, a évoqué une « révision de l’ensemble du soutien diplomatique et économique américain au Liban si aucune mesure n’est prise pour limiter l’influence du Hezbollah sur les institutions sécuritaires et politiques ». Cette déclaration tranche avec la ligne plus prudente tenue jusqu’ici par l’administration Biden, qui se contentait de conditionner son aide à la mise en œuvre des réformes.

Le quotidien Al Sharq évoque également des propos tenus par Barak lors d’un point presse avec des journalistes américains, dans lesquels il insiste sur le fait que « l’aide américaine n’est pas un chèque en blanc pour un État paralysé et infiltré ». Selon les observateurs cités par le journal, ces déclarations s’inscrivent dans un changement de ton plus large, alimenté par la pression du Congrès, où plusieurs élus républicains et démocrates exigent une ligne dure à l’égard des groupes armés opérant au Liban. Pour la première fois depuis 2020, un responsable américain de ce rang associe explicitement l’aide financière au démantèlement progressif des réseaux militaires non étatiques.

Une inflexion calculée, mais risquée
Dans Al 3arabi Al Jadid, un article analyse cette évolution comme une tentative de reconfigurer l’équilibre régional à travers une pression indirecte sur les alliés de l’Iran. Le journal souligne que la nouvelle position américaine intervient alors que les négociations sur la délimitation maritime avec Israël semblent dans l’impasse. Le refus du Liban d’adopter les termes de la médiation américaine sur les blocs pétroliers 9 et 10 a été mal perçu à Washington. Une source diplomatique citée par le journal affirme : « L’administration Barak voit dans l’inaction libanaise un signe de duplicité. » Ce durcissement s’adresse autant à la classe politique libanaise qu’aux partenaires régionaux, Israël en tête, qui réclament une politique plus assertive vis-à-vis du Liban.

Toutefois, cette posture pourrait se retourner contre ses initiateurs. Al Akhbar observe que ce ton agressif renforce paradoxalement la légitimité du Hezbollah aux yeux d’une partie de la population, qui y voit une résistance face aux diktats étrangers. Le journal rappelle que les précédentes tentatives de conditionner l’aide à des avancées politiques avaient échoué, Washington se heurtant à l’immobilisme structurel de la scène libanaise. Le même journal fait aussi état de contacts indirects entre des représentants américains et certaines formations politiques chrétiennes libanaises, notamment les Forces libanaises, perçues comme des relais potentiels d’une ligne anti-Hezbollah dans l’arène parlementaire.

Pression sur les institutions libanaises : leviers et limites
Dans Nahar, il est rapporté que l’ambassade américaine à Beyrouth a récemment intensifié ses contacts avec le ministère des Affaires étrangères et celui de la Défense. Le but, selon le journal, serait d’évaluer la marge de manœuvre réelle de l’État pour contenir l’influence croissante du Hezbollah dans les régions frontalières et les zones périphériques. Un responsable du ministère des Affaires étrangères aurait exprimé ses craintes d’un effet de fragmentation : « Si l’aide militaire est conditionnée à des engagements irréalistes, l’armée sera prise entre deux feux. » Cette déclaration, bien que rapportée sans nom, illustre le dilemme stratégique dans lequel se trouve l’exécutif libanais.

Le journal Ad Diyar souligne pour sa part que les leviers américains sont plus symboliques que réels. L’aide militaire directe, bien qu’importante, reste limitée comparée aux besoins opérationnels de l’armée libanaise. Quant à l’aide économique, elle transite pour l’essentiel par des agences internationales et des ONG, et n’est que marginalement pilotée par l’État libanais. Cette réalité limite la portée des menaces formulées par Barak, sauf à décider d’une suspension pure et simple de la coopération sécuritaire — une mesure jugée contre-productive par plusieurs analystes régionaux.

Réactions mitigées sur la scène libanaise
Les propos de Barak ont provoqué une série de réactions dans la presse libanaise. Al Liwa’ rapporte que le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré que « le Liban n’acceptera aucune pression visant à compromettre sa souveraineté ». Une déclaration mesurée mais ferme, qui marque une prise de distance avec le ton américain sans pour autant rompre les ponts. Le président Joseph Aoun, selon Al Bina’, n’a pas souhaité commenter directement les propos du secrétaire d’État, mais a rappelé que « l’armée libanaise reste engagée dans la préservation de l’unité nationale et la sécurité de tous les citoyens, quelles que soient leurs appartenances ».

Du côté des partis, Al Sharq Al Awsat note que les Forces libanaises ont salué la déclaration américaine, y voyant une « clarification bienvenue » de la position des alliés du Liban. Le Courant patriotique libre, en revanche, a exprimé sa réserve, soulignant que « toute pression étrangère risque d’aggraver les divisions internes ». Le Hezbollah, enfin, par la voix de Naim Kassem cité dans Al Akhbar, a qualifié les propos de Barak de « déclaration de guerre diplomatique », ajoutant que « la résistance ne sera ni achetée ni menacée ».

Une stratégie d’isolement régional du Hezbollah ?
Dans son analyse géopolitique, Al Sharq avance l’hypothèse d’une stratégie américaine plus globale visant à isoler le Hezbollah sur le plan régional. Le journal évoque des réunions tenues à Amman et au Caire entre diplomates américains, jordaniens et égyptiens, au cours desquelles l’influence du Hezbollah au Levant aurait été discutée comme une menace à contenir. Il est également fait état d’une pression exercée sur le Qatar pour conditionner son aide bilatérale au Liban à un engagement clair contre les groupes armés. Ces manœuvres révèlent un repositionnement régional de la diplomatie américaine, plus proche des demandes israéliennes.

L’article de Al 3arabi Al Jadid note toutefois que cette stratégie pourrait s’avérer contre-productive. En tentant de marginaliser le Hezbollah sans offrir d’alternative politique crédible, Washington risque de renforcer les acteurs radicaux au sein même de la population chiite libanaise, perçus comme les seuls protecteurs dans un État en faillite. Le journal cite un politologue libanais selon lequel « il faudrait plutôt intégrer le Hezbollah dans un cadre de désarmement négocié, en lien avec la réforme de l’armée et une décentralisation politique assumée ».

Conséquences prévisibles sur le terrain diplomatique
Sur le plan multilatéral, Nahar rapporte que la déclaration de Barak a été mal reçue au sein de plusieurs missions diplomatiques européennes à Beyrouth. Un diplomate français, sous couvert d’anonymat, affirme que « cette escalade rhétorique complique le travail de terrain et la coordination entre bailleurs de fonds ». La mission européenne, qui tente depuis plusieurs mois de relancer une médiation entre les forces politiques libanaises, se trouve fragilisée par l’alignement croissant des États-Unis sur les positions les plus dures de ses partenaires régionaux.

Le journal Al Joumhouriyat évoque également un effet collatéral : la suspension de plusieurs réunions prévues entre le gouvernement libanais et les représentants du FMI. Bien que non officiellement annulées, ces rencontres pourraient être reportées dans un contexte de forte tension politique. Une source au sein du ministère des Finances, interrogée par le journal, reconnaît que « l’atmosphère n’est plus propice à des discussions techniques. Tout devient politique ». Le journal conclut que le durcissement américain, loin de débloquer la situation, pourrait contribuer à un nouvel épisode de paralysie institutionnelle.

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Newsdesk Libnanews
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