Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a multiplié jeudi les entretiens à Beyrouth avec le président Joseph Aoun, le président de la Chambre Nabih Berri et le Premier ministre Nawaf Salam, dans le cadre d’une visite consacrée à la recherche d’une désescalade au Liban. Au terme de cette séquence, Paris a réaffirmé sa disponibilité à travailler à un arrêt des combats, tandis que les responsables libanais ont insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu préalable pour relancer toute dynamique politique.
Joseph Aoun maintient l’initiative de négociation
Reçu à Baabda en présence de l’ambassadeur de France à Beyrouth, Hervé Magro, et de la délégation qui l’accompagnait, Jean-Noël Barrot a transmis au président Joseph Aoun les salutations du président Emmanuel Macron ainsi qu’un point sur les efforts français en cours pour tenter de freiner l’escalade militaire au Liban.
Le chef de la diplomatie française a affirmé que Paris était prêt à œuvrer pour mettre fin à l’escalade, à travers des propositions discutées avec les parties concernées, en prenant appui sur l’initiative de négociation annoncée par Joseph Aoun. Il a qualifié cette initiative de « courageuse », estimant qu’elle avait reçu le soutien de la communauté internationale parce qu’elle exprimait une volonté claire de bâtir un État fort refusant d’être entraîné dans une guerre qu’il n’a pas déclenchée.
Face à lui, Joseph Aoun a salué le rôle joué par Emmanuel Macron dans l’accompagnement du Liban, en particulier à travers les contacts permanents menés avec les parties libanaise, syrienne et israélienne. Il a réaffirmé que l’initiative qu’il a lancée restait toujours sur la table, tout en soulignant que la poursuite de l’escalade militaire empêchait pour l’instant son lancement effectif.
Le président de la République a de nouveau insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu et sur la mise en place de garanties permettant d’en assurer la réussite. Il a estimé que la poursuite des opérations militaires, la destruction des villages et des localités du Sud, le nombre élevé de victimes et de blessés ainsi que le déplacement de plus d’un million de personnes rendaient impossible, à ce stade, la création d’un climat favorable à l’ouverture de négociations. Il a ajouté qu’une fois les combats arrêtés, il deviendrait possible d’activer un mécanisme de négociation dans le lieu qui serait retenu par les parties.
Le rôle de l’armée et l’après-UNIFIL au centre des discussions
Les échanges entre Joseph Aoun et Jean-Noël Barrot ont également porté sur le rôle de l’armée libanaise dans toute solution future, aussi bien dans la phase actuelle que dans la période qui pourrait suivre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban et son retrait éventuel du Sud.
Le président libanais a, sur ce point, réaffirmé la volonté du Liban de voir les forces internationales demeurer présentes dans le Sud pour veiller à l’application de tout accord qui pourrait être conclu. Il a aussi évoqué la possibilité du maintien d’unités de pays européens ayant exprimé leur souhait de poursuivre leur mission de maintien de la paix, quel que soit le cadre juridique qui serait retenu pour cette présence.
La rencontre a également abordé les relations libano-syriennes à la lumière du contact tripartite intervenu entre Joseph Aoun, Emmanuel Macron et le président syrien Ahmad al-Chareh, ainsi que le rôle que la France pourrait jouer pour maintenir la coordination entre Beyrouth et Damas.
Aoun réaffirme la ligne de l’État sur les armes et la souveraineté
Au cours de l’entretien, Joseph Aoun a aussi insisté sur la poursuite par le gouvernement de l’application des décisions relatives à la concentration des armes entre les mains de l’État. Il a toutefois reconnu que l’intensification militaire empêchait l’exécution complète du plan préparé par le commandement de l’armée.
Il a souligné que les installations officielles, l’aéroport international Rafic Hariri, le port de Beyrouth et les postes-frontières restaient placés sous la supervision des institutions militaires et sécuritaires libanaises. Il a également indiqué que l’armée poursuivait ses patrouilles et maintenait des barrages dans différentes régions pour empêcher toute manifestation armée et arrêter les contrevenants.
Le président a enfin rappelé que le gouvernement restait attaché au principe selon lequel la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l’État.
Berri renvoie à l’accord d’octobre 2024
Après Baabda, Jean-Noël Barrot s’est rendu à Aïn el-Tiné où il a été reçu par le président de la Chambre, Nabih Berri, en présence de l’ambassadeur de France et du conseiller médiatique de Berri, Ali Hamdan. Les discussions ont porté sur l’évolution de la situation au Liban et dans la région, ainsi que sur les développements politiques et militaires liés à la poursuite de l’offensive israélienne.
Nabih Berri a renouvelé ses remerciements à la France et à Emmanuel Macron pour les efforts menés en faveur de l’arrêt de l’agression contre le Liban, ainsi que pour le soutien affiché à la souveraineté et à l’unité du pays sur l’ensemble de son territoire.
Le chef du Parlement a surtout mis en avant une ligne claire: selon lui, l’application de l’accord conclu en octobre 2024 sous médiation américaine et française, et le respect de cet accord par Israël, permettraient de mettre fin à l’agression et de favoriser le retour des déplacés. Il a considéré que le point central restait l’activation du mécanisme prévu pour la surveillance, l’application et la négociation.
Nawaf Salam reçoit l’appui français
Jean-Noël Barrot a enfin rencontré le Premier ministre Nawaf Salam, à qui il a réaffirmé le soutien de la France au Liban dans cette phase particulièrement sensible. Le ministre français a assuré que Paris travaillait avec l’ensemble des parties pour tenter de mettre un terme à l’escalade.
Il a également renouvelé le soutien français aux décisions prises par le gouvernement libanais et indiqué que la France augmenterait son aide humanitaire dans la période à venir.
Cette séquence diplomatique intervient alors que Paris tente de préserver une voie politique dans un contexte de détérioration rapide sur le terrain. Côté libanais, les trois principaux responsables reçus par Jean-Noël Barrot ont, chacun dans son registre, renvoyé au même préalable: sans arrêt des hostilités, aucune initiative, même soutenue de l’extérieur, ne peut réellement se mettre en marche.
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