Le patriarche maronite, le cardinal Mar Béchara Boutros Raï, a présidé ce dimanche la messe dominicale dans l’église Notre-Dame du siège patriarcal à Bkerké. Il était assisté des métropolites Elias Nassar et Antoine Aoukar, de l’archimandrite Camille Mokhaïl, secrétaire du patriarche, et de l’archimandrite Fadi Tabet, secrétaire du patriarcat. Plusieurs évêques, prêtres et religieuses étaient présents, ainsi que le consul de la République de Mauritanie Élie Nassar, Hiam Boustani, secrétaire générale de la Fondation maronite de l’émigration, une délégation de la localité d’Aïn Ebel et un grand nombre de fidèles et de personnalités.
Après la lecture de l’Évangile, le patriarche a prononcé une homélie intitulée « Dimanche de l’Enfant prodigue ». Il a pris pour base le verset de l’Évangile selon saint Luc : « Mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il a été retrouvé » (Lc 15,24). Le cardinal Raï a rappelé que l’Église maronite commémore en ce quatrième dimanche du Carême la parabole de l’Enfant prodigue, qui enseigne le sens du péché, de la repentance, de la réconciliation et de ses fruits. Il a qualifié cet Évangile de message de la miséricorde divine.
Le patriarche a expliqué que le péché commence par l’attachement au don en oubliant le Donateur. Il constitue une illusion d’autosuffisance, la conviction que l’homme peut vivre loin de la source de sa vie. Dans le pays lointain, le fils a cru trouver la liberté, mais il a découvert qu’il avait perdu le sens de son existence. L’éloignement de la maison du Père conduit progressivement à la pauvreté intérieure, à la faim, à la perte de la dignité. Le péché porte en lui ses propres conséquences : il éloigne l’homme de sa véritable identité et, par là même, de Dieu. « Il était mort et perdu », a-t-il répété en citant à nouveau l’Évangile.
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La repentance, a-t-il poursuivi, commence par la phrase profonde : « Il revint à lui-même » (Lc 15,17). C’est un moment de lumière au milieu des ténèbres, un face-à-face avec la conscience, voix de Dieu au plus profond de l’homme. C’est un instant de vérité où l’homme voit sa réalité sans justification ni déni. La repentance n’est pas un sentiment passager de tristesse, mais une décision courageuse de se lever. Le fils n’a pas seulement regretté ; il a dit : « Je me lèverai et j’irai vers mon père » (Lc 15,18). Dans ce mouvement réside la force de la repentance : un retour concret, un aveu clair et la confiance que la porte reste ouverte. La repentance rend à l’homme la conscience de sa filiation, le libère de l’esclavage de l’orgueil et le conduit de la terre de la faim vers le chemin de l’espérance.
La réconciliation, a ajouté le patriarche, est l’œuvre de Dieu, figurée par le Père qui ne reste pas à attendre froidement, mais qui court, embrasse, baise son fils et lui rend toute sa dignité. La réconciliation n’est pas un simple pardon, mais une réaffirmation de la filiation, un retour dans la maison et une fête pour le retour du fils. Elle est un acte d’amour inconditionnel qui dépasse les calculs humains. Dans la pensée du Christ, la réconciliation signifie que Dieu ne se contente pas d’accepter le pénitent, mais qu’il célèbre son retour.
Le cardinal Raï a ensuite détaillé les fruits de la réconciliation : une joie profonde qui remplit la maison, une paix intérieure retrouvée par le cœur, une dignité restaurée après avoir été crue perdue, et une vie qui recommence. « Il était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il a été retrouvé ». Cette phrase résume les fruits de la réconciliation : passage de la mort à la vie, de l’égarement à la découverte, de l’isolement à la communion. La réconciliation ne se contente pas d’effacer le passé ; elle le transforme en un nouveau commencement et fait de l’homme un témoin de la miséricorde de Dieu.
Le patriarche a ensuite développé les cinq pertes subies par l’enfant prodigue lors de son éloignement. La première est la perte de l’identité : l’homme, dans sa relation avec Dieu, découvre qu’il est fils ; en s’éloignant, il perd le sens de sa filiation. C’est pourquoi le fils prodigue déclare à son retour : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils » (Lc 15,19). La deuxième perte est celle de la liberté : le jeune homme qui pensait vivre librement s’est retrouvé dans l’esclavage, envoyé dans les champs pour garder les porcs. La troisième perte est celle de la dignité : garder les porcs, dans la culture juive, symbolisait la chute morale et rituelle. La quatrième est la perte de la satiété spirituelle : « Il désirait remplir son ventre des caroubes que mangeaient les porcs, et personne ne lui en donnait » (Lc 15,16). La cinquième perte est celle de la communion : l’homme éloigné de Dieu se retrouve dans une solitude mortelle.
Avec le retour du fils dans les bras du Père, ces cinq pertes se transforment en cinq gains immenses. Le Père ne l’accueille pas comme serviteur mais comme fils : « Apportez la plus belle robe et habillez-le, mettez-lui un anneau au doigt et des sandales aux pieds » (Lc 15,22). La robe symbolise la dignité, l’anneau le pouvoir et l’appartenance, les sandales la liberté, et le festin la communion et la joie. Ici se révèle le visage de Dieu comme Père qui se réjouit du retour de ses fils plus que de leur présence constante à la maison.
Le patriarche a également mis en lumière la faute de l’aîné, resté physiquement dans la maison mais éloigné de cœur. L’Évangile montre que la proximité réelle avec Dieu ne se mesure pas à la distance physique mais à l’état du cœur, ni à la durée passée dans la maison du Père mais à la capacité de se réjouir de sa miséricorde. L’aîné n’est pas sorti de la maison comme son frère, mais il est sorti de la joie du retour de celui-ci. Saint Augustin voit dans l’aîné tous ceux qui s’appuient sur leur propre justice et pensent avoir mérité la grâce de Dieu par leurs services. Saint Ambroise ajoute que la faute de l’aîné n’est pas dans son obéissance mais dans son absence de joie ; une obéissance sans amour devient une forme d’esclavage. Saint Jean Chrysostome identifie cette faute à celle de l’envie, l’une des plus dangereuses du cœur, qui s’attriste du bien reçu par les autres.
Le cardinal Raï a conclu son homélie par une prière pour tous les hommes éloignés de Dieu afin qu’ils trouvent le chemin du retour, pour toutes les familles blessées afin qu’elles reçoivent la grâce de la réconciliation, et pour le Liban afin que Dieu le préserve de l’état de guerre et de toute agression. Il a demandé au Seigneur des cœurs pénitents, des mains tendues et des âmes humbles. Il a élevé la gloire et la louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles.
Un cri de douleur face aux destructions causées par le conflit actuel
Au cœur de cette méditation sur la miséricorde, le patriarche a exprimé la souffrance de l’Église et du pays. « Le cœur se serre sur les victimes de la guerre qui se déroule entre le Hezbollah et Israël et sur la destruction des maisons, des institutions et des infrastructures au sud du Liban, dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le caza de Baalbek », a-t-il déclaré. Il a prié pour l’arrêt de cette guerre et de toutes les guerres, pour qu’elles soient remplacées par des négociations, un cessez-le-feu, le dialogue et l’action diplomatique. « Nous prions du fond de nos cœurs pour l’établissement d’une paix juste, globale et durable, car la paix est un don précieux de Dieu », a-t-il ajouté.
Il a adressé un salut particulier à la délégation de la localité d’Aïn Ebel, au sud du pays, renouvelant sa proximité et sa solidarité avec ses habitants dans leur épreuve et leur inquiétude pour l’avenir. Il a réaffirmé avec eux la foi en Dieu, en la Vierge Marie, en saint Charbel et en tous les saints du Liban.
La liturgie eucharistique, maison du Père et signe vivant de réconciliation
Le patriarche a rappelé que l’Église place aujourd’hui les fidèles devant l’Évangile de la miséricorde par excellence. La liturgie invite à contempler le mystère de Dieu le Père qui attend le retour de l’homme. Dans chaque célébration eucharistique, les fidèles vivent cette rencontre avec la miséricorde de Dieu. Ils apportent leurs faiblesses, entendent la parole de l’Évangile qui appelle au retour, puis s’approchent de la table sainte où le Christ se donne lui-même comme vie nouvelle. Ainsi, l’Église devient la maison du Père qui rassemble ses fils, et l’Eucharistie le signe de la réconciliation et de la joie du retour de l’homme vers Dieu.
La présence des fidèles du Sud et le message de proximité de l’Église
La délégation d’Aïn Ebel, village frontalier du sud du Liban, a symbolisé dans cette célébration la souffrance des populations directement touchées par les événements. Le patriarche a tenu à leur adresser un message personnel de soutien, soulignant la solidarité de l’Église maronite avec les communautés du Sud confrontées aux destructions et aux inquiétudes quotidiennes. Cette présence s’inscrit dans la continuité des appels répétés du patriarche pour la protection des civils et le respect des infrastructures civiles dans les zones affectées.
Après la célébration, accueil des fidèles par le patriarche
À l’issue de la messe, le cardinal Béchara Boutros Raï a reçu les fidèles qui avaient participé à la divine liturgie. La rencontre s’est déroulée dans le cadre habituel des audiences dominicales au siège patriarcal, permettant aux participants de s’entretenir directement avec le chef de l’Église maronite au lendemain de cette homélie centrée sur la miséricorde et la paix. Les échanges ont porté sur les thèmes développés durant la célébration et sur la situation des régions mentionnées dans l’enseignement du patriarche.



