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Clientélisme, rivalités et jeux d’influence : les coulisses du gel des nominations

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révélant un bras de fer discret entre les deux pôles de l’exécutif libanais. Derrière ce gel se cache une stratégie d’influence politique, où le contrôle des affectations devient un levier de pouvoir. Le blocage des nominations, loin d’être un simple désaccord administratif, reflète une recomposition des équilibres institutionnels dans un contexte de tension croissante entre la présidence, assurée par Joseph Aoun, et le gouvernement dirigé par Nawaf Salam.

Une diplomatie en veille : la ligne de fracture entre présidence et ministère

Le cas le plus emblématique de cette paralysie touche la diplomatie. Plusieurs ambassades importantes, dont celles à Washington, Bruxelles et Paris, restent sans ambassadeur. Le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raji, refuse d’avaliser les propositions soumises par le président de la République. Cette position, officiellement motivée par des considérations techniques et administratives, cache en réalité une volonté politique de garder la main sur l’orientation de la politique extérieure du Liban.

En effet, ces nominations ne concernent pas uniquement des postes protocolaires. Les ambassades ciblées sont stratégiques, notamment dans le cadre des discussions avec les bailleurs de fonds internationaux, des négociations multilatérales et du suivi des sanctions économiques. Refuser de nommer les diplomates choisis par la présidence revient donc à neutraliser un outil d’influence sur la scène internationale.

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Des responsables proches du gouvernement décrivent cette situation comme un « gel nécessaire » destiné à rééquilibrer les prérogatives. Mais dans les faits, les représentations diplomatiques concernées fonctionnent avec des chargés d’affaires, limitant leur capacité d’action et fragilisant l’image du Liban à l’étranger. La paralysie actuelle reflète un conflit d’autorité entre institutions, sans instance d’arbitrage claire.

Nominations internes : des avancées sous condition

Malgré ces tensions, certaines nominations ont été validées par le Conseil des ministres, présidé par Joseph Aoun. Parmi elles, celle de Georges Maarawi comme directeur général du ministère des Finances et celle d’Ahmed Oueidat à la tête de l’organisme public de télécommunications Ogero. Ces désignations, saluées comme des avancées techniques, ont toutefois été critiquées dans les cercles politiques pour leur dimension clientéliste.

Plusieurs ministres ont exprimé leur désaccord sur les critères retenus. Selon des sources internes, la sélection aurait été influencée par des compromis politiques, dans une logique d’équilibre confessionnel plus que de compétence administrative. Un membre du cabinet aurait confié : « Ces nominations sont le fruit de tractations, pas de mérite. On reconduit les mêmes réseaux sous une nouvelle étiquette. »

La critique s’est aussi portée sur le manque de transparence du processus. Aucun appel public à candidatures n’a été lancé, et les dossiers n’ont pas été présentés en commission. Ces éléments alimentent le sentiment d’un retour aux pratiques anciennes, malgré les promesses de réforme énoncées depuis plusieurs mois.

Tensions au Conseil des ministres : le duel Aoun-Salam

Le Conseil des ministres est devenu le théâtre des rivalités institutionnelles. Le président Joseph Aoun cherche à imposer ses vues dans certains domaines, notamment la diplomatie et les grandes directions administratives. De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam tente de préserver l’unité de l’exécutif tout en maintenant sa capacité de décision.

Chaque séance est marquée par des discussions prolongées sur les modalités d’inscription des nominations à l’ordre du jour. Certains ministres, proches de l’ancien président Michel Aoun ou du Hezbollah, soutiennent la ligne présidentielle. D’autres, notamment ceux issus de formations centristes, penchent pour une approche plus collégiale. Ce morcellement empêche toute dynamique claire et favorise le statu quo.

Les ministres sectoriels, quant à eux, adoptent souvent une posture d’attente. En naviguant entre les deux pôles de pouvoir, ils espèrent préserver leurs prérogatives tout en évitant les confrontations frontales. Ce positionnement contribue à l’illisibilité générale et retarde les décisions essentielles pour le fonctionnement de l’État.

Conséquences pratiques : ralentissements et perte de crédibilité

Les effets de cette paralysie sont nombreux. Plusieurs ambassades n’ont plus de chef de mission depuis plus de huit mois, ce qui affecte la continuité diplomatique. À Bruxelles, les négociations liées aux fonds de stabilisation sont gelées, faute d’un interlocuteur à plein temps. À Paris, des rencontres bilatérales prévues avec le Quai d’Orsay ont été reportées.

Dans les administrations, la situation n’est guère meilleure. La direction du cadastre fonctionne sans directeur, ce qui bloque l’enregistrement de plusieurs projets immobiliers. L’absence de direction stable à la Commission de régulation de l’électricité retarde la mise en œuvre de projets solaires financés par la Banque mondiale. À Ogero, bien que la nomination d’Ahmed Oueidat ait été actée, les nominations secondaires attendent encore validation, paralysant certaines fonctions techniques.

Sur le plan extérieur, cette situation renforce l’image d’un pays incapable de se doter d’une gouvernance efficace. Des diplomates étrangers ont exprimé leur étonnement face à l’absence de représentants libanais dans plusieurs forums internationaux. L’absence de nominations rend difficile la continuité des dossiers, ce qui nuit aux positions libanaises dans les négociations multilatérales.

Une réforme inenvisageable à court terme ?

Plusieurs voix appellent à une réforme en profondeur du système de nomination. L’idée d’un comité indépendant, chargé d’évaluer les compétences et de proposer des candidats sur des critères objectifs, refait surface dans les milieux juridiques et universitaires. Ce modèle, inspiré des pratiques européennes, permettrait de dépolitiser partiellement les choix administratifs.

Mais dans un système aussi confessionnalisé que celui du Liban, une telle réforme semble pour l’instant irréaliste. Les nominations restent l’un des derniers outils de pouvoir réels pour les groupes politiques, dans un contexte d’appauvrissement budgétaire et de perte de souveraineté économique. Renoncer à ce levier serait pour certains l’équivalent d’un suicide politique.

Les précédentes tentatives de réforme ont échoué, faute de consensus. En 2020, un projet de loi visant à créer une autorité nationale des nominations avait été retiré sous la pression des partis. Aujourd’hui, aucun groupe ne semble prêt à relancer cette initiative.

Une crise symptomatique du système

Le blocage des nominations n’est pas un simple incident de parcours. Il révèle les failles profondes d’un système institutionnel incapable de fonctionner sans consensus informel. L’absence de mécanisme d’arbitrage entre présidence et gouvernement crée un espace de confrontation sans règle. Dans ce vide, chaque camp tente d’imposer sa logique, quitte à paralyser l’appareil d’État.

Ce dysfonctionnement chronique a des répercussions durables. En empêchant la désignation de personnes compétentes à des postes clés, le Liban se prive d’outils indispensables pour sortir de la crise. L’usure institutionnelle s’accélère, et avec elle, la perte de confiance des citoyens et des partenaires étrangers.

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Newsdesk Libnanews
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