samedi, janvier 24, 2026

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Déjà impliquée en Ukraine, que peut faire la Russie pour la Syrie ?

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Depuis son intervention militaire en Syrie en 2015, la Russie est devenue un acteur clé dans la région, soutenant activement le régime de Bachar al-Assad. Cependant, le contexte géopolitique a évolué, notamment avec la guerre en Ukraine qui mobilise une grande partie des ressources militaires et diplomatiques russes. Cette double implication soulève des questions sur la capacité de Moscou à maintenir son rôle en Syrie tout en gérant les pressions occidentales et les tensions croissantes avec l’OTAN.

La Syrie reste un théâtre d’importance stratégique pour la Russie, offrant une base militaire en Méditerranée orientale et un levier dans ses négociations internationales. Mais face aux défis internes et externes, la Russie peut-elle continuer à jouer un rôle central en Syrie, d’autant plus qu’Israël et la Turquie, bien qu’opposés sur la question palestinienne en apparence, coopèrent tous deux en Syrie en appuie aux rebelles syriens. Cette question se pose d’autant plus qu’Israël aujourd’hui recherche à gagner des points supplémentaires en prolongeant le conflit avec le Hezbollah sur sa base arrière syrienne.

La présence militaire russe en Syrie

La présence militaire russe en Syrie est centrée sur deux infrastructures stratégiques : la base aérienne de Hmeimim, dans la province de Lattaquié, et la base navale de Tartous. Ces installations offrent à la Russie une présence permanente en Méditerranée orientale, un élément clé de sa stratégie globale pour projeter sa puissance au-delà de ses frontières.

Depuis 2015, les forces russes ont joué un rôle décisif dans la stabilisation du régime de Bachar al-Assad. En coordonnant des frappes aériennes, des opérations terrestres avec les forces syriennes, et en fournissant des systèmes de défense avancés, la Russie a inversé le cours du conflit en faveur de Damas. Cependant, selon Al-Nahar (30 novembre 2024), cette présence est de plus en plus mise à l’épreuve par les tensions internationales liées à la guerre en Ukraine.

Avec l’intensification des combats en Ukraine, une partie des ressources russes mobilisées en Syrie a été redéployée pour soutenir les opérations militaires contre Kiev. Ce redéploiement a entraîné une réduction des capacités russes en Syrie, notamment dans le domaine aérien, où des pilotes et des avions ont été transférés vers le front ukrainien.

Néanmoins, la Russie continue de renforcer sa position en Syrie en modernisant ses bases et en maintenant un contingent de forces spéciales pour soutenir les opérations anti-terroristes et protéger ses intérêts stratégiques.

La diplomatie russe en Syrie face aux défis régionaux

En parallèle de sa présence militaire, la Russie s’est positionnée comme un acteur diplomatique clé en Syrie. Depuis le lancement du processus d’Astana en 2017, en collaboration avec l’Iran et la Turquie, Moscou a cherché à se poser en médiateur des conflits régionaux. Ce rôle diplomatique, essentiel pour maintenir l’équilibre entre les différents acteurs présents en Syrie, est aujourd’hui fragilisé par les priorités concurrentes imposées par la guerre en Ukraine.

Selon Al-Joumhouria (30 novembre 2024), les relations entre la Russie et la Turquie, autre puissance clé en Syrie, se sont complexifiées. Si les deux pays coopèrent encore pour éviter des affrontements directs dans le nord de la Syrie, les ambitions turques de créer une zone de sécurité près de sa frontière sud ont provoqué des tensions avec Moscou.

En outre, la Russie doit également gérer ses relations avec l’Iran, son allié militaire en Syrie mais aussi un concurrent stratégique. Comme l’indique Al-Nahar, Moscou s’efforce de maintenir un équilibre en permettant à l’Iran de renforcer son influence tout en évitant une domination totale de Téhéran qui pourrait compromettre les intérêts russes à long terme.

Enfin, sur le plan international, la Russie continue de contrer les efforts des États-Unis et de leurs alliés occidentaux pour marginaliser le régime syrien. En 2024, Moscou a intensifié ses appels à une levée des sanctions internationales contre la Syrie, arguant que ces mesures aggravaient la crise humanitaire. Cependant, son poids diplomatique est affaibli par l’isolement international accru dû à la guerre en Ukraine.

Malgré ces défis, la diplomatie russe en Syrie demeure un pilier de sa stratégie régionale, même si sa marge de manœuvre se réduit progressivement.

La concurrence internationale en Syrie
La Syrie reste un champ de bataille où plusieurs puissances internationales cherchent à consolider leur influence, et la Russie est confrontée à une concurrence accrue dans ce théâtre.
Les États-Unis et leurs alliés
Les forces américaines, bien que réduites, maintiennent une présence dans le nord-est de la Syrie, principalement pour soutenir les Forces démocratiques syriennes (FDS) et sécuriser les zones riches en ressources pétrolières. Selon Al-Joumhouria (30 novembre 2024), les Américains cherchent également à contrer l’influence iranienne et, dans une moindre mesure, à surveiller les activités russes dans la région. Cette présence, bien qu’indirecte, limite les capacités russes à étendre leur contrôle au-delà des territoires alliés à Damas.
La Turquie
Ankara reste un acteur central en Syrie, poursuivant ses opérations dans le nord pour établir une zone de sécurité près de sa frontière. Comme le note Al-Nahar, la Turquie agit souvent en opposition aux objectifs russes, notamment en soutenant des groupes rebelles hostiles au régime de Damas. Bien que des accords temporaires aient été conclus entre Moscou et Ankara, la rivalité stratégique persiste.
L’Iran
L’Iran, bien qu’allié de la Russie en Syrie, renforce ses propres réseaux militaires et politiques. Comme le souligne Al-Nahar, cette montée en puissance iranienne suscite des préoccupations chez les responsables russes, qui craignent une dépendance excessive de Damas envers Téhéran. Cette situation pourrait réduire l’influence de Moscou dans les décisions stratégiques syriennes.
Israël
Les frappes israéliennes en Syrie, visant principalement les infrastructures iraniennes et celles du Hezbollah, compliquent la tâche de la Russie. Bien que Moscou tolère ces opérations dans une certaine mesure pour préserver ses relations avec Israël, elles fragilisent les alliés pro-régime que la Russie soutient.
Ces rivalités internationales, combinées à la guerre en Ukraine, mettent la Russie dans une position où elle doit jongler entre ses alliances, ses intérêts stratégiques et ses moyens limités pour maintenir sa domination en Syrie.

Les limites des capacités russes en Syrie

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les ressources militaires et financières de la Russie ont été considérablement mobilisées, limitant sa capacité à maintenir une présence forte en Syrie. Cette situation a entraîné plusieurs défis :

  1. Réduction des effectifs militaires
    Comme le rapportent Al-Joumhouria et Al-Nahar, la Russie a redéployé une partie de ses troupes et de ses équipements de Syrie vers l’Ukraine. Cette réduction des effectifs a affaibli sa capacité à superviser les opérations militaires syriennes et à contrer les groupes rebelles encore actifs dans le pays.
  2. Pression économique croissante
    Les sanctions internationales imposées à la Russie en raison de la guerre en Ukraine ont également affecté sa capacité à financer ses opérations à l’étranger. Selon des analyses récentes, le soutien logistique et financier à Damas a été réduit, ce qui pourrait ralentir la reconstruction des infrastructures et affaiblir davantage le régime syrien.
  3. Coordination avec ses alliés
    La Russie s’appuie désormais davantage sur ses alliés, comme l’Iran et les forces syriennes, pour combler les lacunes laissées par son retrait partiel. Cependant, cette dépendance accrue pourrait entraîner une diminution de son influence dans la prise de décision stratégique en Syrie.
  4. Affaiblissement de l’engagement diplomatique
    La guerre en Ukraine a également détourné l’attention diplomatique de la Russie des conflits au Moyen-Orient. Moscou, autrefois un médiateur actif en Syrie, semble désormais moins engagé dans les processus de négociation, ce qui ouvre la voie à une plus grande influence d’autres puissances régionales comme la Turquie ou l’Iran.

Ces limites, bien que notables, n’ont pas encore remis en cause la position de la Russie en Syrie, mais elles soulignent les défis auxquels Moscou est confronté pour maintenir son rôle dominant dans un contexte de pression internationale croissante.

Scénarios futurs pour la Russie en Syrie

Face aux défis actuels, plusieurs scénarios se dessinent pour la Russie en Syrie, en fonction de l’évolution de ses priorités internes et des dynamiques régionales :

  1. Renforcement des alliances avec l’Iran et la Syrie
    La Russie pourrait intensifier sa coopération avec l’Iran et le régime syrien pour compenser la réduction de ses capacités sur le terrain. Cette alliance stratégique pourrait inclure un partage accru de ressources militaires, une meilleure coordination dans les opérations anti-rebelles et une collaboration renforcée pour reconstruire les infrastructures syriennes. Cependant, comme le rapporte Al-Joumhouria, cette approche risquerait de renforcer davantage l’influence iranienne, au détriment des intérêts à long terme de Moscou.
  2. Concentration sur des zones stratégiques limitées
    Pour préserver son influence, la Russie pourrait recentrer ses efforts sur des régions clés comme Lattaquié et Tartous, où elle dispose d’infrastructures militaires vitales. Cette stratégie, selon Al-Nahar, permettrait à Moscou de maintenir une présence significative tout en minimisant ses engagements opérationnels dans des zones moins prioritaires.
  3. Renégociation des équilibres régionaux
    Avec la montée en puissance de la Turquie et des groupes salafistes, la Russie pourrait chercher à jouer un rôle plus actif dans les négociations régionales. Cela pourrait inclure des accords bilatéraux avec Ankara pour stabiliser le nord de la Syrie, ou des discussions avec Israël pour limiter les frappes sur les positions pro-régime.
  4. Réduction progressive de son implication
    Dans le pire des cas, la Russie pourrait être contrainte de réduire davantage son engagement en Syrie si les pressions internationales et internes liées à la guerre en Ukraine se poursuivent. Cette option affaiblirait considérablement l’influence de Moscou au Moyen-Orient et ouvrirait la voie à une domination accrue de l’Iran et de la Turquie.

Chaque scénario comporte des opportunités et des risques pour la Russie. Son avenir en Syrie dépendra de sa capacité à équilibrer ses ambitions régionales avec les contraintes imposées par ses engagements en Ukraine.

La double implication de la Russie en Syrie et en Ukraine met en lumière les défis auxquels elle est confrontée pour maintenir son influence dans plusieurs théâtres de conflits simultanés. Bien que la Russie ait réussi à jouer un rôle déterminant dans la stabilisation du régime syrien depuis 2015, la guerre en Ukraine a considérablement limité ses ressources, l’obligeant à repenser ses priorités et son engagement en Syrie.

Les implications pour la région sont multiples :

  1. Renforcement du rôle de l’Iran
    Comme le souligne Al-Joumhouria (30 novembre 2024), le désengagement partiel de la Russie en Syrie pourrait conduire à un renforcement de l’influence iranienne dans les zones contrôlées par le régime. Cette dynamique pourrait modifier les équilibres internes en Syrie et compliquer les relations entre Moscou et Téhéran.
  2. Opportunités pour la Turquie
    La Turquie pourrait profiter de la réduction de l’engagement russe pour renforcer sa position dans le nord de la Syrie. Selon Al-Nahar, cela pourrait inclure une intensification des opérations militaires visant à créer une zone de sécurité élargie le long de la frontière turco-syrienne.
  3. Répercussions pour Israël
    Israël, en coordination avec les États-Unis, pourrait exploiter le recul russe pour intensifier ses frappes contre les infrastructures iraniennes et celles du Hezbollah en Syrie. Une telle situation accentuerait les tensions régionales, augmentant le risque de confrontations directes entre les acteurs impliqués.
  4. Stabilité fragile du régime syrien
    La dépendance accrue du régime de Bachar al-Assad à l’Iran, combinée à une diminution du soutien militaire direct russe, pourrait fragiliser davantage la Syrie. Les rivalités internes entre alliés pro-régime risquent d’exacerber les divisions et de compliquer la stabilisation du pays.

En conclusion, la Russie reste un acteur clé en Syrie, mais sa capacité à maintenir son influence dépendra de l’évolution de la guerre en Ukraine et de ses relations avec ses partenaires régionaux. Ce repositionnement ouvre la voie à de nouveaux jeux d’alliances et de rivalités dans une région déjà marquée par une instabilité chronique.

Références:

  1. Al-Nahar, « La stratégie russe en Syrie face à la guerre en Ukraine », 30 novembre 2024.
  2. Al-Joumhouria, « Pression internationale et limites de Moscou en Syrie », 30 novembre 2024.
  3. Fondation Carnegie, « La Russie et les rivalités régionales en Syrie », novembre 2024.
  4. Rapport Human Rights Watch, « L’évolution des dynamiques en Syrie », novembre 2024.
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