Quelle éclatante journée pour la paix au Liban ! Ce 21 août 2025, dans le décor poussiéreux du camp de Bourj al-Barajneh, le Fatah a décidé de se draper dans la toge du grand pacificateur. Avec un sens du spectacle digne d’un mauvais téléfilm, ils ont livré à l’armée libanaise un camion de ferraille : des fusils qui toussent plus qu’ils ne tirent, des lance-roquettes qui semblent tout droit sortis d’un musée de la guerre froide, et des munitions si vieilles qu’elles pourraient exploser juste en les regardant trop fort.
Un « geste historique », s’extasient les officiels, la larme à l’œil et la main sur le cœur. On nous parle d’unité, de stabilité, d’un pas vers un Liban apaisé. On applaudit, on s’embrasse, on sort les confettis.
Mais, franchement, qui croit encore à cette comédie ? Car, soyons clairs, ce n’est pas un désarmement, c’est une opération de relations publiques. Le Fatah, toujours maître dans l’art de la mise en scène, a décidé de jouer les bons élèves en jetant quelques miettes à l’armée libanaise. Des miettes, oui, parce que les vrais arsenaux, ceux qui font trembler, restent bien au chaud dans les arrière-cours des camps. Pendant ce temps, Hamas et le Jihad islamique observent ce cirque avec un rictus moqueur, leurs kalachnikovs bien graissées et leurs roquettes prêtes à l’emploi.
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« Désarmer ? Pourquoi faire ? », semblent-ils dire, en caressant leurs stocks comme on caresse un vieux souvenir. Après tout, pourquoi lâcher les armes quand on peut refiler des vieilleries et passer pour le héros de la journée ?
Mais remontons un peu le fil, voulez-vous ? Ces armes, ces bouts de ferraille rouillée qu’on brandit aujourd’hui comme un trophée, ce sont les mêmes, ou presque, qui ont mis le Liban à feu et à sang il y a des décennies.
Souvenez-vous, les années 70, quand les camps palestiniens, armés jusqu’aux dents, sont devenus des États dans l’État, des poudrières prêtes à exploser. De Sabra à Chatila, de Aïn al-Hilweh à Bourj al-Barajneh, ces arsenaux ont été le carburant d’une guerre civile qui a déchiré le Liban pendant quinze ans, laissant des cicatrices encore béantes.
Des milices palestiniennes, bardées d’armes fournies par on ne sait trop qui (mais tout le monde a une petite idée), se sont transformées en acteurs incontournables d’un chaos où tout le monde a perdu.
Et aujourd’hui, on nous vend ce don de ferraille comme un pas vers la rédemption ? Allons, un peu de sérieux.Le Fatah, sous la houlette de Mahmoud Abbas, sait jouer la partition. En remettant ce lot d’armes « illégitimes » – dixit un cadre du mouvement, avec un aplomb qui force l’admiration –, ils se donnent des airs de bonne volonté sans toucher à l’essentiel : les arsenaux des « personnels de sécurité », comprendre les miliciens qui gardent jalousement leurs flingues.
On nous dit que c’est une « première phase », que d’autres camps comme Aïn al-Hilweh suivront. Mais qui y croit ? Là-bas, Hamas et ses alliés règnent en maîtres, et l’idée même de rendre une cartouche les fait ricaner.
L’armée libanaise, elle, parade avec son butin de pacotille, tandis que le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam sabrent le champagne pour un « succès » qui sent le vernis craquelé.Et puis, il y a ce timing, presque trop parfait.
Un dissident du Fatah, arrêté 48 heures plus tôt, aurait « gentiment » fourni ce stock de rebuts, livré comme par magie juste avant la cérémonie. Une coïncidence ? Bien sûr, et moi je crois au Père Noël.
Ce désarmement, c’est du cosmétique, une couche de peinture sur un mur qui s’effrite. Pendant que les caméras filment et que les diplomates tweetent leur enthousiasme, la réalité reste inchangée : les camps palestiniens, ces enclaves où l’État libanais n’a jamais vraiment eu son mot à dire, continuent de bourdonner d’armes et d’ambitions.
Les vrais stocks, ceux qui comptent, dorment tranquillement dans des caches que personne ne viendra fouiller.Alors, qu’est-ce qu’on célèbre, au juste ? Un pas vers la paix, ou une nouvelle manche dans ce grand jeu de dupes ?
Le Fatah a marqué un point dans l’opinion, l’armée libanaise sauve la face, et les autres factions regardent en se disant que, décidément, rien ne change sous le soleil de Beyrouth. Et pendant ce temps, les Libanais, ceux qui ont payé le prix de cette guerre civile déclenchée en partie par ces mêmes armes, attendent toujours qu’on arrête de les prendre pour des idiots. Mais bon, au moins, la ferraille est à la casse. Bravo, quel progrès.



