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Inflation galopante et effondrement monétaire : une spirale hors de contrôle

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L’effondrement de la monnaie nationale

Depuis 2019, la livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur par rapport au dollar américain. Le taux de change officiel, longtemps maintenu artificiellement à 1 507,5 LBP pour un dollar, a laissé place à un taux flottant qui a dépassé récemment les 89 500 LBP pour un seul dollar. Cette chute spectaculaire traduit une désintégration progressive de la confiance dans la monnaie nationale. Les institutions financières ne parviennent plus à stabiliser le marché des devises, et la Banque centrale, vidée de ses réserves, a suspendu la majorité des mécanismes de régulation.

Cette dévaluation massive a transformé la structure économique du pays. Les biens importés, qui constituent la majorité de la consommation quotidienne, ont vu leur prix exploser. Pour une grande partie des Libanais, la simple acquisition d’un produit de base — farine, lait, médicaments — représente désormais un luxe. Les taux de conversion officiels et parallèles se sont multipliés, nourrissant des pratiques spéculatives à grande échelle. Les agents économiques se tournent massivement vers le dollar ou vers des formes de troc informel, accentuant encore la marginalisation de la livre.

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Une flambée inédite des prix des biens de première nécessité

Le choc monétaire se répercute sur tous les segments du panier de la ménagère. Certaines denrées alimentaires ont vu leur prix multiplié par plus de 200. Le sucre, l’huile, le pain, le riz ou encore les légumes locaux ont subi des hausses continues. Le prix du paquet de pain a été multiplié par vingt depuis le début de la crise. Le coût d’un litre d’huile est désormais équivalent à une journée de travail dans les secteurs faiblement rémunérés. Les œufs, les fruits, le lait et les conserves deviennent inaccessibles pour les classes populaires.

Dans les supermarchés, les étiquettes sont modifiées quotidiennement. Les familles réduisent leurs achats à l’essentiel. Des substituts alimentaires bon marché sont privilégiés, au détriment de la qualité nutritionnelle. Des carences chroniques sont signalées chez les enfants. Les associations humanitaires, dépassées par l’ampleur des besoins, dénoncent une situation d’urgence alimentaire dans plusieurs régions. Le seuil de la survie est désormais franchi pour des dizaines de milliers de foyers.

Le carburant comme révélateur des déséquilibres

Le secteur de l’énergie reflète lui aussi l’ampleur de la dégradation économique. Le prix des carburants a été multiplié par 62 depuis 2019. Cette augmentation se traduit par un renchérissement brutal du coût de la mobilité. Les transports publics, déjà défaillants, ne permettent plus de compenser les besoins. Les trajets domicile-travail deviennent insoutenables pour les travailleurs précaires. Les secteurs ruraux sont particulièrement touchés, avec des zones désormais totalement enclavées.

La hausse du prix du mazout, essentiel pour les générateurs privés, a un effet direct sur la production et la distribution de l’électricité. Les coupures sont quotidiennes, atteignant parfois 20 heures par jour. Les ménages doivent arbitrer entre alimentation, électricité et scolarité. Les commerces ferment plus tôt, les services sont rationnés. Le tissu économique local se délite.

Un effondrement aux causes structurelles

La crise actuelle ne se limite pas à une question de liquidité ou de déséquilibre budgétaire. Elle traduit une faillite systémique du modèle économique libanais, fondé sur une dépendance massive aux importations, une surévaluation prolongée de la monnaie et une captation des richesses par un système oligarchique. Depuis la fin de la guerre civile, les politiques économiques ont privilégié la finance au détriment de la production. Le secteur bancaire, longtemps glorifié, s’est effondré dans le sillage des défauts de paiement.

La Banque centrale a tenté de masquer la gravité de la crise par des mécanismes de subventions sélectives, qui ont renforcé les inégalités et favorisé la contrebande. L’absence de budget voté, les pratiques clientélistes, la corruption institutionnalisée ont aggravé la situation. La monnaie nationale s’est retrouvée sans ancrage, sans politique de soutien crédible. Le crédit a disparu. Les entreprises ferment. Le chômage progresse. Le pouvoir d’achat s’est évaporé.

Des politiques monétaires en déroute

Les autorités monétaires ont multiplié les signaux contradictoires. L’ancien gouverneur de la Banque centrale a laissé place à une vacance de stratégie. L’absence de cadre légal pour la restructuration du secteur bancaire paralyse toute tentative de réforme. Les annonces de plans de redressement restent sans suite concrète. Les taux d’intérêt, déjà trop élevés, n’ont pas freiné l’inflation. Les réserves en devises se sont évaporées, alimentant le marché noir et les circuits parallèles.

Les injections ponctuelles de liquidités n’ont fait qu’entretenir une illusion de stabilité. La population n’a plus confiance dans les institutions financières. Les tentatives de réguler le taux de change ont échoué. L’inflation a atteint des niveaux comparables à ceux observés en période de guerre. Aucun mécanisme d’amortissement n’est en place pour protéger les revenus fixes. Les pensions, les salaires publics et les aides sociales n’ont pas suivi la courbe des prix.

Une classe moyenne en voie de disparition

La crise économique a effacé une génération d’efforts. Les classes moyennes, piliers de la stabilité sociale, sont désormais en voie de disparition. Le coût de la vie dépasse largement les revenus disponibles. Les enseignants, les employés de bureau, les artisans ne peuvent plus couvrir leurs besoins de base. Le phénomène de déclassement est généralisé. Les enfants quittent l’école pour travailler. Les départs vers l’étranger se multiplient. Le secteur médical, l’enseignement, les professions libérales sont en état de fuite.

La précarité s’installe durablement. Les bailleurs de fonds internationaux alertent sur une situation de pauvreté chronique. La moitié de la population vivrait sous le seuil de pauvreté monétaire. Les mécanismes de solidarité familiale, longtemps efficaces, sont saturés. Les banques alimentaires, les collectes de vêtements, les aides ponctuelles des ONG ne suffisent plus. Une économie de survie s’installe, faite de troc, de crédits informels, de ventes d’objets personnels.

Des perspectives encore incertaines

Les projections économiques ne laissent entrevoir aucun redressement à court terme. L’absence de réformes, le blocage politique, la dépendance aux aides extérieures et l’instabilité régionale renforcent l’incertitude. Les négociations avec les bailleurs de fonds sont au point mort. Aucun accord global n’a été trouvé. Les projets de loi structurels sont bloqués. La justice économique n’est pas garantie. Les responsabilités ne sont pas établies.

L’avenir reste suspendu à des décisions politiques majeures qui peinent à voir le jour. La refonte du système fiscal, la protection des déposants, la restauration de la confiance dans la monnaie nationale exigent un consensus que les élites n’ont pas encore atteint. La pression populaire augmente, mais elle ne trouve pas de débouché institutionnel. La rue manifeste, mais le système résiste.

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