Dans une manœuvre diplomatique qui marque un tournant dans le conflit libano-israélien, Israël accélère les discussions autour d’un cessez-le-feu au Liban. Selon le Washington Post, Ron Dermer, ministre israélien des Affaires stratégiques et proche conseiller de Benjamin Netanyahu, a rencontré cette semaine le président élu américain Donald Trump et son conseiller Jared Kushner pour discuter des détails d’un accord visant à calmer les tensions avec le Hezbollah, le groupe armé chiite libanais soutenu par l’Iran. Israël espère ainsi offrir une « victoire en politique étrangère » à Trump, selon des sources israéliennes.
Un geste pour Trump
L’initiative, portée par Dermer, souligne l’engagement de Netanyahu à collaborer avec le nouveau président américain. Selon des responsables israéliens, cette première visite de Dermer à Mar-a-Lago, résidence de Trump en Floride, avant même un arrêt à la Maison-Blanche, témoigne de l’urgence qu’Israël accorde à la mise en place de cet accord avant la prise de fonction de Trump.
Les pourparlers, qui concernent notamment le retrait des combattants du Hezbollah au nord du fleuve Litani, visent à donner à Trump un succès diplomatique dès son arrivée au pouvoir. D’après Frank Lowenstein, ancien envoyé spécial pour les négociations israélo-palestiniennes sous Barack Obama, « Netanyahu privilégie la consolidation de ses intérêts politiques intérieurs », tout en cherchant à apaiser les craintes de sécurité des civils israéliens du nord.
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Le rôle de la Russie en discussion
Dans une dynamique inédite, la Russie pourrait jouer un rôle clé pour empêcher le réarmement du Hezbollah. Selon des responsables israéliens, Dermer s’est récemment rendu à Moscou pour des discussions de suivi après la visite de représentants russes à Tel Aviv fin octobre. Moscou pourrait ainsi être amenée à bloquer les routes de ravitaillement en armes pour le Hezbollah, qui transitent via la Syrie depuis l’Iran.
La coopération russe, bien que symbolique pour l’instant, pourrait renforcer la position d’Israël et faciliter un retour au calme dans la région, mais elle pourrait aussi compliquer les relations avec l’administration Biden, qui s’efforce de maintenir ses alliances stratégiques en Asie et au Moyen-Orient.
Une période d’essai de 60 jours pour l’armée libanaise
L’accord en discussion confierait à l’armée libanaise le contrôle de la zone frontalière pendant une période de 60 jours, sous supervision américaine et britannique, si le Hezbollah accepte de retirer ses combattants. Nabih Berri, président du Parlement libanais et allié du Hezbollah, a toutefois critiqué le projet, avertissant que la souveraineté du Liban ne saurait être « sacrifiée au profit d’Israël ».
Du côté du Hezbollah, une source anonyme a indiqué que l’organisation pourrait envisager un retrait temporaire au nord du Litani, mais en pose comme condition la fin des incursions israéliennes en territoire libanais.
Escalade militaire en préparation
Alors qu’Israël négocie ce cessez-le-feu, les tensions restent élevées sur le terrain. L’armée israélienne se tient prête à une intensification de ses opérations terrestres au Liban si les pourparlers échouent, tandis que l’aviation israélienne a multiplié les frappes dans le sud libanais ces derniers jours. « Nous avons réduit les capacités du Hezbollah », a déclaré un responsable militaire israélien, tout en insistant sur la nécessité de rester vigilant.
Amos Hochstein, envoyé spécial américain pour le Liban, devrait présenter un projet d’accord aux autorités libanaises dans les prochains jours, selon le quotidien Israel Hayom. La presse israélienne estime par ailleurs que les discussions sont « dans leurs phases finales » et qu’un accord pourrait être conclu sous peu, si les parties en présence parviennent à surmonter leurs divergences sur les conditions de cessez-le-feu.
Un accord suspendu aux calculs politiques
Netanyahu, qui a été critiqué pour sa gestion de la sécurité après les attaques du 7 octobre, espère sans doute que cet accord apaisera l’opinion publique israélienne, préoccupée par les récentes pertes de soldats au Liban et les frappes de représailles du Hezbollah. Le chef du gouvernement israélien semble ainsi déterminé à exploiter le climat politique actuel pour marquer un succès diplomatique, quitte à laisser à Trump le soin de capitaliser sur un règlement final.
Le rôle des États-Unis dans ces négociations souligne également le pivot opéré depuis l’élection de Trump, alors que Biden poursuit pour l’instant les discussions avec Israël via son envoyé Hochstein. Ce dernier, au nom de l’administration sortante, demeure impliqué dans le processus de négociation malgré la probable influence croissante de Trump sur les décisions futures.



