7 octobre 2026
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Israël revendique 28 000 frappes au Liban et en Syrie

L’armée israélienne affirme avoir frappé 28 000 cibles au Liban et en Syrie depuis le 7 octobre 2023. Au Liban, cette statistique militaire recouvre trois années de bombardements, de destructions et de pertes humaines considérables. Des organisations internationales ont documenté plusieurs attaques susceptibles de constituer des crimes de guerre. Des témoignages d’anciens dirigeants israéliens montrent également qu’une offensive majeure contre le Hezbollah au Liban avait été sérieusement envisagée dès le 11 octobre 2023, trois jours après le début des affrontements frontaliers.

L’armée israélienne a affirmé mercredi 7 octobre 2026 avoir frappé 28 000 cibles au Liban et en Syrie depuis le 7 octobre 2023, sur près de 100 000 visées dans l’ensemble de la région. Au Liban, ce bilan militaire recouvre trois années de bombardements, de destructions et d’opérations qui ont fait plusieurs milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés. Des organisations internationales ont documenté des attaques israéliennes susceptibles de constituer des crimes de guerre. Des témoignages d’anciens dirigeants israéliens ont aussi établi qu’une offensive majeure contre le Hezbollah au Liban avait été sérieusement envisagée dès le 11 octobre 2023.

L’armée israélienne a livré mercredi son bilan de trois années d’opérations militaires au Moyen-Orient. Elle affirme avoir frappé près de 100 000 cibles dans la région depuis le 7 octobre 2023, dont 28 000 au Liban et en Syrie. Elle soutient également que 20 000 projectiles ont été lancés depuis le Liban vers le territoire israélien pendant cette période. Ces chiffres sont ceux de l’armée israélienne, qui n’a pas précisé dans son annonce la répartition des 28 000 cibles entre les territoires libanais et syrien.

Vu du Liban, ce chiffre traduit surtout l’ampleur d’une campagne militaire qui a frappé le pays pendant trois ans. Selon les bilans cumulés disponibles du ministère libanais de la Santé, les opérations israéliennes ont fait plusieurs milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés depuis octobre 2023. Le conflit a aussi déplacé massivement la population, détruit des quartiers et des villages, frappé des infrastructures civiles et aggravé une crise économique dont le pays subissait déjà les conséquences avant la guerre.

28 000 frappes au Liban et en Syrie depuis 2023

Le chiffre annoncé mercredi donne une indication de l’intensité des opérations israéliennes depuis le début de la guerre régionale. Le Liban a été directement entraîné dans cette séquence à partir du 8 octobre 2023, lorsque le Hezbollah a commencé à attaquer des positions israéliennes depuis le Liban-Sud, au lendemain de l’opération du Hamas. Le mouvement libanais présentait alors ses actions comme un « front de soutien » à Gaza destiné notamment à fixer des forces israéliennes à la frontière.

Les affrontements sont restés pendant plusieurs mois principalement concentrés autour de la frontière, même si les frappes se sont progressivement étendues en profondeur au Liban. Israël a mené des assassinats ciblés et frappé des positions du Hezbollah, mais aussi des véhicules, des habitations et des localités éloignées de la ligne frontalière. La confrontation a changé d’échelle à partir de septembre 2024, lorsque l’armée israélienne a lancé une campagne beaucoup plus vaste contre le Hezbollah et intensifié ses bombardements dans le Sud, la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth.

La guerre ouverte de 2024 a causé une forte augmentation du nombre de victimes et provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes au plus fort des bombardements. Le Hezbollah a perdu une partie importante de son commandement, dont son secrétaire général Hassan Nasrallah, tué le 27 septembre 2024 dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth. Israël a ensuite lancé des opérations terrestres dans le sud du Liban avant l’entrée en vigueur d’une cessation des hostilités le 27 novembre.

Israël envisageait une offensive majeure dès octobre 2023

La chronologie des premières journées du conflit montre toutefois que l’hypothèse d’une guerre beaucoup plus vaste au Liban avait été envisagée très tôt par les dirigeants israéliens. Les tirs du Hezbollah avaient commencé le 8 octobre 2023, mais trois jours plus tard, le 11 octobre, une partie du gouvernement et du commandement israéliens envisageait déjà une offensive préventive de grande ampleur contre le mouvement au Liban.

L’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a confirmé après son départ du gouvernement qu’il avait soutenu le lancement d’une telle opération. Selon son récit, le projet ne consistait pas simplement à répondre aux échanges de tirs alors en cours à la frontière. Israël envisageait de frapper simultanément une partie du commandement du Hezbollah et de ses capacités militaires afin de porter au mouvement un coup majeur dès les premiers jours de la guerre.

L’existence de ce débat au sommet de l’État israélien a également été confirmée par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major devenu membre du cabinet de guerre après le 7 octobre. Eisenkot a expliqué qu’il s’était opposé, avec Benny Gantz, à l’ouverture immédiate d’une guerre de grande ampleur contre le Liban. Selon lui, une telle décision aurait constitué une erreur stratégique alors qu’Israël préparait déjà son offensive contre Gaza.

Les États-Unis étaient également intervenus pour éviter cette extension immédiate de la guerre. Des informations publiées dès la fin de 2023 avaient fait état d’un échange entre le président américain Joe Biden et le Premier ministre Benjamin Netanyahu le 11 octobre. Israël craignait alors une offensive imminente du Hezbollah, mais Washington ne partageait pas cette appréciation et avait demandé aux responsables israéliens de ne pas lancer une attaque susceptible de provoquer une guerre régionale.

Le bureau de Netanyahu avait contesté une partie de cette version et affirmé que le Premier ministre avait choisi de concentrer initialement l’effort militaire sur Gaza. Les déclarations ultérieures de Gallant et d’Eisenkot ont néanmoins confirmé qu’une attaque majeure contre le Hezbollah avait bien été envisagée au plus haut niveau israélien dès les premiers jours de la confrontation. Gallant a même présenté rétrospectivement l’abandon de cette option comme une occasion stratégique manquée pour Israël.

Une chronologie plus complexe que celle d’une simple « riposte »

Ces éléments sont importants pour comprendre la guerre au Liban. Les opérations du Hezbollah à partir du 8 octobre ont contribué à installer la confrontation armée à la frontière et ont provoqué des victimes et des destructions en Israël. Mais présenter l’ensemble de la campagne israélienne qui a suivi comme une simple riposte progressive occulte le fait qu’une offensive beaucoup plus large contre le Liban était déjà discutée à Tel-Aviv trois jours après les premiers échanges.

Cette chronologie permet aussi de replacer les 28 000 cibles revendiquées aujourd’hui dans une stratégie plus large. Lorsque l’offensive israélienne de grande ampleur a finalement été déclenchée en septembre 2024, elle poursuivait plusieurs objectifs que Gallant affirme avoir voulu atteindre dès octobre 2023 : affaiblir le commandement du Hezbollah, détruire une partie importante de ses capacités militaires et modifier le rapport de forces à la frontière libanaise.

Cela ne supprime pas la responsabilité du Hezbollah pour ses propres opérations militaires ni les obligations que lui impose le droit international humanitaire. Mais les violations commises par une partie ne donnent pas à l’autre le droit de viser des civils, de mener des attaques disproportionnées ou de détruire des biens civils sans nécessité militaire. Chaque attaque doit être appréciée séparément selon les règles applicables aux conflits armés.

Des milliers de morts et des dizaines de milliers de blessés

Le bilan humain constitue la principale réalité derrière les statistiques militaires publiées mercredi par Israël. Depuis octobre 2023, plusieurs milliers de personnes ont été tuées au Liban et des dizaines de milliers blessées. Les victimes comprennent des combattants, mais aussi des civils, parmi lesquels des femmes, des enfants, des personnels médicaux, des secouristes et des journalistes.

La première guerre ouverte de 2024 avait déjà laissé un bilan extrêmement lourd. À l’approche du cessez-le-feu du 27 novembre, les autorités libanaises comptabilisaient plus de 3 700 morts et plus de 15 000 blessés depuis octobre 2023. Ces chiffres ont continué à augmenter par la suite avec les attaques israéliennes menées après la cessation des hostilités puis avec les nouvelles phases de confrontation.

Les civils ont payé un prix important. Les Nations unies et des organisations de défense des droits humains ont documenté des frappes contre des habitations et des zones civiles ainsi que des attaques ayant tué des enfants, des personnels médicaux et des secouristes. Même après le cessez-le-feu de novembre 2024, des civils ont continué à être tués par des opérations israéliennes au Liban.

Des attaques susceptibles de constituer des crimes de guerre

Plusieurs opérations israéliennes ont fait l’objet d’enquêtes spécifiques de la part d’organisations internationales. Human Rights Watch et Amnesty International ont documenté des attaques contre des civils, des secouristes, des personnels médicaux, des journalistes et des biens civils. Certaines ont été qualifiées d’attaques apparemment illégales ou de possibles crimes de guerre.

Les services de secours ont été particulièrement touchés. Des ambulances, des centres médicaux et des équipes intervenant après des bombardements ont été frappés pendant le conflit. Des enquêtes ont conclu que certaines de ces attaques soulevaient de graves questions au regard des protections accordées aux personnels médicaux et aux secouristes par le droit international humanitaire.

Les journalistes ont également été visés ou tués dans plusieurs attaques. Le photojournaliste de Reuters Issam Abdallah avait été tué le 13 octobre 2023 par un tir israélien dans le sud du Liban, tandis que six autres journalistes avaient été blessés. En octobre 2024, une frappe israélienne sur un complexe accueillant des journalistes à Hasbaya avait tué trois professionnels des médias. Des enquêtes internationales ont contesté la justification militaire de plusieurs de ces attaques.

L’utilisation de phosphore blanc par Israël au Liban a elle aussi été documentée. Des munitions contenant cette substance ont été employées dans ou à proximité de zones habitées. Le phosphore blanc peut provoquer des brûlures profondes et son utilisation dans des secteurs peuplés expose les civils à des risques particulièrement élevés.

Toutes les frappes israéliennes ne peuvent pas être qualifiées globalement de crimes de guerre. Une telle qualification dépend des circonstances de chaque attaque et doit tenir compte de la cible, de la distinction entre civils et combattants, de la proportionnalité et des précautions prises. En revanche, plusieurs organisations internationales ont conclu que certaines opérations menées par Israël au Liban présentaient les caractéristiques d’attaques illégales ou d’apparents crimes de guerre.

Plus de 10 000 structures détruites ou gravement endommagées

Les destructions dans le Liban-Sud dépassent largement les seules installations militaires. Amnesty International a analysé les dommages causés dans les localités frontalières entre octobre 2024 et janvier 2025 et recensé plus de 10 000 structures fortement endommagées ou entièrement détruites. Il s’agissait notamment d’habitations, mais aussi de mosquées, de routes, de cimetières, de parcs et d’autres équipements civils.

Dans certaines municipalités étudiées, plus de 70 % des structures avaient été détruites. Une partie de ces destructions a été réalisée alors que les forces israéliennes contrôlaient déjà les secteurs concernés. Certaines ont même eu lieu après l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités du 27 novembre 2024.

Les organisations de défense des droits humains ont particulièrement examiné les destructions effectuées à l’explosif ou au bulldozer dans des zones où les combats immédiats avaient cessé. Lorsque des biens civils sont détruits sans nécessité militaire impérative, ces actes peuvent constituer des violations du droit international humanitaire et, selon les circonstances, des crimes de guerre.

Ces destructions expliquent aussi pourquoi le retour des habitants dans plusieurs villages du Sud a été difficile ou impossible pendant de longs mois. Pour de nombreuses familles, la fin des grandes opérations militaires n’a pas signifié un retour à la situation antérieure : logements détruits, terres agricoles endommagées, infrastructures inutilisables et présence militaire israélienne ont prolongé les conséquences de la guerre.

Une facture économique déjà évaluée en milliards de dollars

La guerre a également imposé au Liban un coût économique considérable. La Banque mondiale avait estimé à environ 14 milliards de dollars les conséquences économiques du conflit pour la seule période comprise entre octobre 2023 et décembre 2024. Cette estimation comprenait les dommages physiques ainsi que les pertes d’activité et de revenus provoquées par la guerre.

Les besoins de reconstruction et de relèvement avaient alors été évalués à environ 11 milliards de dollars. Ces chiffres précédaient les nouvelles destructions intervenues par la suite et ne représentent donc pas le coût total des trois années couvertes par le bilan publié mercredi par l’armée israélienne.

Le logement, l’agriculture, le commerce et les infrastructures ont figuré parmi les secteurs les plus touchés. Dans le Sud, les destructions ont frappé une économie locale déjà fragilisée par plusieurs années de crise nationale. Les déplacements de population ont également interrompu pendant de longs mois l’activité économique dans de nombreuses localités.

Israël avance aussi le chiffre de 20 000 tirs depuis le Liban

L’armée israélienne affirme de son côté avoir recensé 20 000 tirs depuis le Liban vers son territoire depuis octobre 2023. Ces attaques ont provoqué des morts parmi les civils et les militaires israéliens, entraîné des évacuations dans le nord d’Israël et causé des dégâts matériels. Des organisations internationales ont également documenté des tirs de roquettes non guidées du Hezbollah vers des zones habitées et rappelé qu’ils pouvaient violer le droit international humanitaire.

Ce bilan ne dispense toutefois pas Israël de ses propres obligations envers les civils libanais. Le droit de la guerre ne fonctionne pas selon un principe de réciprocité : une violation commise par un adversaire ne légalise pas une attaque contre des civils ou une opération disproportionnée. C’est précisément sur cette distinction que reposent les enquêtes ouvertes ou publiées sur plusieurs frappes israéliennes au Liban.

Le chiffre de 28 000 cibles au Liban et en Syrie revendiqué mercredi par l’armée israélienne constitue ainsi une statistique militaire, mais il résume aussi trois années qui ont profondément transformé le Liban. Derrière ce nombre se trouvent des milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés, des villages détruits, des déplacements massifs et des milliards de dollars de pertes. Il rappelle également qu’une offensive israélienne beaucoup plus vaste contre le Hezbollah avait été envisagée dès le 11 octobre 2023, bien avant que la confrontation ne bascule finalement dans la guerre ouverte de septembre 2024.


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