Le Premier ministre Nawaf Salam a affirmé mercredi 7 octobre 2026 que les décisions de guerre, de paix et de sécurité nationale ne pouvaient être prises en dehors des institutions constitutionnelles. S’exprimant à l’occasion du centenaire de la Constitution libanaise, il a rattaché ce principe à l’Accord de Taëf et à l’extension de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. Ses propos interviennent alors que la question du monopole des armes et de la décision militaire est devenue l’un des principaux dossiers politiques et institutionnels au Liban.
Le Premier ministre Nawaf Salam a réaffirmé mercredi que les décisions de guerre et de paix relevaient exclusivement de l’État libanais. Lors d’une cérémonie marquant le centenaire de la Constitution, il a estimé que la souveraineté restait incomplète lorsque des décisions concernant la guerre, la paix ou la sécurité nationale étaient prises en dehors des institutions constitutionnelles. Il a présenté cette question comme une condition essentielle à l’existence d’un véritable État, et non comme un dossier séparé des réformes politiques prévues depuis la fin de la guerre civile.
La déclaration intervient dans un contexte directement lié au débat sur les armes du Hezbollah. Depuis la guerre déclenchée à la frontière libano-israélienne après le 7 octobre 2023, la question de savoir qui peut décider d’engager le Liban dans une confrontation militaire occupe une place centrale dans la vie politique. Le gouvernement de Nawaf Salam a depuis inscrit le monopole des armes par l’État parmi ses priorités et affirmé à plusieurs reprises que les décisions militaires stratégiques devaient relever des institutions légales.
Salam lie Taëf à l’autorité exclusive de l’État
Nawaf Salam a fondé son argumentation sur l’Accord de Taëf, conclu en 1989 pour mettre fin à la guerre civile et réorganiser le fonctionnement institutionnel du pays. Selon lui, Taëf n’a pas séparé les réformes politiques de la restauration de l’autorité publique. Le texte a également prévu l’extension de cette autorité sur l’ensemble du territoire, la dissolution des milices et le retour de la force armée dans le cadre des institutions légales.
Pour le Premier ministre, ces principes constituent le socle sans lequel aucun État effectif ne peut fonctionner. Il a estimé que la souveraineté populaire perdait son sens lorsque plusieurs centres d’autorité existaient parallèlement aux institutions représentant la population. De la même manière, a-t-il poursuivi, l’État de droit ne peut fonctionner si la loi ne s’applique pas à tous selon les mêmes règles.
C’est dans ce cadre que Salam a abordé les décisions de guerre, de paix et de sécurité nationale. Son message ne portait donc pas seulement sur la possession d’armes en dehors des forces régulières. Il concernait aussi la capacité de décider de leur utilisation et, plus largement, la question de savoir quelle institution peut engager le pays dans un conflit.
Sans citer directement le Hezbollah dans ce passage, le Premier ministre a ainsi repris l’un des principes qui structurent l’action de son gouvernement depuis plusieurs mois. Celui-ci considère que l’État doit exercer seul l’autorité militaire et que la décision stratégique ne peut appartenir à une organisation indépendante des institutions constitutionnelles.
La guerre depuis 2023 a replacé la question au premier plan
Cette question a pris une dimension nouvelle au Liban après le 8 octobre 2023. Au lendemain de l’attaque du Hamas contre Israël, le Hezbollah avait ouvert depuis le Liban-Sud un front présenté comme un soutien à Gaza. Les échanges de tirs avec Israël se sont poursuivis pendant près d’un an avant de déboucher sur une confrontation beaucoup plus importante à partir de septembre 2024.
La guerre a alors provoqué de lourdes pertes humaines, des déplacements de population et des destructions dans plusieurs régions du pays, particulièrement au Liban-Sud, dans la Békaa et dans la banlieue sud de Beyrouth. Le Hezbollah a également perdu une partie importante de son commandement. Son secrétaire général Hassan Nasrallah a été tué le 27 septembre 2024 dans une frappe israélienne sur la banlieue sud.
L’entrée en vigueur d’une cessation des hostilités le 27 novembre 2024 n’a pas refermé le débat politique ouvert par cette séquence. Au contraire, la question de la décision de guerre et de paix est devenue indissociable de celle des armes du Hezbollah, du déploiement de l’armée libanaise et de l’application de la résolution 1701 dans le Sud.
C’est dans ce contexte que les propos de Salam prennent leur portée actuelle. En invoquant Taëf, le Premier ministre inscrit la question dans le fonctionnement institutionnel du Liban plutôt que dans le seul rapport de forces entre partis. Son argument consiste à considérer que l’autorité militaire exclusive de l’État faisait déjà partie des principes sur lesquels devait reposer la reconstruction institutionnelle après la guerre civile.
Le gouvernement a déjà engagé le dossier des armes
Les déclarations de mercredi prolongent des décisions déjà prises par le gouvernement. En 2026, le Conseil des ministres a réaffirmé à plusieurs reprises le principe du monopole des armes par l’État et confié à l’armée un rôle central dans sa mise en œuvre. Le dossier ne relève donc plus seulement des déclarations politiques des différentes forces libanaises : il fait désormais partie des décisions officielles de l’exécutif.
Le 2 mars 2026, le gouvernement avait franchi une étape supplémentaire après de nouveaux tirs revendiqués par le Hezbollah. Le Conseil des ministres avait réaffirmé que la décision de guerre et de paix appartenait exclusivement à l’État. Il avait également interdit les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah en dehors des institutions légales et demandé au mouvement de remettre ses armes à l’État.
Cette orientation s’accompagne toutefois d’un autre volet constamment mis en avant par les autorités libanaises : le retrait israélien des territoires libanais, la cessation des attaques contre le pays et le respect de la souveraineté libanaise. Salam a défendu ces exigences parallèlement au monopole des armes, considérant que l’État doit pouvoir exercer son autorité sans qu’Israël intervienne militairement sur le territoire libanais.
Le gouvernement présente donc les deux exigences comme relevant du même principe de souveraineté. Il revendique le contrôle des armes et des décisions militaires à l’intérieur du pays tout en rejetant les opérations israéliennes sur le territoire libanais et en demandant le retrait d’Israël des positions qu’il occupe encore.
Salam demande si Taëf a réellement été appliqué
Le Premier ministre a élargi son discours à l’ensemble de l’application de l’Accord de Taëf, sans faire de ce volet le centre de son intervention sur la souveraineté. Il a demandé si le Liban avait réellement appliqué l’accord ou s’il s’était limité aux dispositions qui avaient redistribué les pouvoirs entre les différentes composantes du système politique.
Salam a rappelé que la parité entre chrétiens et musulmans avait été consacrée, mais que le Sénat prévu par Taëf n’avait jamais été créé. Il a également relevé que l’abolition du confessionnalisme politique avait été déclarée objectif national sans qu’une trajectoire concrète soit établie pour y parvenir. La décentralisation administrative, autre réforme prévue depuis plusieurs décennies, reste elle aussi en attente.
Pour le chef du gouvernement, ces retards montrent que l’application de Taëf est demeurée partielle. Les dispositions relatives au partage du pouvoir ont été mises en œuvre, tandis que plusieurs réformes destinées à transformer le fonctionnement de l’État sont restées inachevées. Salam place dans cette même logique la restauration complète de l’autorité de l’État et le contrôle exclusif de la force légitime.
Le centenaire de la Constitution comme rappel institutionnel
Le cadre choisi pour cette intervention donne une portée supplémentaire au message. Nawaf Salam s’exprimait à l’occasion du centenaire de la Constitution libanaise, promulguée en 1926. Il a utilisé cet anniversaire pour revenir sur l’écart entre les principes inscrits dans les textes et leur application effective dans la vie institutionnelle.
Son intervention dépasse ainsi la seule question du Hezbollah, même si le dossier des armes donne aujourd’hui une résonance immédiate à ses propos. Salam pose plus largement la question de l’existence de centres de décision extérieurs aux institutions constitutionnelles, du respect uniforme de la loi et de la capacité de l’État à exercer son autorité sur l’ensemble du territoire.
La référence à Taëf permet également au Premier ministre de replacer le débat actuel dans un cadre antérieur aux affrontements déclenchés en octobre 2023. Le principe du contrôle de l’État sur les armes et de la dissolution des milices ne résulte pas uniquement de la dernière guerre avec Israël. Il appartient au dispositif politique élaboré à la fin de la guerre civile, même si son application et son interprétation ont fait l’objet de profondes divergences depuis 1989.
Les propos de mercredi interviennent toutefois à un moment où cette question n’est plus théorique. Le gouvernement a engagé le dossier du monopole des armes, tandis que l’armée est appelée à renforcer son autorité dans les zones où elle se déploie. En parallèle, le Liban continue de demander la fin des attaques israéliennes et le retrait d’Israël des positions encore occupées sur son territoire.
En affirmant que la souveraineté reste incomplète lorsque la guerre, la paix ou la sécurité nationale se décident hors des institutions, Nawaf Salam rattache donc directement l’un des principaux dossiers politiques de 2026 aux principes de Taëf. Reste désormais la question de leur mise en œuvre, alors que le monopole des armes, le déploiement de l’armée, les positions israéliennes et les réformes institutionnelles inachevées continuent de peser sur l’agenda de l’État.


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