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Katz assume au Liban la méthode appliquée à Gaza

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Israël ne cherche plus à envelopper sa stratégie au Liban d’un langage prudent. En quelques jours, les déclarations de ses responsables ont levé une partie du voile sur ce qui se joue au sud du Litani : destruction systématique des villages proches de la frontière, évacuation de masse des habitants, contrôle militaire durable du terrain et refus annoncé du retour pour une partie considérable des déplacés. La phrase la plus lourde est venue du ministre de la Défense, Israel Katz, lorsqu’il a promis de raser toutes les maisons des villages frontaliers selon le « modèle Rafah et Beit Hanoun ». À elle seule, cette référence rattache explicitement le Sud-Liban à la méthode appliquée à Gaza : vider, détruire, tenir.  

Pendant des semaines, le discours israélien sur le Liban pouvait encore être présenté comme celui d’une riposte destinée à faire reculer le Hezbollah. Ce registre demeure, mais il ne suffit plus à décrire la ligne suivie. Les mots employés par Katz, les décisions annoncées par Benyamin Netanyahou et les déclarations de Bezalel Smotrich dessinent une perspective plus large : le Sud-Liban n’est plus seulement un front, il devient un espace à reconfigurer. Dans cette zone, il ne s’agit plus seulement de frapper des positions, mais de modifier durablement la carte humaine et territoriale. À Beyrouth comme dans les villages du Sud, beaucoup y voient désormais une tentative de faire subir au Liban ce qui a été infligé à Gaza.  

Le changement n’est pas seulement rhétorique. Il s’appuie sur des faits déjà visibles. Plus d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis la reprise de la guerre ouverte début mars, et le bilan humain a dépassé 1.300 morts. Les ordres d’évacuation ont couvert la totalité de la zone au sud du Litani. Des ponts ont été frappés, des routes coupées, des villages vidés sous la pression des bombardements et de la progression terrestre. Dans le même temps, les Nations unies ont dénoncé des ordres de déplacement généralisés, tandis que des organisations de défense des droits humains ont averti que le déplacement forcé de civils et la destruction sans nécessité militaire clairement établie pouvaient constituer des crimes de guerre.  

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Katz met des mots précis sur une stratégie de destruction

C’est Israel Katz qui a donné à cette guerre son expression la plus brutale. Ses propos ne laissent presque plus de place à l’ambiguïté. Le ministre de la Défense a expliqué qu’Israël entendait établir une zone tampon jusqu’au Litani, maintenir son contrôle sur toute la zone située au sud du fleuve, détruire toutes les maisons des villages proches de la frontière et empêcher environ 600.000 déplacés libanais de revenir tant que la sécurité du nord d’Israël ne serait pas assurée. Autrement dit, il ne parle pas d’une opération de courte durée. Il parle d’un nouveau régime territorial pour le sud du Liban.  

Le poids de cette déclaration tient aussi au choix des mots. Lorsqu’un ministre de la Défense annonce à l’avance la destruction de maisons et le blocage du retour des habitants, il ne décrit plus les effets collatéraux d’une guerre. Il expose un objectif. Le village n’est plus seulement le lieu où se cacherait l’adversaire. Il devient lui-même un problème à effacer. Dans l’histoire récente des conflits menés par Israël, cette façon d’associer destruction du bâti, évacuation massive et contrôle durable du terrain renvoie immédiatement à Gaza. Katz l’a assumé lui-même en citant Rafah et Beit Hanoun, deux noms devenus, pour le monde arabe comme pour une partie de l’opinion internationale, les symboles d’une guerre qui pulvérise d’abord le cadre de vie avant de prétendre administrer le vide.  

Dans la région, cette référence a été entendue comme un aveu. Les comparaisons avec Gaza ne viennent plus seulement des critiques d’Israël. Elles viennent de la bouche d’un ministre qui présente le « modèle Gaza » comme une matrice opératoire. Cela donne aux événements du Sud-Liban une dimension nouvelle. La maison détruite n’est plus seulement une maison touchée dans l’échange des tirs. Elle devient un élément d’une méthode de guerre assumée. Le déplacement n’est plus seulement la fuite devant le danger. Il devient une condition recherchée. Et le non-retour n’est plus une crainte abstraite. Il est désormais formulé publiquement par l’un des principaux responsables politiques et militaires israéliens.  

Netanyahou valide l’élargissement, Smotrich pousse vers la frontière

Benyamin Netanyahou n’emploie pas toujours les mêmes formules que Katz, mais la direction est la même. Le Premier ministre a ordonné l’élargissement des opérations israéliennes dans le sud du Liban pour étendre la zone de sécurité et empêcher la reprise des tirs du Hezbollah. Dans la communication militaire israélienne, le Litani apparaît de plus en plus comme une borne stratégique. Ce fleuve, longtemps mentionné dans les scénarios de désescalade ou de mise à distance des armes, est désormais présenté comme une ligne de contrôle à partir de laquelle le nord d’Israël devrait être mis à l’abri. Ce n’est plus une hypothèse militaire parmi d’autres ; c’est une ligne de conduite.  

Plus à droite encore, Bezalel Smotrich a franchi un pas supplémentaire en affirmant que le Litani devait devenir la « nouvelle frontière israélienne ». La formule ne vaut pas décision juridique d’annexion. Mais elle compte politiquement, parce qu’elle montre qu’au sein du gouvernement israélien, le Sud-Liban est désormais envisagé par certains non comme une simple zone tampon, mais comme un espace dont la guerre pourrait modifier durablement le statut. Ce glissement n’est pas anodin. Dans les conflits contemporains, l’annexion de fait commence souvent avant les textes : elle passe par la destruction, le déplacement, la présence militaire prolongée et l’installation d’une réalité territoriale que la diplomatie peine ensuite à défaire.  

L’ensemble forme une séquence cohérente. Katz parle de destruction des maisons et de non-retour. Netanyahou ordonne l’extension de l’offensive. Smotrich pousse l’idée d’une nouvelle frontière. Mis bout à bout, ces éléments dessinent une stratégie qui ne ressemble plus seulement à une guerre contre le Hezbollah. Elle ressemble à une guerre de transformation du Sud-Liban, avec en arrière-plan le risque d’une annexion de fait à moyen terme. C’est ce qui explique pourquoi, à Beyrouth, nombre de responsables et d’habitants ne parlent plus seulement d’occupation, mais d’un projet visant à changer durablement le visage du sud du pays.  

Le Sud-Liban vidé comme Gaza l’a été

Ce qui frappe dans la séquence libanaise, c’est la ressemblance des procédés. À Gaza, la guerre a combiné ordres d’évacuation massifs, frappes sur l’habitat, destruction d’infrastructures, coupures des routes, déplacements répétés et difficulté croissante à revenir dans les zones ravagées. Au Liban, cette grammaire se recompose rapidement. Les ordres de déplacement ont couvert l’ensemble de la zone au sud du Litani. Les ponts ont été touchés. Des villages ont été abandonnés. Les habitants ont été poussés vers le nord, dans un pays déjà incapable d’absorber un nouvel exode de cette ampleur sans tension ni effondrement supplémentaire.  

Les autorités israéliennes soutiennent que cette stratégie répond à la menace des armes du Hezbollah et à l’usage supposé des villages du Sud comme bases, caches ou points de tir. Cet argument accompagne presque toutes les guerres menées dans des zones habitées. Mais l’ampleur des mesures annoncées change la nature du débat. Lorsqu’une armée promet à l’avance de détruire toutes les maisons d’une série de villages et d’empêcher le retour de centaines de milliers d’habitants, la question ne porte plus seulement sur la localisation d’armes ou de combattants. Elle porte sur le territoire lui-même, sur son habitabilité future et sur le droit des populations à y revenir.  

Cette logique de vidage territorial n’épargne pas les localités qui pouvaient croire à une forme de distinction. L’évacuation ou la mise sous pression de villages chrétiens du Sud a renforcé, au Liban, le sentiment que la stratégie israélienne ne vise pas seulement un environnement social identifié au Hezbollah, mais l’ensemble d’une bande géographique. Cela rejoint la perception d’une « gazaïsation » du conflit : non plus seulement frapper un acteur armé, mais traiter une région entière comme un espace à purger, quadriller et remodeler.  

Le déplacement temporaire devient un non-retour annoncé

L’un des traits les plus marquants de cette guerre est la manière dont le déplacement change de sens. Dans toute guerre, l’évacuation est officiellement justifiée par la protection des civils. Ceux-ci sont supposés partir pour survivre puis revenir lorsque le danger s’éloigne. Le problème, ici, est que ce retour est déjà remis en cause par les dirigeants israéliens eux-mêmes. Lorsque Katz annonce que 600.000 déplacés libanais ne seront pas autorisés à revenir au sud du Litani, il transforme une mesure présentée comme provisoire en politique de non-retour.  

Cette perspective change tout pour les familles du Sud-Liban. Partir ne signifie plus seulement attendre la fin des combats chez des proches ou dans des abris. Partir signifie entrer dans l’incertitude sur la survie du village, de la maison, de la terre et de la communauté elle-même. Dans un pays déjà traversé par des exodes anciens, des destructions répétées et une crise sociale majeure, cette menace a un poids immense. Elle rappelle qu’un déplacement n’est jamais purement humanitaire lorsqu’il est accompagné par la destruction méthodique du lieu quitté et par l’annonce d’un retour empêché.  

C’est sur ce point que les avertissements internationaux se sont durcis. Le bureau des droits de l’homme des Nations unies a dénoncé des ordres israéliens de déplacement couvrant la totalité de la zone au sud du Litani et souligné qu’ils apportaient davantage de misère à une population déjà épuisée. Des experts indépendants des Nations unies ont averti que lorsque des civils sont bombardés, que leurs maisons sont détruites, que leurs communautés sont brisées et que leur retour devient impossible, le déplacement forcé peut relever du crime de guerre et du crime contre l’humanité. Human Rights Watch a également estimé que le déplacement de civils au Liban dans ces conditions pouvait constituer un crime de guerre.  

Hôpitaux, secouristes, routes : la guerre s’étend au tissu civil

Le parallèle avec Gaza se renforce encore lorsqu’on regarde ce qui arrive aux structures civiles. Au Liban-Sud, les attaques contre le secteur de la santé se sont multipliées. L’Organisation mondiale de la santé a indiqué que neuf secouristes avaient été tués et sept autres blessés dans cinq attaques distinctes contre des structures ou des équipes de santé. Quatre hôpitaux et cinquante et un centres de soins primaires ont fermé, pendant que d’autres fonctionnaient au ralenti. Ce type d’atteinte ne se limite jamais à la perte immédiate. Il affaiblit durablement la capacité d’un territoire à survivre à la guerre.  

Les routes et les ponts ont, eux aussi, été intégrés à cette stratégie. Les frappes sur les ponts du Litani et les infrastructures du Sud ne servent pas seulement à entraver les mouvements du Hezbollah. Elles contribuent à isoler la région, à compliquer l’acheminement de l’aide et à rendre le retour plus difficile. À Gaza, ce type de destruction a participé à la transformation de quartiers entiers en espaces coupés, déplacés, fragmentés. Au Sud-Liban, la répétition du même schéma nourrit l’idée que le territoire n’est plus seulement un champ d’affrontement, mais un espace que l’on rend progressivement inhabitable ou presque.  

Le bureau des droits de l’homme de l’ONU a d’ailleurs estimé que certaines frappes israéliennes au Liban pouvaient constituer des crimes de guerre, notamment en raison d’attaques contre des immeubles résidentiels, des personnes déplacées et des structures de santé. Le choix de ces termes est lourd. Il ne s’agit pas encore d’un jugement, mais d’une alerte officielle forte. Et cette alerte rejoint précisément les critiques formulées depuis des mois à propos de Gaza : une guerre qui ne détruit pas seulement des capacités militaires, mais frappe les conditions mêmes de la vie civile.  

Ce qui se joue au Liban dépasse la seule guerre contre le Hezbollah

Il y a, dans la séquence actuelle, quelque chose qui dépasse le cadre classique d’une confrontation entre Israël et le Hezbollah. Les destructions annoncées, les déplacements imposés et les propos sur la frontière montrent qu’un autre objectif s’installe : produire une nouvelle réalité au Sud-Liban. Le fleuve Litani n’est plus seulement une ligne évoquée dans les résolutions et les plans militaires. Il devient le repère autour duquel se dessine un nouveau rapport de force territorial, où l’absence des habitants compterait autant que la présence des soldats.  

Dans le passé, Israël a déjà occupé le Sud-Liban sous couvert d’une zone de sécurité et avec l’appui de l’Armée du Liban Sud. Aujourd’hui, la stratégie apparaît plus directe, plus nue. Il n’existe plus de façade locale crédible comparable. Il reste donc soit une occupation ouverte, soit un territoire tellement vidé et dévasté qu’il devient contrôlable par la seule force. C’est là que la comparaison avec Gaza atteint sa pleine portée : non pas dans une identité parfaite des deux conflits, mais dans l’idée qu’un espace peut être dominé par la destruction de ses conditions d’existence normales.  

Pour le Liban, l’enjeu est immense. À court terme, il s’agit de survivre à la guerre. À moyen terme, il s’agit de savoir si le Sud sera encore un territoire de villages vivants, ou une bande de ruines et de barrages, interdite à ceux qui l’habitaient. Les déclarations de Katz ont au moins ce mérite brutal : elles ont mis des mots clairs sur une stratégie que beaucoup percevaient déjà sur le terrain. Israël ne se cache plus vraiment de vouloir appliquer au Liban une méthode déjà utilisée à Gaza. Et c’est précisément pour cela que le débat, désormais, ne porte plus seulement sur l’intensité de la guerre, mais sur ce qu’elle prépare pour l’après.  

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