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La Banque du Liban encadre les portefeuilles électroniques, mais reste incapable de structurer une politique monétaire numérique cohérente

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Un encadrement minimaliste des fournisseurs de monnaie électronique, sans architecture institutionnelle stable

En mars 2025, la Banque du Liban (BDL) a publié une nouvelle circulaire précisant les conditions de fonctionnement des fournisseurs de portefeuilles électroniques opérant au Liban. Cette décision vise à formaliser un secteur en pleine croissance mais totalement dérégulé, alors que l’usage de la monnaie électronique s’est fortement répandu depuis 2021, dans un contexte de défiance envers les banques et de dollarisation généralisée.

La circulaire prévoit une obligation d’enregistrement des plateformes, la tenue de comptes séparés chez des banques agréées, la limitation du solde individuel à 5 000 USD et l’interdiction des opérations anonymes. Les entreprises opérant dans ce domaine devront également transmettre des rapports mensuels à la BDL, détaillant les volumes, les types d’opérations, et les coordonnées des détenteurs de comptes.

Une régulation tardive et largement incomplète

Si ce texte est présenté comme une avancée réglementaire, il intervient près de cinq ans après le développement massif de ces solutions, qui ont prospéré dans un vide juridique total. Plusieurs sociétés locales et régionales (y compris des opérateurs liés à des réseaux de transferts de fonds) ont créé leurs propres plateformes, sans licence ni supervision réelle. En l’absence de contrôle, ces instruments sont devenus un canal majeur de contournement du système bancaire formel.

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Le plafond de 5 000 USD est jugé symbolique par les opérateurs : aucun mécanisme de contrôle automatisé ni outil de vérification inter-plateformes n’existe à ce jour. De nombreux utilisateurs disposent de plusieurs comptes, parfois au nom de proches, rendant le plafonnement inefficace.

Tableau – Typologie des portefeuilles électroniques actifs au Liban (estimation 2025)

Type d’acteurNombre estiméStatut de régulationPart de marché estimée
Fournisseurs locaux privés9Non agréés jusqu’à 202555 %
Plateformes régionales3Partiellement déclarés25 %
Sociétés liées à des banques4Sous contrôle BDL20 %

Dollarisation totale et absence de stratégie monétaire

L’écrasante majorité des portefeuilles électroniques libanais sont indexés en dollars « cash » ou en « USD digitalisés », sans passer par le système bancaire. Cette pratique, née de la perte de confiance envers les banques et la BDL, a conduit à une monnaie parallèle non émise par l’État, mais utilisée à grande échelle dans les transactions de détail.

La Banque du Liban ne contrôle plus ni l’offre monétaire, ni la vitesse de circulation, ni les flux transfrontaliers liés à ces outils. En réalité, le marché a précédé l’institution, et la BDL tente maintenant de rattraper une dynamique qu’elle ne maîtrise pas.

Un outil d’exclusion déguisée

En théorie, les portefeuilles électroniques peuvent favoriser l’inclusion financière. Mais dans le cas libanais, l’usage est fortement concentré dans les milieux urbains, connectés et disposant de revenus en dollars. Les zones rurales, les personnes âgées, les travailleurs informels ou non bancarisés restent largement exclus de ces outils.

Les entreprises technologiques n’ont aucune incitation à desservir ces segments, et l’État ne propose aucun programme de subvention ou d’alphabétisation numérique. La fragmentation du secteur crée une économie digitale à deux vitesses, aggravant la ségrégation sociale déjà accentuée par la crise bancaire.

Une Banque centrale institutionnellement paralysée

La régulation des portefeuilles électroniques intervient alors que la Banque du Liban est sans gouverneur permanent, que son conseil central est incomplet, et que ses audits sont bloqués depuis 2021. Dans ce vide institutionnel, toute tentative de supervision paraît fragile et réversible.

En l’absence d’une stratégie nationale de digitalisation monétaire, le Liban reste un des rares pays où la croissance des paiements numériques échappe entièrement à l’État, tandis que les risques de blanchiment, de fraude ou de financiarisation illicite restent sans réponse.

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Newsdesk Libnanews
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