olluDepuis plusieurs années, le Liban traverse une crise environnementale sans précédent, amplifiée par des décennies de mauvaise gestion, de corruption et de négligence. Les enjeux environnementaux du pays sont multiples et exacerbés par une situation politique et économique fragile, avec des répercussions significatives pour la santé publique et la biodiversité. Selon l’expert en environnement Ali Darwish, « le Liban se retrouve dans une situation où les questions environnementales sont souvent reléguées au second plan, malgré leurs impacts directs sur le bien-être de la population et l’économie nationale. »
Les grands défis environnementaux
- Pollution de l’air
La pollution atmosphérique est l’un des problèmes environnementaux les plus graves au Liban. Beyrouth et d’autres grandes villes du pays enregistrent des niveaux de particules fines PM2.5 et PM10 qui dépassent largement les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette pollution, en grande partie due au trafic routier intense, aux émissions industrielles et à l’utilisation répandue de générateurs privés en raison des coupures d’électricité, contribue aux maladies respiratoires et cardiovasculaires.« La pollution de l’air au Liban est l’une des plus graves de la région, avec des conséquences directes sur les maladies respiratoires et cardiovasculaires », explique le professeur Nadia Ammar de l’Université américaine de Beyrouth. En raison de l’absence de régulation stricte et de la crise économique qui limite les investissements dans des énergies propres, ce problème reste difficile à résoudre. - Gestion des déchets
La gestion des déchets au Liban a pris des proportions alarmantes, en particulier depuis la crise des déchets de 2015, qui a vu des montagnes d’ordures s’accumuler dans les rues de Beyrouth en raison de l’incapacité des autorités à trouver une solution pérenne. Les décharges à ciel ouvert sont encore courantes et polluent les sols et les nappes phréatiques, avec des conséquences sanitaires et environnementales graves.Un rapport de Human Rights Watch publié en 2021 souligne que « le gouvernement libanais a échoué à mettre en place une politique de gestion des déchets viable, exposant ainsi la population à des dangers sanitaires graves ». Les tentatives de privatisation de la gestion des déchets ont par ailleurs abouti à des contrats opaques, aggravant les problèmes de gouvernance et de transparence. - Dégradation des ressources naturelles
La déforestation et la surexploitation des ressources naturelles constituent d’autres défis environnementaux majeurs pour le Liban. Chaque année, des hectares de forêts sont détruits par des incendies, souvent provoqués par la sécheresse, les changements climatiques, mais aussi par des pratiques humaines négligentes ou délibérées. Par ailleurs, les ressources en eau du pays sont gravement affectées par la pollution industrielle, les déchets et des pratiques agricoles non durables.Pour l’ingénieur environnemental Marc Abi Khalil, « le manque de régulation dans la gestion des forêts et des ressources en eau a conduit à une érosion accélérée des terres et à une pollution des ressources hydriques, compromettant l’avenir écologique du Liban ». - Risques de désastres naturels
Le Liban est également particulièrement vulnérable aux désastres naturels comme les incendies de forêt et les inondations. Les incendies de forêt ont récemment détruit de grandes portions de végétation, menaçant la biodiversité locale. En période de fortes pluies, les inondations sont fréquentes et sont exacerbées par un manque d’infrastructures de drainage adéquates.Un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) note que « la fragilité de l’environnement libanais face aux catastrophes naturelles est due à un manque de préparation et d’infrastructures de prévention ». La préparation aux catastrophes demeure insuffisante, en partie en raison des priorités budgétaires axées sur des domaines plus immédiats comme la sécurité nationale.
Conséquences en matière de santé : une crise sanitaire latente
La crise environnementale au Liban ne se limite pas à une simple dégradation de l’écosystème ; elle a des répercussions graves sur la santé publique. La pollution de l’air, la gestion défaillante des déchets, la contamination de l’eau et la présence de substances toxiques augmentent le risque de maladies graves, parmi lesquelles les cancers, les maladies respiratoires et cardiovasculaires. Ces affections, qui prennent une ampleur alarmante, représentent un poids de plus en plus lourd pour le système de santé libanais, déjà en crise.
- Pollution de l’air et maladies respiratoires
La qualité de l’air au Liban, particulièrement à Beyrouth et dans les zones industrielles, se détériore depuis plusieurs années. La forte concentration de particules fines (PM2.5 et PM10), de dioxyde de soufre (SO₂), et de dioxyde d’azote (NO₂), issus du trafic automobile, des générateurs privés et des industries, entraîne des effets néfastes pour la santé respiratoire. Selon une étude menée par l’Université américaine de Beyrouth (AUB), la pollution de l’air au Liban est responsable de milliers de cas de maladies respiratoires chroniques chaque année. Les jeunes enfants et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables, avec des cas croissants de bronchites chroniques, d’asthme et de maladies pulmonaires obstructives. - Hausse des cas de cancer liés à la pollution environnementale
L’exposition à des substances cancérogènes dans l’air, l’eau et les sols a entraîné une augmentation alarmante des cas de cancer au Liban. Les dioxines, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et d’autres composés toxiques présents dans l’air et l’eau sont associés à des risques accrus de cancer. En particulier, la pollution industrielle et l’incinération de déchets à ciel ouvert exposent les populations locales à des agents cancérigènes connus.« La corrélation entre la hausse des cancers et la dégradation de l’environnement est bien documentée. Il est impératif que des mesures soient prises pour réduire l’exposition aux substances toxiques, sans quoi cette crise sanitaire continuera de s’intensifier », avertit le Dr Antoine Saliba, oncologue et expert en santé publique.
L’impact de la crise économique et politique sur l’environnement
La crise économique a profondément affecté les capacités d’investissement du Liban dans des infrastructures écologiques et des programmes de protection de l’environnement. En raison des difficultés budgétaires, le financement de projets environnementaux est presque inexistant, et les autorités manquent de moyens pour faire respecter les réglementations existantes.
La corruption, qui gangrène le système politique et économique du pays, joue également un rôle important dans la crise environnementale. De nombreux contrats liés à la gestion des ressources naturelles ou des infrastructures écologiques sont attribués sur des critères d’intérêt personnel ou de favoritisme politique, ce qui limite l’efficacité des initiatives. Comme le souligne Hadi Salameh, activiste écologique, « la crise environnementale au Liban est avant tout une crise de gouvernance, où les intérêts privés prennent le dessus sur le bien public ».
Initiatives locales et solutions potentielles
Malgré ces défis, plusieurs initiatives locales tentent de pallier les insuffisances du système en matière de gestion environnementale. Des associations et ONG locales, telles que l’Association pour la Protection de l’Environnement (APE), promeuvent le recyclage, sensibilisent le public à la protection des ressources naturelles et organisent des campagnes de nettoyage.
L’une des solutions souvent évoquées est la mise en place de partenariats entre le gouvernement libanais, les entreprises privées et les organisations internationales. Ces collaborations pourraient faciliter la transition vers des énergies renouvelables, améliorer la gestion des déchets et protéger les ressources naturelles. Le programme « Green Lebanon », lancé par le ministère de l’Environnement, vise à promouvoir l’énergie solaire et à réduire la dépendance aux générateurs.
Conclusion : Vers un développement durable ?
Le Liban est confronté à des défis environnementaux de grande ampleur qui menacent non seulement l’équilibre écologique du pays, mais également la santé de ses citoyens et la viabilité de son économie. Si des mesures concrètes ne sont pas mises en œuvre rapidement, ces problèmes risquent de s’aggraver, surtout face à l’accélération des changements climatiques. La communauté internationale et les Libanais eux-mêmes peuvent jouer un rôle clé dans cette transformation vers un avenir plus durable.
Les initiatives locales et les collaborations internationales offrent une lueur d’espoir pour surmonter cette crise, mais il est essentiel que la gestion de l’environnement devienne une priorité nationale. Comme le conclut l’expert Ali Darwish, « le Liban doit repenser ses priorités en matière de développement pour garantir un avenir sain et durable à ses citoyens ».
Références
- Ali Darwish, entretien avec le journal Al-Akhbar, janvier 2023.
- Organisation mondiale de la santé, Rapport sur la pollution de l’air, 2022.
- Nadia Ammar, « La pollution atmosphérique au Liban : un problème de santé publique », Université américaine de Beyrouth, 2021.
- Observatoire de la crise des déchets au Liban, « Crise des déchets 2015 », 2021.
- Human Rights Watch, « Gestion des déchets au Liban », rapport de 2021.
- Marc Abi Khalil, entretien sur la chaîne LBCI, février 2022.
- Étude sur les inondations au Liban, Ministère de l’Environnement, 2022.
- FAO, « Étude sur la vulnérabilité environnementale au Liban », 2023.
- Étude de l’Université américaine de Beyrouth, 2022.
- Dr Antoine Saliba, entretien avec le journal Al-Nahar, 2023.
- APE, « Projets de recyclage et sensibilisation au Liban », 2022.
- Ali Darwish, discours à la conférence sur le développement durable, 2023.



