Un ultimatum économique lancé par le FMI
Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment adressé un avertissement sévère aux autorités libanaises, soulignant l’urgence de mettre en œuvre des réformes économiques et financières concrètes pour éviter un effondrement total du pays. Lors d’une conférence de presse tenue à Washington, un représentant du FMI a déclaré que le Liban n’avait plus beaucoup de marge de manœuvre et que tout retard supplémentaire dans les réformes pourrait être fatal.
Selon Nahar Int’l (12 février 2025), le FMI a exprimé sa frustration face au manque d’engagement des autorités libanaises, pointant du doigt l’incapacité du gouvernement à avancer sur la restructuration du secteur bancaire, la mise en place de mesures anti-corruption et l’unification des taux de change. En l’absence d’actions concrètes, aucun financement international ne sera accordé, laissant le pays dans un isolement économique de plus en plus inquiétant.
Les réformes exigées par le FMI : un chemin semé d’embûches
Le FMI a détaillé une série de réformes incontournables pour débloquer une aide financière au Liban, insistant sur le fait que les demi-mesures et les retards ne seront plus tolérés. Parmi les principales conditions imposées, trois axes majeurs se dégagent : la restructuration du secteur bancaire, la réforme de la gouvernance économique et l’unification des taux de change.
Le premier point, la restructuration des banques, est le dossier le plus sensible. Le FMI exige un audit complet de la Banque du Liban pour établir les responsabilités dans la perte des réserves monétaires et impose une réduction du nombre de banques commerciales, afin de ne conserver que celles jugées viables. Selon Al Joumhouriyat (12 février 2025), cette réforme est farouchement combattue par les élites bancaires, qui craignent que l’audit ne révèle des pratiques frauduleuses et ne les expose à des poursuites judiciaires.
La deuxième exigence concerne la réforme de la gouvernance économique. Le FMI demande une transparence totale sur les finances publiques, y compris la gestion des subventions et des prêts internationaux. Cela inclut la mise en place d’une loi anticorruption efficace, avec des sanctions contre les responsables politiques impliqués dans des détournements de fonds. Selon Al Akhbar (12 février 2025), plusieurs partis politiques bloquent ce processus, craignant que de telles réformes ne réduisent leur influence sur les circuits économiques du pays.
Enfin, l’unification des taux de change est une autre priorité du FMI. Actuellement, plusieurs taux de change coexistent au Liban, favorisant les spéculations financières et l’évasion monétaire. Le FMI demande une transition vers un taux unique officiel, ce qui éviterait les pratiques d’enrichissement illégales de certains acteurs bénéficiant de taux préférentiels. Cependant, cette mesure entraînerait une dévaluation supplémentaire de la livre libanaise, impactant encore plus le pouvoir d’achat des citoyens.
Réactions des autorités libanaises : entre hésitations et blocages politiques
Face aux exigences du FMI, les réactions des autorités libanaises sont partagées entre adhésion contrainte et résistance féroce. Le Premier ministre Nawaf Salam, qui a fait de la stabilisation économique une priorité de son mandat, s’est dit favorable à la mise en place des réformes, tout en appelant à une approche progressive pour éviter un choc trop brutal sur l’économie locale. Selon Al Sharq Al Awsat (12 février 2025), Salam a tenté de convaincre le Parlement d’accélérer l’adoption des lois nécessaires, mais s’est heurté à une forte opposition des blocs politiques traditionnels, notamment ceux affiliés au Hezbollah et au mouvement Amal.
Le ministre des Finances a reconnu que des réformes étaient inévitables, mais il a aussi exprimé des doutes sur la faisabilité des demandes du FMI dans un pays où les institutions sont paralysées par des conflits d’intérêts et une corruption généralisée. Selon Nida’ Al Watan (12 février 2025), il a déclaré :
« Nous sommes conscients de l’urgence économique, mais imposer des réformes sous la pression extérieure sans consensus interne pourrait aggraver l’instabilité politique et sociale. »
De leur côté, les députés du bloc pro-Hezbollah ont catégoriquement rejeté plusieurs conditions du FMI, dénonçant une tentative de mise sous tutelle du Liban par les puissances occidentales. Ils considèrent notamment que la restructuration bancaire et l’unification du taux de change risquent de pénaliser les classes populaires et de favoriser une mainmise étrangère sur l’économie libanaise.
En revanche, certains députés indépendants et les Forces libanaises de Samir Geagea soutiennent une application rapide des réformes, considérant que le refus du plan du FMI ne ferait qu’aggraver la crise actuelle. Selon Al Bina’ (12 février 2025), ils estiment que la réforme bancaire est essentielle pour rétablir la confiance des investisseurs et éviter un effondrement total du système financier.
Les conséquences possibles d’un refus des réformes du FMI
Si le Liban refuse d’adopter les réformes demandées par le Fonds monétaire international, les conséquences économiques et politiques pourraient être désastreuses. L’absence d’un accord avec le FMI signifierait la fin des espoirs de financement international, privant le pays des milliards de dollars nécessaires à sa stabilisation. Sans cette aide, les réserves en devises étrangères continueront de fondre, aggravant encore l’effondrement de la livre libanaise et plongeant le pays dans une crise économique encore plus profonde.
Selon Al Akhbar (12 février 2025), le scénario le plus probable en cas d’échec des négociations avec le FMI serait une hyperinflation incontrôlée, poussant encore plus de Libanais dans la pauvreté extrême. Actuellement, plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et une nouvelle dévaluation de la monnaie risquerait d’exacerber les tensions sociales et d’entraîner un effondrement des institutions publiques.
L’absence de réformes affaiblirait également la confiance des investisseurs étrangers, qui hésitent déjà à injecter des capitaux dans un pays politiquement instable et financièrement paralysé. Selon Nahar Int’l (12 février 2025), les banques internationales et les institutions financières sont de plus en plus réticentes à traiter avec le Liban, par crainte de pertes irrécupérables et de nouvelles restrictions bancaires.
Politiquement, le rejet des réformes risquerait d’intensifier la pression internationale sur le Liban, avec la possibilité de sanctions ciblées contre certains responsables politiques et financiers accusés de corruption. Selon Al Joumhouriyat (12 février 2025), plusieurs pays occidentaux, notamment les États-Unis et la France, envisageraient de restreindre encore davantage l’accès des élites libanaises aux financements étrangers, afin de les forcer à accepter un compromis avec le FMI.
Enfin, un échec des réformes pourrait provoquer une crise politique majeure, conduisant à une instabilité accrue et éventuellement à la chute du gouvernement Nawaf Salam. En l’absence de mesures concrètes, la rue pourrait se mobiliser massivement contre les dirigeants, entraînant une reprise des manifestations et des grèves générales.
Les scénarios d’avenir pour la relation entre le Liban et le FMI
L’avenir de la relation entre le Liban et le Fonds monétaire international dépendra des décisions politiques prises dans les semaines à venir. Plusieurs scénarios sont envisageables, chacun ayant des implications économiques et sociales différentes.
Le premier scénario serait une adoption partielle des réformes, permettant au gouvernement de négocier un accord minimal avec le FMI. Cela éviterait l’effondrement total du système financier, mais sans pour autant résoudre la crise de fond. Ce compromis pourrait inclure une restructuration limitée du secteur bancaire, sans aller jusqu’à un audit complet de la Banque du Liban, ce qui satisferait partiellement les exigences des élites financières tout en permettant au FMI de débloquer une aide limitée.
Un deuxième scénario, plus pessimiste, serait celui d’un rejet définitif des réformes, qui pousserait le Liban vers une crise prolongée et une dépendance accrue aux financements alternatifs. Dans cette hypothèse, le pays pourrait se tourner vers d’autres sources de financement, notamment la Chine, la Russie ou l’Iran, ce qui modifierait considérablement l’équilibre diplomatique du Liban et risquerait d’accentuer son isolement des institutions occidentales.
Un troisième scénario, plus radical, serait une intervention extérieure plus forte, sous forme de sanctions contre les élites financières et politiques responsables du blocage des réformes. Selon Al Sharq Al Awsat (12 février 2025), certaines puissances occidentales, notamment les États-Unis et l’Union européenne, envisagent des sanctions économiques ciblées, comme le gel des avoirs de certains hauts responsables libanais. Une telle pression pourrait forcer la classe politique à revoir sa position, mais au prix d’une montée des tensions internes et d’un risque d’instabilité accrue.
Enfin, un dernier scénario, bien que moins probable, serait celui d’une restructuration profonde sous pression populaire. Si les manifestations reprennent avec une intensité comparable à celles de 2019, le gouvernement pourrait être contraint de s’engager dans des réformes plus audacieuses, en contournant les blocages parlementaires. Cependant, ce scénario nécessiterait un soutien international massif et une forte pression de la société civile pour être réalisable.



