L’ambivalence du politique et du culturel, c’est le nouvel ouvrage de l’essayiste et écrivain Bahjat Rizk, à paraître aux éditions Erick Bonnier à Paris, le 18 novembre 2025 et dédié « A toutes les victimes des conflits culturels à travers l’histoire ».
Chevalier dans l’Ordre Français des Arts et des Lettres, Bahjat Rizk a été attaché culturel de la délégation libanaise auprès de l’Unesco depuis 1990, après avoir été avocat à la cour et professeur universitaire.
Témoin direct de la guerre civile libanaise et acteur au sein de l’Unesco pendant trente-cinq ans de vie professionnelle et toute une carrière à observer et analyser les enjeux culturels et politiques, Bahjat Rizk incarne une double légitimité rare. Il est aussi l’auteur de l’identité pluriculturelle libanaise (2001) et de Monologues intérieurs (2012).
De l’expérience vécue et de l’analyse intellectuelle, Bahjat Rizk nous livre un témoignage unique à et nous rappelle « l’urgence de repenser la question des identités collectives en proposant un cadre concret de négociation et de rationalité pour prévenir les conflits ».
Dans cet ouvrage, il suggère « des pistes et des éclairages sans prétendre apporter des solutions définitives, le sujet étant lui-même ambivalent, à l’image de l’homme qui se construit et se déconstruit dans une course contre la montre et une tentative désespérée et vaine, d’échapper à son destin et sa finitude. Nous sommes à la fois en quête de liberté absolue, de renouvellement et de transmission et soumis de par notre condition, à une fatalité existentielle »
Dès les premières pages, le ton est bien rythmé et les pensées s’enchaînent à travers des mots clés, tels que : institutionnel, intellectuel, politique, culturel, identité, rationnel, irrationnel, multiculturel, conflit, guerre civile, nation, utopie, réflexion, etc.
Dans son avant-propos, l’essayiste nous dit que « Les conflits culturels entre les hommes ne cessent jamais, mais se transmettent et se reproduisent à l’infini », que « Tous les conflits humains sont à la base des conflits culturels […] Et pourtant nous n’avons toujours pas une définition unanime du concept de culture car il touche à la fois la philosophie et la politique ‘autrement dit l’idéologie), l’ouverture sur l’universel et le risque de conflits […] Il va falloir trouver une définition rationnelle et remettre un cadre de négociation préalable pour prévenir les conflits et tenter de les résoudre avant qu’ils adviennent ».
Deux citations ont marqué le début de ma lecture de cet essai incontournable :
« J’ai commencé ma vie avec une guerre civile. Je ne voudrais pas la finir avec une autre ».
Bahjat Rizk, partage avec nous cette amertume d’un pays déchiré par la guerre. De son vécu de la guerre civile libanaise (13 avril 1975) alors qu’il avait 14 ans, nous avons en commun avec lui, presque tous, ces blessures et séquelles d’un conflit amère de guerre fratricide. Ce qui rend l’ouvrage, à mes yeux, comme une sorte de confession réfléchie cherchant réponse sur le pourquoi et le comment d’un tel vécu à travers les conflits culturels.
« Je suis en colère, une colère refoulée, tapie en moi et qui me ronge depuis longtemps. Une grande colère doublée d’une immense tristesse. »
Oui, Bahjat Rizk est en colère ! Mais à travers la lecture de son ouvrage, l’auteur nous fait passer une colère noble, saine, nécessaire et affranchie.
C’est une colère qui apaise le lecteur pour qu’au fond de nous paraisse enfin la lumière. « On ne triomphe de rien sans elle, si elle ne remplit l’âme, si elle n’échauffe le cœur, elle doit donc nous servir, non comme chef, mais comme soldat », disait Aristote.
Ainsi, au fil de ma lecture, la pensée de ce fils du « pays message » devient une « plume message » qui nous livre une réflexion inédite sur le rapport entre culture et politique, sur les fractures identitaires […] et sur le rôle ambigu d’une institution comme l’Unesco, censée œuvrer pour des solutions concrètes aux conflits culturels.
Dans la problématique qu’il essaye d’évoquer dans son ouvrage, il semble à l’auteur qu’il est important de faire une réflexion autour du rôle de l’Unesco à agir sur le réel tout en précisant que « mon témoignage ne vise nullement à critiquer ou à dénoncer mais éventuellement à réformer s’il y a possibilité e le faire ».
Il s’interroge sur la dimension intellectuelle qui manque aujourd’hui dramatiquement à l’Unesco : « Pourquoi les intellectuels ont-ils désertés l’Unesco et n’était-ce pas la première vocation de l’Organisation, celle qui rendait si singulière dans le système des Nations Unies ? ».
L’ouvrage se compose de deux volets complémentaires :
- La première partie est sur L’ambivalence du politique et du culturel, qui retrace trente-cinq années d’observation de l’UNESCO, entre idéaux et désillusions. C’est autour de quatre chapitres que l’auteur développe sa pensée :
- la remise en question de l’universalisme, fondements de l’Unesco
- la nécessité d’une grille paramétrique de l’identité
- Nation et identité
- L’Unesco doit retrouver sa vocation
L’auteur conclut cette première partie tout en restant « conscient qu’il n’y a pas de solution miracle aux conflits culturels car c’est une donnée structurante de nos sociétés humaines. Pour cela, il était utile de revenir au père de l’histoire pour tenter de remettre un cadre rationnel à ces conflits répétés et interminables et essayer de les prévenir en les textualisant ».
Il se demande s’il ne serait pas « utile en étudiant le fonctionnement des sociétés de pouvoir prévenir les conflits plutôt que de les nier ou de les instrumentaliser et adopter une définition commune et composée de l’identité, sur laquelle viendra s’ajouter la volonté du vivre ensemble ».
- La deuxième partie de l’ouvrage concerne Les paramètres d’Hérodote (essai d’anthropologie politique à travers les écrits d’Hérodote, le père de l’Histoire) et la Charte de l’Unesco, déjà cité dans le Rapport mondial de l’Unesco 2009. « Le but de cet essai est d’identifier ces paramètres et de les lier les uns aux autres car ils expliquent et résument la plupart des conflits identitaires culturels ».
L’articulation autour de quatre paramètres culturels (4 chapitres dans le livre), la religion, les mœurs, la langue et la race, semble intéressante à l’auteur « afin de pouvoir les inclure après les avoir identifiés conceptuellement dans une même logique qui vise à les juxtaposer, les superposer, les additionner, les soustraire et les relativiser ».
Le but étant de les réinscrire dans « un processus de rationalité et de relativité, d’acceptation de la différence, sans créer de discrimination mais de reconnaître les différences structurantes pour pouvoir les dépasser ».
Dans son dernier chapitre, Entre l’Etat nation et le pluralisme culturel, l’auteur évoque plusieurs questions :
Créer une identité multiculturelle dans ses différentes paramètres sans risquer de se sentir menacé ? Comment pouvoir se structurer dans l’identité et la différence ? Quel est le seuil de tolérance pour ne pas se sentir remis en question, fragmenté, éclaté, en voie de disparition ? Quelle violence devrais-je m’imposer à moi-même en tant qu’individu et en tant que groupe pour accepter une différence qui peut me nier ou m’éliminer ?
Enfin et pour conclure, Bahjat Rizk, nous invite à travers son essai, à une réflexion globale sur la question de l’identité entre autre, tout en nous guidant à travers ses 180 pages. N’hésitez pas à vous procurer cet ouvrage.

Et si vous êtes en région parisienne, soyez nombreux à venir rencontrer l’auteur dimanche 23 novembre 2025.
Une rencontre signature est organisée par l’association Rencontre culturelle franco-libanaise (RCFL) au Déli d’Or à Paris 15ème.



