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Le contrôleur général Jacques Bonnetête s’éteint le 15 janvier 2026 à l’âge de 95 ans

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Le 15 janvier 2026, le contrôleur général des armées Jacques Bonnetête s’est éteint à l’âge de 95 ans. Né à Beyrouth en 1931, cet officier supérieur a marqué l’histoire militaire française par son engagement dans les conflits de décolonisation, son expérience de prisonnier en Indochine et son dévouement à la mémoire des anciens combattants. Sa disparition, annoncée dans les cercles militaires et associatifs, rappelle le parcours d’une génération qui a servi la France dans des théâtres d’opérations souvent méconnus du grand public.

Une naissance dans le Levant sous mandat français

Jacques Bonnetête voit le jour à Beyrouth en 1931, au cœur du mandat français sur le Liban, instauré par la Société des Nations en 1920 et qui perdure jusqu’à l’indépendance du pays en 1943. À cette époque, Beyrouth constitue un centre administratif et culturel majeur du Levant français. La ville cosmopolite abrite une communauté française influente, composée de fonctionnaires, de militaires et de familles installées depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Le Grand Liban, créé en 1920 par le général Gouraud, intègre des territoires variés pour former un État pluriconfessionnel où la présence française s’incarne dans les institutions, les écoles et les garnisons.

Dans ce contexte, la naissance de Jacques Bonnetête s’inscrit dans une période où de nombreuses familles françaises ou liées à l’administration mandataire résident au Proche-Orient. Beyrouth, avec son port dynamique et ses quartiers modernes, offre un cadre marqué par l’influence française, tout en étant le théâtre de tensions communautaires naissantes. Cette origine libanaise confère à son parcours une dimension particulière : formé dans un environnement imprégné de la présence française au Levant, il choisira plus tard la carrière des armes au service de la métropole, illustrant les liens étroits entre la France et ses territoires sous mandat.

Un engagement précoce dans l’armée française

Après ses années formatrices, Jacques Bonnetête intègre l’armée française et progresse dans l’infanterie jusqu’au grade de commandant. Son choix de la Légion étrangère marque un tournant décisif. Officier au 3e puis au 4e Régiment étranger d’infanterie, il incarne l’esprit de cette unité d’élite, réputée pour son recrutement international et sa devise « Legio Patria Nostra ». La Légion, forte de traditions forgées depuis le XIXe siècle, attire des officiers français désireux de commander des troupes aguerries dans les opérations extérieures.

Son parcours l’amène également à servir au 24e Bataillon de chasseurs portés en Allemagne, dans le cadre des forces françaises stationnées outre-Rhin après la Seconde Guerre mondiale, puis à l’École militaire de Strasbourg et à l’état-major de l’armée de terre. Ces affectations reflètent une carrière diversifiée, alliant commandement opérationnel et fonctions d’état-major. Parallèlement, Jacques Bonnetête poursuit des études supérieures : titulaire d’une maîtrise de droit public, d’une licence de sciences de l’éducation, diplômé de l’Institut d’études politiques de Strasbourg et d’études supérieures de droit public, il allie rigueur militaire et formation intellectuelle.

Les combats en Indochine et l’épreuve de la captivité

Arrivé en Indochine en avril 1953, Jacques Bonnetête est affecté au Laos au sein du 2e Bataillon du 3e Régiment étranger d’infanterie. Il commande des légionnaires dans des combats intenses, de jour comme de nuit, dans un théâtre marqué par la guérilla du Viet-Minh. La guerre d’Indochine, qui oppose les forces françaises à l’armée populaire de Hô Chi Minh depuis 1946, atteint alors son paroxysme. Les opérations au Laos visent à contrer l’infiltration viet-minh le long du Mékong et à protéger les axes stratégiques.

Le 3 février 1954, Jacques Bonnetête est fait prisonnier. Sa captivité dure sept mois, dans des conditions extrêmes. Il évoque lui-même la dureté des combats, la chaleur, l’humidité, la faim, mais aussi l’endurance des combattants adverses. La détention commence par une marche épuisante de plus de 1 000 kilomètres à travers la forêt, la boue, souvent de nuit, sous des pluies torrentielles. Les prisonniers, constamment trempés et affamés, portent les blessés sur des brancards improvisés le long de pistes glissantes. Nombre de camarades succombent à l’épuisement et aux maladies.

Dans les camps, situés au nord du Tonkin, les détenus subissent un « lavage de cerveau » et des interrogatoires quotidiens. Le manque de nourriture et la fatigue entraînent de nombreuses pertes. Jacques Bonnetête attribue sa survie à son optimisme naturel et à sa conviction de s’en sortir. Libéré le 1er septembre 1954, il passe par l’hôpital de Hanoï, une convalescence à Dalat, puis le Val-de-Grâce en France. Ces mois de captivité marquent profondément son existence et orienteront plus tard son engagement associatif.

Un long service durant la guerre d’Algérie

À peine remis, Jacques Bonnetête rejoint le même bataillon en Algérie, où il sert plus de cinq ans. La guerre d’Algérie, déclenchée en 1954, mobilise massivement les unités de la Légion étrangère dans les opérations de maintien de l’ordre et de contre-guérilla. Les légionnaires interviennent dans les djebels, les zones rurales et les villes, confrontés à une insurrection du Front de libération nationale. Ce conflit, qui mobilise jusqu’à un demi-million d’hommes, se caractérise par des combats asymétriques, des embuscades et des opérations de ratissage.

L’expérience de Jacques Bonnetête en Algérie prolonge son engagement opérationnel intense. Ses citations – Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieures et Croix de la valeur militaire avec cinq citations – témoignent de sa bravoure au feu. Ce théâtre marque la fin de sa phase combattante, avant une transition vers des responsabilités administratives et de contrôle.

Une carrière diversifiée au sein des institutions militaires

À partir de 1972, Jacques Bonnetête entame une seconde carrière comme contrôleur des armées, jusqu’à devenir contrôleur général en 1995. Il exerce des missions traditionnelles d’audit et de vérification, puis se voit confier des responsabilités innovantes : chargé de mission pour les économies d’énergie auprès du ministre de la Défense, chef de l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement au sein du ministère. De 1989 à 1995, il occupe le poste de secrétaire général du Conseil supérieur de la fonction militaire, instance consultative clé pour les conditions de vie et de travail des militaires.

Ces fonctions illustrent l’évolution de l’institution militaire française dans les années post-coloniales, où les questions d’efficacité budgétaire, d’environnement et de dialogue social prennent une importance croissante. Grand officier de la Légion d’honneur et chevalier des Palmes académiques, Jacques Bonnetête incarne une transition réussie entre le commandement opérationnel et les responsabilités administratives de haut niveau.

Un engagement durable pour la mémoire des anciens combattants

Retraité, Jacques Bonnetête consacre une grande partie de son énergie à la transmission de la mémoire. Dès 2000, il préside l’Association nationale des anciens prisonniers, internés et déportés d’Indochine (ANAPI), pendant plus de vingt ans. Sous son impulsion, l’association aide les survivants et perpétue le souvenir des quelque 20 000 prisonniers du Viet-Minh, dont beaucoup ne revinrent pas.

À partir de 2008, il assure également la présidence du Comité national d’entente Indochine – Missions extérieures, qui fédère une cinquantaine d’associations d’anciens combattants. Ce comité obtient des avancées significatives : reconnaissance légale du statut de prisonnier du Viet-Minh en 1989, transfert de soldats inconnus à Notre-Dame-de-Lorette et à Fréjus, instauration de la journée nationale du 8 juin en hommage aux morts pour la France en Indochine. Ces cérémonies, souvent présidées par le ministre des Armées ou exceptionnellement par le Premier ministre, maintiennent vivante la mémoire d’un conflit qui fit plus de 90 000 morts côté français et allié.

Jacques Bonnetête insiste sur la nécessité de transmettre ce souvenir aux générations suivantes, d’autant que les derniers témoins disparaissent progressivement. Il ouvre le comité aux vétérans des opérations extérieures post-1963, favorisant ainsi une continuité mémorielle entre les anciens d’Indochine et les plus jeunes engagés en Afrique ou au Moyen-Orient.

Les hommages rendus après sa disparition

L’annonce de la disparition du contrôleur général Jacques Bonnetête, le 15 janvier 2026, provoque une vague d’hommages au sein des amicales de la Légion étrangère, du Contrôle général des armées et des associations d’anciens combattants. Plusieurs communiqués soulignent son parcours exemplaire, de Beyrouth à l’Indochine, en passant par l’Algérie et les responsabilités administratives. Les messages évoquent un homme optimiste, attaché à ses camarades et dévoué à la mémoire collective.

Les amicales de la Légion étrangère, notamment celles de Paris et des Pyrénées-Orientales, rappellent son service au 3e et 4e Régiment étranger d’infanterie. Le Contrôle général des armées met en avant sa contribution aux réformes internes. L’ANAPI et le Comité national d’entente, qu’il a présidés longtemps, saluent son rôle déterminant dans la reconnaissance des prisonniers du Viet-Minh et la perpétuation du souvenir.

En ce début d’année 2026, ces hommages convergent vers le portrait d’un officier complet, né dans le Levant français, qui a traversé les épreuves des guerres de décolonisation et consacré sa retraite à honorer ses camarades tombés ou capturés.

Les réactions se multiplient dans les jours suivant le 15 janvier, avec des publications soulignant la perte d’un grand témoin de l’histoire militaire française du XXe siècle. Les cercles mémoriels insistent sur la nécessité de poursuivre l’œuvre qu’il a initiée, notamment en faveur des survivants les plus âgés et de la transmission aux plus jeunes générations de militaires.

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