jeudi, janvier 22, 2026

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Le déficit commercial du Liban dépasse 6,7 milliards USD en cinq mois : une reprise sans substitution aux importations

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Malgré une légère reprise des exportations, les importations repartent à la hausse, creusant le déficit commercial de 15 % à fin mai 2025. Le modèle économique reste dépendant des biens étrangers, sans transformation productive locale.

Le ministère des Finances du Liban a publié les chiffres du commerce extérieur pour les cinq premiers mois de 2025, révélant un déficit commercial cumulé de 6,7 milliards USD, en hausse de 15 % par rapport à la même période en 2024. Ce solde résulte d’un volume d’importations de 7,7 milliards USD, contre 1,01 milliard USD d’exportations. Cette détérioration traduit un retour progressif à des niveaux d’importation pré-crise, sans reconstitution parallèle des capacités productives locales.

Hausse des importations : retour des biens de consommation durable

Les importations libanaises ont augmenté de 13,2 % en glissement annuel, portées par le redémarrage de la demande intérieure sur certains segments (automobile, électroménager, matériaux de construction) et la stabilisation relative du taux de change officiel. L’appréciation marginale de la livre libanaise sur les marchés parallèles, combinée à une dollarisation accrue des transactions, a permis un réajustement temporaire de la consommation importée. Toutefois, cette reprise se fait sans base industrielle locale et reste vulnérable à toute pression sur les devises.

Exportations : progression marginale mais structure faible

Les exportations ont crû de 4,9 % à fin mai 2025, atteignant 1,01 milliard USD, contre 963 millions USD à la même période de 2024. Cette amélioration reste modeste, d’autant plus que les produits réexportés (notamment or et électronique) représentent une part importante du total. Les exportations agricoles stagnent et l’industrie agroalimentaire souffre d’un déficit de matières premières, en raison de coûts logistiques élevés et d’un accès irrégulier à l’énergie.

Tableau 1 : Évolution du commerce extérieur (janvier–mai)

AnnéeImportations (M USD)Exportations (M USD)Solde commercial (M USD)Variation annuelle
20226 5141 223–5 291
20236 8101 087–5 723–8,2 %
20246 793963–5 830–1,9 %
20257 7901 010–6 780–15,0 %

Sources : ministère des Finances, traitement Byblos Bank

Dépendance aux importations et absence de politique industrielle

Le déficit structurel du commerce extérieur libanais n’est pas une nouveauté. Mais après une contraction brutale des flux entre 2019 et 2021, la reprise des importations s’est opérée sans stratégie de substitution, ni orientation des investissements vers la production locale. Le Liban continue d’importer plus de 85 % de ses biens de consommationet n’a toujours pas mis en place de plan industriel sectoriel. Aucun mécanisme d’incitation fiscale, de soutien logistique ni de fonds de développement n’a été activé depuis la chute du PIB industriel en 2020.

Un déficit alimenté par les énergies fossiles et les produits de luxe

Parmi les produits les plus importés figurent les carburants, qui représentent à eux seuls plus de 25 % du total, en raison de l’absence d’infrastructure de production énergétique locale. S’y ajoutent des produits pharmaceutiques, électroniques et de luxe. Cette structure d’importation illustre une économie sans ciblage social clair, où les inégalités d’accès persistent, et où les élites consomment toujours en devises. Parallèlement, les importations alimentaires subventionnées ont quasiment disparu, ce qui expose les ménages modestes à des hausses de prix volatiles.

Financement du déficit : pressions sur la balance des paiements

Le déficit commercial accroît mécaniquement les tensions sur la balance des paiements, malgré une amélioration des transferts de la diaspora. En l’absence d’exportations significatives et sans investissements directs étrangers nets, le financement du déficit dépend presque exclusivement des envois de fonds et des financements internationaux ponctuels. La Banque du Liban n’a pas publié de stratégie de couverture des paiements à moyen terme, et ses réserves de change liquides restent limitées (11,3 milliards USD à fin juin 2025).

Comparaison régionale : déséquilibre unique

À titre de comparaison, la Jordanie enregistre un déficit commercial de 4,1 milliards USD pour une population équivalente, mais avec des exportations représentant 34 % de ses importations. Le Maroc, avec un tissu industriel agroalimentaire et automobile plus solide, parvient à stabiliser son déficit à moins de 8 % du PIB. Le Liban, en revanche, affiche une ratio exportations/importations de seulement 13 %, l’un des plus faibles au monde parmi les pays à revenu intermédiaire.

Absence de stratégie commerciale nationale

Le Liban ne dispose d’aucun plan commercial national depuis l’abandon du programme de relance intégré en 2018. Aucun accord de libre-échange significatif n’a été signé depuis plus de 10 ans, et les exportateurs se heurtent à des barrières non tarifaires, notamment logistiques. L’absence d’un guichet unique, de promotion des exportations ou de stratégie de diplomatie économique condamne les efforts sectoriels à rester isolés. Cette fragmentation compromet toute possibilité d’inversion durable de la tendance commerciale.

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Newsdesk Libnanews
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