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Le PIB du Liban atteint 2 943 000 milliards de livres en 2024

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Croissance nominale en trompe-l’œil
Le produit intérieur brut du Liban s’est établi à 2 943 000 milliards de livres libanaises en 2024, soit l’équivalent de 32,8 milliards de dollars américains au taux officiel de 89 500 livres pour un dollar. Ce chiffre représente une progression de 41,3 % par rapport à l’année précédente, où le PIB s’élevait à 2 082 000 milliards de livres, soit 23,3 milliards de dollars. En apparence, il s’agit d’une forte croissance, mais en réalité, cette hausse ne traduit aucune amélioration de l’activité économique. Elle résulte essentiellement d’un ajustement monétaire, consécutif à l’unification du taux de change en février 2024, combiné à une inflation encore marquée. Corrigée des effets de prix, la richesse produite par l’économie libanaise a diminué. Le PIB réel s’est contracté de 7 %, après une baisse de 1,1 % en 2023. Le pays continue donc d’évoluer dans un régime de récession prolongée, masquée par des chiffres gonflés en valeur nominale.

Un effondrement de la demande privée
Les composantes internes de la demande témoignent d’un affaiblissement généralisé du secteur privé. La consommation des ménages a chuté de 14,9 %, ce qui reflète l’érosion du pouvoir d’achat, les effets du chômage latent et la contraction de l’épargne. L’investissement privé a reculé de 30,6 %, signe de la défiance persistante des entreprises face à un climat d’affaires instable, un système bancaire paralysé et un accès au financement quasiment inexistant. Ces deux moteurs essentiels de la croissance sont aujourd’hui en panne. Le repli simultané de la consommation et de l’investissement montre que l’économie domestique n’a ni levier de relance ni capacité de rebond spontané.

Une impulsion budgétaire sans effet d’entraînement
Face à ce recul de l’activité privée, l’État a injecté des ressources pour tenter de soutenir la demande globale. La consommation publique a progressé de 14,6 %, traduisant une augmentation des dépenses de fonctionnement et des services sociaux. L’investissement public, quant à lui, a bondi de 105,1 %, porté par des programmes d’urgence et des efforts de reconstruction. Ce double soutien public n’a toutefois pas produit d’effet d’entraînement sur le reste de l’économie. Les projets restent isolés, à faible intensité capitalistique, sans articulation avec un plan de relance cohérent. L’absence d’investissement privé en parallèle limite l’impact macroéconomique de ces initiatives publiques.

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Inflation persistante et effets statistiques
L’indice des prix à la consommation a progressé en moyenne de 45,2 % sur l’année 2024. Cette hausse, bien qu’en net ralentissement par rapport aux 221,3 % enregistrés en 2023, reste à un niveau incompatible avec la stabilité économique. Elle traduit une dynamique d’inflation enracinée, alimentée par l’illiquidité du marché, l’accumulation de liquidités stériles, et le déficit de confiance dans la monnaie nationale. La croissance nominale du PIB est ainsi dopée mécaniquement par l’inflation, et ne reflète en rien une amélioration de la production réelle. Le tableau ci-dessous résume l’évolution réelle des composantes du PIB.

PosteVariation réelle 2024
PIB réel-7,0 %
Consommation privée-14,9 %
Consommation publique+14,6 %
Investissement privé-30,6 %
Investissement public+105,1 %
Exportations de biens et services+3,8 %
Importations de biens et services+22,0 %

Déséquilibres extérieurs aggravés
Les exportations de biens et services ont augmenté de 3,8 % en volume, mais cette progression reste marginale comparée à l’explosion des importations, qui ont crû de 22 %. La structure du commerce extérieur reste déséquilibrée, et le déficit commercial s’est aggravé. Le taux de couverture des importations par les exportations est limité à 28 %, ce qui signifie que pour chaque dollar exporté, le pays en importe 3,57. Ce déséquilibre pèse sur les comptes extérieurs et maintient une pression permanente sur les besoins de financement en devises.

Dette publique élevée, fiscalité insuffisante
La dette publique brute s’élevait à 136,8 % du PIB en 2024, en baisse apparente par rapport aux 181,6 % enregistrés en 2023. Cette réduction est artificielle : elle reflète uniquement l’augmentation du dénominateur nominal. La dette en devises étrangères représente à elle seule 134,5 % du PIB, exposant le pays à un risque structurel de défaut en l’absence de mécanisme de refinancement externe. Les recettes fiscales ont atteint 12,5 % du PIB, pour des dépenses publiques de 13,1 %, soit un déficit budgétaire de 0,6 %. Ces niveaux témoignent d’un État réduit à une capacité fiscale minimale, opérant sans marge d’investissement stratégique. La base fiscale reste étroite, concentrée sur les taxes à la consommation, tandis que la fraude et l’informalité réduisent la mobilisation des ressources internes.

Dollarisation intégrale et expansion monétaire
La dollarisation de l’économie atteint désormais un seuil quasi total. Les dépôts bancaires sont libellés à 99,1 % en dollars, les crédits à 97,7 %, et la livre libanaise ne circule plus que comme outil de transaction immédiate. Le stock monétaire M3 représente 210,6 % du PIB, contre 181 % un an plus tôt, reflétant une expansion monétaire sans contrepartie productive. Le système bancaire conserve un profil passif : les actifs totaux des banques commerciales s’élèvent à 312,7 % du PIB, mais les crédits au secteur privé ne représentent plus que 17,2 %. Le tableau ci-dessous présente les principaux ratios macroéconomiques de l’année.

IndicateurValeur 2024
PIB nominal (LL)2 943 000 milliards
PIB nominal (USD)32,8 milliards
Inflation moyenne (IPC)45,2 %
Recettes fiscales / PIB12,5 %
Dépenses publiques / PIB13,1 %
Déficit budgétaire / PIB-0,6 %
Dette publique / PIB136,8 %
Dette en devises / PIB134,5 %
Taux de dollarisation des dépôts99,1 %
Taux de dollarisation des crédits97,7 %
Masse monétaire M3 / PIB210,6 %

La croissance nominale de 41 % du PIB masque une économie en repli, dominée par l’inflation, la contraction des investissements et la dépendance aux importations. L’État compense temporairement la faiblesse du privé, mais sans effet multiplicateur. La stabilité macroéconomique reste illusoire, tant que la confiance, le crédit et l’investissement productif ne sont pas rétablis.

Banque du Liban
Fondée en 1963, la Banque du Liban est la banque centrale du pays. Elle détient au 31 juillet 2025 l’équivalent de 11,5 milliards de dollars de réserves de change liquides et 30,5 milliards de dollars de réserves d’or. Ses actifs totaux s’élèvent à 8 427 000 milliards de livres, soit environ 94,1 milliards de dollars. Depuis 2024, elle applique les normes comptables IFRS et a unifié le taux de change officiel à 89 500 LL/USD.

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