Le Liban, déjà aux prises avec des crises politiques et économiques profondes, fait face depuis plusieurs mois à une recrudescence des tensions militaires sur sa frontière sud, principalement entre Israël et le Hezbollah, groupe armé chiite libanais soutenu par l’Iran. Alors que le conflit entre Israël et le Hamas a éclaté à Gaza en octobre 2023, le Liban est rapidement devenu un autre théâtre de confrontation, avec des échanges de tirs quasi quotidiens entre les forces israéliennes et les combattants du Hezbollah.
Dans la nuit de mardi à mercredi, un raid aérien israélien a frappé un camion chargé de missiles appartenant au Hezbollah dans l’est du Liban, selon une source sécuritaire libanaise. L’attaque, qui s’est produite à une dizaine de kilomètres de Baalbek, bastion du Hezbollah, a visé deux camions, dont un a été touché, provoquant une série d’explosions. Le ministère de la Santé a confirmé qu’une personne avait été blessée lors de l’incident. Les sources proches du Hezbollah ont indiqué que les munitions présentes dans le camion ont pris feu après la frappe.
Israël n’a pas immédiatement commenté cette attaque, mais a par le passé ciblé des convois de camions dans l’est du Liban, soupçonnés de transporter des armes en provenance de Syrie pour le Hezbollah. Cette frappe survient dans un contexte de fortes tensions entre Israël et ses voisins, alimentées par la guerre en cours à Gaza.
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Le rôle du Hezbollah dans le conflit régional
Le Hezbollah a intensifié ses échanges de tirs avec l’armée israélienne depuis le déclenchement de la guerre en Gaza, le 7 octobre 2023, après une attaque surprise du Hamas contre Israël. En réponse à la mort de l’un de ses hauts commandants, Fouad Shukur, lors d’une frappe israélienne à Beyrouth, le groupe libanais a lancé des roquettes et des drones contre Israël. Cet épisode a marqué un point culminant dans les affrontements, alors que les deux camps s’étaient déjà engagés dans des combats sporadiques.
Le Hezbollah, tout en affirmant ne pas chercher une guerre à grande échelle, a montré qu’il était prêt à riposter en cas d’agression. Israël, de son côté, a réitéré son objectif de rétablir le calme le long de la frontière pour permettre à ses citoyens de retourner dans leurs foyers. Les autorités israéliennes ont indiqué leur préférence pour une résolution diplomatique, par l’intermédiaire des États-Unis et d’autres médiateurs, mais ont précisé qu’elles n’hésiteraient pas à recourir à la force si nécessaire.
Depuis le début des hostilités, plus de 500 personnes ont été tuées au Liban par des frappes israéliennes, la majorité étant des combattants du Hezbollah et d’autres groupes armés, mais aussi plus de 100 civils. En parallèle, 23 soldats et 26 civils israéliens ont été tués par des tirs provenant du Liban. Les combats ont provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes de part et d’autre de la frontière.
Des frappes au-delà du Liban
La guerre ne se limite pas aux affrontements entre Israël et le Hezbollah. Mercredi, une frappe israélienne a visé une voiture en Syrie, près de la frontière libanaise, tuant quatre personnes. Parmi les victimes, un membre du Hezbollah et trois membres du groupe palestinien Jihad islamique. Ce dernier a envoyé de nombreux combattants en provenance de Syrie pour se joindre aux rangs du Hezbollah dans le sud du Liban, où ils s’affrontent quotidiennement avec les forces israéliennes.
Bien qu’Israël ne commente généralement pas les frappes en Syrie, ces opérations sont fréquentes et visent souvent des militants soutenus par l’Iran, comme ceux du Hezbollah ou du Jihad islamique. Ces frappes illustrent l’interconnexion des différents conflits dans la région, où les alliances entre acteurs locaux et puissances étrangères, comme l’Iran, jouent un rôle central.
Les réactions politiques au Liban
Alors que les tensions militaires s’intensifient, le débat politique au Liban sur l’implication du pays dans ce conflit s’est ravivé. Plusieurs figures politiques se sont exprimées sur la question, y compris le leader druze Walid Joumblatt. Lors d’une interview avec la chaîne qatarie Al-Arabi TV, Joumblatt a jugé la réponse du Hezbollah à l’assassinat de son commandant Fouad Shukur « très calculée ». Selon lui, la capacité du Hezbollah à pénétrer les défenses israéliennes est un facteur important à considérer. Il a toutefois souligné que la neutralité était une illusion et qu’il était impossible pour le Liban de se tenir à l’écart des événements régionaux.
Joumblatt a également critiqué l’inaction des États-Unis dans le conflit à Gaza, estimant que Washington aurait pu arrêter l’agression israélienne s’il l’avait voulu. Il a mis en question la logique selon laquelle seuls les mouvements libanais devaient se retirer alors qu’Israël ne faisait pas de même, et a exprimé son soutien à ceux qui défendent le Liban face à Israël, y compris le Hezbollah.
Dans un registre différent, le chef du Courant patriotique libre (CPL), Jebran Bassil, a de nouveau critiqué la stratégie du Hezbollah dans le cadre de son soutien à Gaza. Lors d’un discours prononcé lors du dîner annuel de la section du CPL de Koura, Bassil a réitéré la position de son parti, affirmant que dès le début du conflit, le CPL avait demandé que le Liban ne soit pas lié à des intérêts extérieurs. Bassil a également regretté que la situation sécuritaire ait eu un impact négatif sur l’arrivée des expatriés libanais durant le mois d’août, généralement une période cruciale pour l’économie libanaise.
Tout en reconnaissant la capacité des Libanais à résister en cas de guerre pour défendre les intérêts nationaux, Bassil a souligné que beaucoup se demandaient pourquoi le Liban devait participer à un conflit dont il n’était pas directement responsable. Il a également rappelé que d’autres pays de la région, comme l’Iran, la Syrie ou l’Irak, n’avaient pas pris part à une guerre contre Israël, laissant le Liban se débattre seul sur ce front.



