Le Liban se réveille ce mardi 31 mars 2026 dans un climat de très forte tension. La nuit a été marquée par de nouvelles frappes au Sud, un bilan humain qui s’alourdit, des attaques contre la FINUL, des combats revendiqués sur plusieurs axes frontaliers, mais aussi des signaux politiques et économiques qui rappellent que la crise déborde largement le seul champ militaire. Entre les avertissements d’évacuation, la réaction des autorités libanaises, la mobilisation diplomatique autour des Casques bleus et la hausse des carburants, le pays entame la journée sous une pression multiple.
Des frappes meurtrières au Sud et dans la banlieue sud
Sur le terrain, le Sud-Liban reste l’épicentre des violences. La NNA a rapporté qu’une frappe sur Shaqra, dans le district de Bint Jbeil, a fait cinq morts et deux blessés selon le ministère de la Santé. MTV signalait également en matinée une nouvelle frappe violente sur Al-Qleileh, au sud de Tyr, signe que la pression aérienne se poursuivait encore au lever du jour. À cela s’ajoutent d’autres raids signalés par les médias libanais au fil de la nuit sur plusieurs localités du Sud et de la Békaa-Ouest.
La séquence ne s’est pas limitée à la ligne frontalière immédiate. D’après les informations relayées plus tôt par la NNA, une frappe dans le secteur d’Al-Rihab, dans la banlieue sud de Beyrouth, a aussi causé des victimes et des blessés. L’ensemble confirme une extension du danger bien au-delà des seuls villages frontaliers, avec des frappes qui touchent à la fois les zones de combat direct et des secteurs urbains plus densément peuplés.
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La FINUL de nouveau touchée, la crise prend une dimension internationale
Le fait le plus grave de ces dernières vingt-quatre heures reste cependant la série d’incidents visant la FINUL. MTV a rapporté lundi un premier nouvel épisode à Beni Hayyan, dans le district de Marjayoun, où une patrouille de la force onusienne a été touchée, avec deux soldats indonésiens tués et plusieurs blessés. Quelques heures plus tard, la chaîne a relayé la condamnation officielle de l’Indonésie, qui a dénoncé une deuxième attaque consécutive contre des Casques bleus dans le sud du Liban.
La réaction diplomatique s’est accélérée dans la foulée. MTV a relayé la condamnation du ministère indonésien des Affaires étrangères, qui a jugé que ces attaques reflétaient une détérioration rapide de la sécurité dans le sud du Liban. Dans le même temps, le chef de la diplomatie française a annoncé qu’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité avait été demandée après ces incidents impliquant la FINUL. La NNA a aussi indiqué que le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, avait contacté Jeanine Hennis-Plasschaert pour présenter les condoléances officielles du Liban après la mort d’un Casque bleu.
L’armée libanaise directement visée
Autre développement sensible, l’armée libanaise a elle aussi été frappée. MTV a rapporté mardi matin qu’un soldat avait été tué et d’autres blessés dans une frappe israélienne contre le poste de contrôle d’Al-Aimriya. LBCI précise, dans ses renvois d’actualité associés au direct de ce matin, que cinq autres soldats ont été blessés dans cette attaque. Ce point marque un nouveau palier dans la gravité des événements : il ne s’agit plus seulement d’échanges entre Israël et le Hezbollah, mais d’un tir ayant atteint directement une position de l’armée régulière libanaise.
Sur le plan politique intérieur, ce type d’incident renforce la pression sur l’État. Selon la NNA, le président Joseph Aoun a assuré qu’il n’y avait « aucune raison de craindre pour la paix civile » tout en intensifiant ses efforts diplomatiques. Depuis Baabda, des responsables politiques relayés par MTV ont eux aussi insisté sur la nécessité de recentrer la réponse autour de l’État, de l’armée et des institutions, dans un contexte où le risque d’élargissement du conflit inquiète de plus en plus ouvertement.
Des opérations militaires qui restent intenses
Les opérations militaires demeurent particulièrement soutenues sur le front sud. LBCI a relayé mardi matin l’annonce de l’armée israélienne faisant état de quatre soldats israéliens tués au combat dans le sud du Liban, ainsi que d’un blessé grave et d’un réserviste blessé plus légèrement. De son côté, MTV a publié une déclaration de l’armée israélienne affirmant avoir visé des dizaines de combattants qui tentaient, selon elle, de tendre des embuscades au cours des dernières vingt-quatre heures.
Dans le même temps, la NNA a relayé les communiqués du Hezbollah faisant état de tirs de roquettes et de drones contre des regroupements de troupes israéliennes et des sites militaires. Al Manar, média proche du Hezbollah, a aussi mis en avant plusieurs opérations revendiquées, notamment une frappe contre un char Merkava sur la route entre Qantara et Taybeh, ainsi que d’autres attaques menées à Aïnata, Beit Lif, Qouzah et dans le secteur de Bayyada. Ces éléments éclairent l’intensité des combats, mais ils relèvent de revendications partisanes et ne disposent pas tous, à ce stade, d’une confirmation indépendante.
Les civils toujours sous la menace
Au-delà des bilans et des opérations, la matinée est aussi marquée par de nouveaux messages d’évacuation. LBCI et MTV ont relayé un avertissement israélien demandant aux habitants situés au sud du fleuve Zahrani de partir immédiatement vers le nord, en invoquant des frappes en cours et des opérations militaires intenses. Un tel message ne touche pas seulement les zones de combat : il pèse sur les déplacements internes, les routes, les familles déjà fragilisées par des semaines de tension et l’organisation des secours.
Dans ce contexte, le point du matin au Liban ne peut pas se réduire au seul décompte des frappes. Il dit aussi quelque chose d’un pays où l’incertitude gagne chaque étage de la vie publique, des villages frontaliers aux institutions, des patrouilles de la FINUL aux habitants sommés de quitter leurs localités dans l’urgence.
Une pression économique qui continue de s’ajouter à la crise
Comme souvent au Liban, la journée s’ouvre aussi sur une contrainte très concrète pour les ménages. LBCI a indiqué mardi matin une hausse des prix des carburants : l’essence 95 et 98 octane augmente de 17 000 livres libanaises, le diesel de 58 000 livres, tandis que le prix de la bonbonne de gaz recule de 14 000 livres. Les nouveaux tarifs affichés sont de 2 381 000 livres pour l’essence 95, 2 422 000 livres pour la 98, 2 353 000 livres pour le diesel et 1 854 000 livres pour la bonbonne de gaz. Dans un pays déjà éprouvé par la guerre et les déplacements, cette évolution rappelle que la pression sécuritaire se double d’une fatigue économique continue.
Au total, ce mardi matin, le Liban se retrouve face à une équation de plus en plus lourde : un Sud sous bombardements, des Casques bleus frappés à deux reprises, un soldat libanais tué, des combats revendiqués de part et d’autre, une diplomatie placée en état d’alerte et une population civile à nouveau sommée de bouger. Le front reste le cœur de l’actualité, mais ce sont bien l’État, la sécurité des civils et la stabilité du pays tout entier qui sont désormais engagés dans cette nouvelle séquence.


