Toulon, 6 mars 2026. Le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre a appareillé ce vendredi matin de sa base navale de Toulon, son port d’attache historique. Escorté par la frégate légère furtive Courbet de classe La Fayette, le bâtiment met le cap sur la Méditerranée orientale pour se positionner au large des côtes libanaises. Sa mission : se tenir prêt à participer à l’évacuation de ressortissants français et binationaux, alors que près de 20 000 d’entre eux se trouvent encore sur place, exposés aux frappes aériennes israéliennes qui visent la banlieue sud de Beyrouth et les secteurs du sud du pays.
Le navire, l’un des trois PHA de la Marine nationale, avait été placé en alerte ces derniers jours dans un contexte d’escalade rapide. Selon les informations confirmées par l’état-major des armées et relayées par plusieurs sources officielles, le Tonnerre devait initialement rester en arrêt technique jusqu’au début du mois de mai. Les conditions techniques ayant été réunies, son départ a été avancé à ce vendredi 6 mars au matin. Le président Emmanuel Macron avait évoqué cette possibilité dans ses interventions des 4 et 5 mars, confirmant l’envoi d’un moyen naval adapté à une opération d’évacuation d’urgence.
Le Tonnerre, un « port flottant » polyvalent taillé pour les crises humanitaires
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Long de 199 mètres pour un déplacement de 21 300 tonnes en charge, le Tonnerre appartient à la classe Mistral. Conçu pour des missions amphibies complexes, il dispose d’un pont d’envol capable d’accueillir jusqu’à 16 hélicoptères de combat ou de transport, d’un hangar vaste et d’un radier inondable permettant d’embarquer et de mettre à l’eau des chalands de débarquement rapides. Son hôpital embarqué de 69 lits, doté de deux blocs opératoires, peut être activé en quelques heures pour traiter des blessés ou des malades évacués.
Le bâtiment peut transporter jusqu’à 400 à 900 soldats selon la configuration, ainsi que des véhicules blindés, des munitions et du fret humanitaire sur ses ponts rouliers. Ces capacités en font l’outil idéal pour une opération d’évacuation maritime en zone à risque. Le Tonnerre n’en est pas à son premier déploiement de ce type : il a déjà servi dans des contextes similaires, notamment pour des extractions de ressortissants ou des missions d’assistance médicale.
La frégate Courbet, qui l’escorte, apporte une protection anti-aérienne et anti-surface complémentaire. Armée de missiles Exocet, de canons de 100 mm et de systèmes de défense rapprochée, cette unité de 124 mètres et 3 600 tonnes est régulièrement déployée en Méditerranée orientale pour des missions de surveillance et d’escorte.
Un déploiement décidé dans l’urgence face à l’escalade des frappes sur le Liban
Ce départ intervient alors que la situation au Liban s’est brutalement dégradée depuis le 3 mars. L’aviation israélienne a multiplié les raids sur la banlieue sud de Beyrouth, le Dahieh, touchant les quartiers de Haret Hreik, Bourj el-Barajneh, Hadath et Ghobeiry. Des ordres d’évacuation massifs ont été diffusés par Tsahal à destination de centaines de milliers de civils libanais, créant un mouvement de panique sur les routes vers le nord et la montagne. Le ministère libanais de la Santé a fait état de dizaines de morts et de centaines de blessés en quelques jours seulement.
Dans ce contexte, la France, qui compte environ 20 000 ressortissants et binationaux sur le territoire libanais, a activé ses plans de contingence. Le Quai d’Orsay et le ministère des Armées suivent heure par heure la situation des Français présents à Beyrouth, dans le sud et dans la Bekaa. Une cellule de crise renforcée a été mise en place à Paris et à l’ambassade de France à Beyrouth. Le déploiement du Tonnerre s’inscrit dans une logique de précaution : le navire pourra, si nécessaire, mener des opérations d’extraction par hélicoptère ou par chalands, tout en offrant une capacité hospitalière et d’accueil temporaire.
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a été informé de cette décision française. Son gouvernement, en fonction depuis février 2025, maintient une ligne de fermeté face aux provocations du Hezbollah tout en réclamant le respect de la souveraineté libanaise. Le ministre de la Défense Michel Menassa coordonne les aspects sécuritaires liés aux mouvements de population, tandis que la ministre des Affaires sociales Hanine Sayyed gère l’accueil des déplacés internes.
Macron en première ligne : « Tout doit être fait pour empêcher le Liban d’être entraîné dans la guerre »
Le président de la République a personnellement piloté cette réponse. Mercredi 4 mars, il a joint Benjamin Netanyahu pour exiger le respect de l’intégrité territoriale libanaise et l’abstention de toute offensive terrestre. Jeudi 5 mars, dans un message public, Emmanuel Macron a déclaré : « Pour le Liban, nous devons agir. Tout doit être fait pour empêcher que ce pays, si proche de la France, soit à nouveau entraîné dans la guerre. » Il a confirmé des échanges avec les autorités libanaises au plus haut niveau « afin d’établir un plan en vue de mettre un terme aux opérations militaires ».
Le chef de l’État a également annoncé l’acheminement immédiat de plusieurs tonnes de médicaments et de solutions d’abri. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a été dépêché à Beyrouth pour coordonner sur place avec le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam. Ce déploiement naval s’ajoute aux renforts déjà apportés aux Forces armées libanaises, notamment en véhicules blindés et en soutien logistique.



