mercredi, janvier 21, 2026

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Le pouvoir du silence

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Le silence, loin d’être une simple absence de mots, est souvent perçu comme un signe de grandeur et de sagesse. Il peut être l’expression d’une maîtrise de soi, d’un profond respect ou d’une compréhension supérieure des événements. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le silence n’est ni lâcheté ni indifférence, mais parfois une forme d’élévation. Comme l’a dit Charles de Gaulle, « Rien ne rehausse l’autorité mieux que le silence. » Ce silence devient alors une réponse éloquente, une manière de marquer sa présence sans entrer dans le tumulte des paroles inutiles.

Dans le contexte des crises politiques, que ce soit au Liban ou ailleurs, le silence prend une dimension particulière. Mais au Liban, une terre marquée par des décennies de conflits, de luttes communautaires et de tensions politiques, le silence n’est pas la réponse naturelle. Ici, on crie. On descend dans la rue, on exprime sa colère à travers des manifestations bruyantes, des slogans et des confrontations passionnées. Le politologue Antoine Messara observe que « dans un pays où les divisions sont ancrées dans l’histoire, le bruit devient un moyen d’exister, de se faire entendre, alors que le silence est souvent perçu comme une soumission ou une trahison. »

Le bruit comme moyen d’expression au Liban

Au Liban, la parole, le cri, et même l’explosion verbale sont des armes souvent utilisées pour contester l’ordre établi. L’histoire récente du pays en témoigne : des guerres civiles aux manifestations du 17 octobre 2019, en passant par la contestation des réformes économiques, les Libanais préfèrent hausser la voix plutôt que de garder le silence. Dans ce contexte, la célèbre citation de Victor Hugo, « Qui ne pleure pas ne voit pas », prend tout son sens au Liban, où l’on pourrait dire que « Qui ne crie pas ne se fait pas entendre. »

Le silence est perçu comme un luxe que peu de Libanais peuvent se permettre, surtout lorsqu’il s’agit de faire face à une classe politique accusée de corruption et d’incompétence. Alors que certains pays voient dans le silence un signe de respect ou de sagesse, au Liban, il est souvent perçu comme un abandon ou une forme d’indifférence. Hannah Arendt, dans ses travaux sur la politique et l’action, remarque que « l’action politique repose sur la capacité de parler et de se taire au bon moment », mais au Liban, cette maîtrise du silence est souvent mise de côté au profit d’une expression bruyante et constante des frustrations.

Le bruit dans les crises politiques

Les crises politiques au Liban sont souvent marquées par un bruit assourdissant. Que ce soit à travers les débats télévisés, les manifestations de rue ou les discussions enflammées dans les cafés, les voix s’élèvent pour critiquer, accuser, réclamer. Le philosophe français Michel Serres a décrit le bruit comme une forme de communication dans une société où la parole est devenue une ressource contestée : « Là où règne le bruit, la parole cherche à se faire entendre. » Au Liban, cette dynamique est exacerbée par le sentiment que le silence équivaut à l’acceptation de l’injustice.

La parole bruyante devient un mécanisme de défense, une manière de ne pas céder à l’inertie. Joseph Nye, théoricien du soft power, note que « dans les sociétés où les institutions sont faibles, le bruit et la protestation sont des formes de pouvoir ». C’est particulièrement vrai au Liban, où la défiance envers les institutions politiques pousse les citoyens à s’exprimer bruyamment, dans un climat où le silence pourrait être vu comme un acte de complicité.

Le silence comme une stratégie absente

Contrairement à d’autres pays où le silence peut être une forme de résistance ou de stratégie politique, le Liban semble avoir peu recours à ce mode d’expression. Dans des pays comme la Suisse ou le Japon, le silence peut être perçu comme une forme de sagesse et de recul, mais dans un pays où les tensions bouillonnent constamment sous la surface, ce n’est pas un comportement valorisé. Comme l’écrit le politologue Bertrand Badie, « le silence en période de crise peut être un outil puissant de résistance, mais dans les sociétés fracturées, il est souvent interprété comme une forme de résignation ou de soumission. » Le contexte libanais, marqué par la pluralité des voix et des revendications, ne laisse guère de place au silence.

La culture politique libanaise valorise la parole : les discours enflammés, les joutes verbales entre adversaires politiques et même les diatribes à la télévision sont autant de moyens d’imposer son point de vue. Le silence, lui, est souvent réservé à ceux qui n’ont pas de moyens d’agir ou de s’exprimer.

Le silence, en temps de crise politique, peut être une forme de sagesse dans certains contextes, mais au Liban, le bruit est la norme. Dans une société marquée par une histoire tumultueuse, des divisions communautaires et un manque de confiance dans les institutions, la parole bruyante devient un moyen de survie. Pourtant, le silence pourrait aussi être une réponse alternative, un espace pour la réflexion et la réconciliation. Comme le disait Lao Tseu, « Le silence est une source de grande force », mais encore faut-il savoir l’écouter dans le vacarme ambiant.

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Newsdesk Libnanews
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