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L’effondrement du secteur bancaire et la disparition des économies des citoyens au Liban

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Le secteur bancaire libanais, autrefois considéré comme un pilier de la stabilité économique du pays, s’est effondré de manière spectaculaire depuis 2019. La perte de confiance dans le système financier, couplée à des pratiques risquées et une mauvaise gestion, a plongé des millions de Libanais dans une crise sans précédent. Les déposants, qui avaient confié leurs économies aux banques libanaises, se retrouvent aujourd’hui incapables d’accéder à leurs fonds, tandis que le secteur financier continue de sombrer dans l’incertitude.

Le secteur bancaire avant la crise

Pendant des décennies, le secteur bancaire libanais a été perçu comme l’un des plus solides de la région. Les banques du pays attiraient des dépôts massifs, non seulement de la diaspora libanaise, mais aussi d’investisseurs internationaux, en raison des taux d’intérêt élevés et de la stabilité apparente du secteur. Les banques libanaises géraient des dépôts d’une valeur totale de plus de 170 milliards de dollars avant la crise, soit plus de trois fois le produit intérieur brut (PIB) du pays.

Le modèle bancaire libanais reposait sur un système de parité fixe entre la livre libanaise et le dollar américain, qui était soutenu par des réserves en devises étrangères gérées par la Banque du Liban (BdL). Cependant, ce système a montré ses limites à mesure que les déficits fiscaux et commerciaux du pays se creusaient, rendant la parité de plus en plus insoutenable.

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Les causes de l’effondrement du secteur bancaire

1. Les pratiques de la Banque du Liban et l’ingénierie financière

La Banque du Liban, sous la direction de son gouverneur Riad Salamé, a mis en place des opérations d’ingénierie financière à partir de 2016, qui ont contribué à fragiliser le secteur bancaire. Ces opérations, destinées à attirer des dépôts en devises étrangères et à maintenir la parité fixe entre la livre et le dollar, ont permis aux banques de réaliser des profits massifs à court terme, mais au détriment de la stabilité à long terme.

Les banques ont bénéficié de taux d’intérêt extrêmement élevés sur leurs dépôts à la BdL, ce qui les a incitées à délaisser le financement de l’économie réelle au profit d’opérations spéculatives. Selon les estimations, ces opérations ont permis aux banques de générer 24 milliards de dollars de profits entre 2016 et 2018, mais elles ont également augmenté la dépendance du système financier à des entrées de capitaux de plus en plus rares.

AnnéeProfits générés par les opérations de la BdL (milliards USD)
201616
201824

2. La crise de la dette publique

Le gouvernement libanais, confronté à des déficits chroniques et à une dette publique croissante, a largement compté sur le secteur bancaire pour financer ses dépenses. Les banques ont massivement investi dans des obligations d’État, souvent financées par les dépôts de leurs clients. Lorsque le Liban a fait défaut sur ses obligations en mars 2020, l’effondrement de la dette publique a entraîné une crise de liquidité dans le secteur bancaire, laissant les banques incapables de rembourser leurs déposants.

En 2020, la dette publique du Liban a atteint environ 170 % du PIB, l’une des plus élevées au monde. Le défaut de paiement a créé une perte de confiance des investisseurs et a aggravé la fuite des capitaux.

3. La dévaluation de la livre libanaise

L’effondrement de la livre libanaise, qui a perdu plus de 98 % de sa valeur par rapport au dollar, a rendu les dépôts en livres libanaises pratiquement sans valeur. Les banques, ayant largement emprunté en devises étrangères et accordé des prêts en livres libanaises, se sont retrouvées en situation de faillite technique. Les déposants, qui avaient confié leurs économies en dollars, ont découvert que leurs dépôts étaient soit bloqués, soit convertis en livres à des taux de change défavorables.

Le taux de change officiel, fixé à 1 507 LL pour 1 USD, est devenu totalement déconnecté de la réalité du marché parallèle, où le taux dépasse les 90 000 LL pour 1 USD. Cela a entraîné une érosion massive de la valeur des dépôts et a accentué la crise de confiance dans le secteur bancaire.

AnnéeTaux officiel (LL/USD)Taux du marché parallèle (LL/USD)
20181 5071 507
20201 5078 000
20241 50790 000

Les conséquences pour les déposants

1. La disparition des économies

L’une des conséquences les plus dramatiques de l’effondrement bancaire est la disparition des économies des citoyens. Des millions de Libanais ont vu leurs comptes en devises étrangères gelés, sans possibilité de retirer leurs fonds. Ceux qui avaient épargné en livres libanaises ont vu la valeur de leurs économies fondre avec l’hyperinflation et la dévaluation.

Selon un rapport de la Banque mondiale, environ 40 % des dépôts en dollars dans les banques libanaises ont perdu leur valeur réelle, soit en raison de l’incapacité des banques à restituer ces fonds, soit en raison des conversions forcées en livres libanaises à des taux de change artificiellement bas. Cette situation a plongé de nombreux Libanais dans la pauvreté et a alimenté une colère grandissante contre le système bancaire et les autorités politiques.

2. L’impact sur la classe moyenne

La classe moyenne libanaise, autrefois considérée comme un pilier de la stabilité sociale et économique, a été particulièrement touchée par cette crise. Les économies d’une vie ont été perdues, les projets d’achat immobilier ou d’éducation à l’étranger sont devenus inaccessibles, et la confiance dans le système bancaire s’est effondrée.

En conséquence, la classe moyenne a été précipitée dans une situation de précarité. Les dépôts bloqués, combinés à la perte de pouvoir d’achat due à l’inflation, ont drastiquement réduit le niveau de vie de millions de Libanais.

3. La fuite des capitaux et des cerveaux

Face à l’incertitude économique, de nombreux Libanais, en particulier ceux disposant de ressources financières, ont cherché à transférer leurs capitaux à l’étranger. Selon les estimations, plus de 10 milliards de dollars ont quitté le Liban entre 2019 et 2023, exacerbant la crise de liquidité et affaiblissant encore plus le système bancaire.

Simultanément, la « fuite des cerveaux » s’est intensifiée. Les jeunes diplômés et les professionnels qualifiés, qui voyaient autrefois le Liban comme un pays offrant des opportunités, sont désormais nombreux à émigrer, privant le pays de ses talents les plus précieux et rendant plus difficile toute perspective de redressement économique.

Les tentatives de réformes et les obstacles

1. La restructuration du secteur bancaire

Depuis 2020, plusieurs plans ont été proposés pour restructurer le secteur bancaire, mais aucune réforme majeure n’a encore été mise en œuvre. Le gouvernement, sous la pression du Fonds monétaire international (FMI) et de la communauté internationale, a envisagé de réduire la taille du secteur bancaire, de recapitaliser les banques, et de restructurer la dette publique.

Cependant, ces réformes sont constamment retardées par les luttes politiques internes et la résistance des élites financières, qui cherchent à protéger leurs propres intérêts. La Banque mondiale a averti que sans réformes rapides, le Liban risquait de sombrer dans une crise financière encore plus grave.

2. La protection des petits déposants

L’une des principales questions au cœur des négociations sur la restructuration est la protection des petits déposants. Selon les propositions du FMI, les petits déposants devraient être protégés en priorité, tandis que les grandes fortunes, souvent liées aux élites politiques et économiques, devraient supporter une part plus importante des pertes.

Cependant, cette approche se heurte à une forte opposition de la part de certaines banques et des politiciens influents, ce qui a retardé la mise en œuvre de ces réformes.

3. Le rôle de la Banque du Liban

La Banque du Liban, sous la direction de Riad Salamé, a été critiquée pour son rôle dans l’effondrement du secteur bancaire. Accusée de mauvaise gestion des réserves en devises et d’avoir facilité les opérations d’ingénierie financière risquées, la BdL fait aujourd’hui face à des appels croissants pour un audit complet et une réforme de son fonctionnement.

Perspectives pour l’avenir

Le secteur bancaire libanais est à un carrefour critique. Sans réformes structurelles profondes, il sera difficile de restaurer la confiance dans le système bancaire et de redresser l’économie. Le soutien de la communauté internationale, notamment du FMI et de la Banque mondiale, sera crucial pour garantir que les réformes nécessaires soient mises en œuvre.

Dans l’immédiat, le Liban doit s’efforcer de protéger les petits déposants, de restructurer sa dette publique et de rétablir un système de change stable. L’avenir du secteur bancaire libanais dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement à surmonter les obstacles politiques et à adopter des réformes courageuses.

L’effondrement du secteur bancaire au Liban a eu des conséquences dramatiques pour la population, en particulier pour la classe moyenne et les petits déposants. Des économies entières ont disparu, la confiance dans les banques a été irrémédiablement brisée, et l’économie continue de plonger dans la crise. Si des réformes ne sont pas rapidement mises en œuvre, le pays risque de voir ses perspectives de redressement économique s’éloigner encore davantage. Seule une action concertée, soutenue par la communauté internationale, permettra de restaurer la confiance dans le système financier et de relancer l’économie libanaise.


Sources :

  1. Banque mondiale, « Lebanon Financial Crisis Report, » 2023.
  2. FMI, « Lebanon Economic Outlook, » 2024.
  3. Transparency International, « The Role of Corruption in Lebanon’s Banking Collapse, » 2023.
  4. Banque du Liban, « Operations and Financial Engineering, » 2023.

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