Le ministre de la Justice, Adel Nassar, a réagi avec une célérité exemplaire à un incident survenu ce dimanche dans la banlieue sud de Beyrouth. Dans un communiqué officiel diffusé à 17 h 44 par l’Agence nationale d’information, le chef du département de la Justice a confirmé avoir été informé de l’interception de plusieurs journalistes par un groupe d’hommes armés près de la zone d’Al-Kafa’at, quartier emblématique de la Dahiyeh où le Hezbollah maintient un contrôle historique. Le ministre a explicitement évoqué « des personnes armées, dont l’appartenance au Hezbollah est fortement présumée ».
Dès la réception de l’information, Adel Nassar a contacté personnellement le procureur général près la Cour de cassation, le juge Jamal Hajjar, et le commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire, le juge Claude Ghanem. Ces deux magistrats, déjà en charge de dossiers sensibles liés à la sécurité nationale, ont immédiatement saisi les services de renseignement des Forces armées libanaises et des Forces de sécurité intérieure. L’objectif est clair : ouvrir une enquête exhaustive, qualifier les faits et appliquer toutes les dispositions légales nécessaires dans un climat de tension extrême.
Un incident symbolique au cœur de la Dahiyeh, bastion du Hezbollah
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La zone d’Al-Kafa’at, située au sud de Beyrouth, n’est pas un quartier ordinaire. Elle fait partie de cette vaste banlieue sud que le Hezbollah considère depuis des décennies comme son fief imprenable. C’est là que le parti a implanté ses centres opérationnels, ses bureaux et une partie de son infrastructure clandestine. L’interception de journalistes dans ce périmètre revêt une charge symbolique forte : elle survient précisément au moment où l’État libanais tente, pour la première fois depuis longtemps, de réaffirmer son autorité sur l’ensemble du territoire.
Les reporters concernés exerçaient leur métier dans un contexte de couverture de l’actualité sécuritaire. Leur présence même dans cette zone témoigne de la détermination de la presse libanaise à informer malgré les risques. Le communiqué ministériel insiste sur la nécessité d’une enquête « transparente et rapide » pour qualifier les faits : port d’armes illégal, entrave à la liberté de la presse, constitution de groupe armé non autorisé et, potentiellement, violation directe de la décision gouvernementale interdisant les activités militaires du Hezbollah.
Le contexte explosif des bombardements israéliens qui ont fait près de 400 morts depuis le 2 mars 2026
Cet incident ne peut être dissocié du cycle de violence qui a embrasé le Liban depuis le 2 mars dernier. Ce jour-là, le Hezbollah a lancé une série de roquettes et de drones en direction d’Israël, notamment vers Haïfa, en réponse à des développements impliquant l’Iran. Ces tirs, qualifiés par le mouvement de « solidarité régionale », ont immédiatement déclenché une riposte israélienne d’une ampleur sans précédent depuis des années : des bombardements aériens massifs, soutenus par des frappes d’artillerie, ont visé la banlieue sud de Beyrouth, le Sud-Liban, la Bekaa et plusieurs sites stratégiques.
Selon les bilans officiels communiqués par les autorités libanaises et confirmés par les services de santé, ces opérations israéliennes ont causé près de 400 morts parmi les civils et les combattants, et des centaines de blessés. Les frappes ont touché des zones résidentielles, des infrastructures civiles et des positions présumées du Hezbollah, entraînant des destructions massives dans des villages frontaliers et dans la Dahiyeh. Des quartiers entiers ont été ravagés, provoquant un déplacement massif de populations vers le nord du pays. Les images de bâtiments effondrés et de convois humanitaires ont fait le tour du monde, rappelant les heures les plus sombres des conflits précédents.
Face à cette escalade fulgurante, le gouvernement de Nawaf Salam, réuni en session extraordinaire au palais de Baabda le 2 mars au soir, a adopté une décision historique : interdiction totale et immédiate de toutes les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah sur le sol libanais, avec obligation de remettre sans délai ni condition l’ensemble de son arsenal aux Forces armées libanaises. Le Premier ministre a alors rappelé avec force que « la décision de guerre ou de paix relève exclusivement de l’État et de ses institutions légitimes ». Cette résolution, la plus ferme jamais prise par un exécutif libanais depuis la fin de la guerre civile, a marqué une rupture claire avec des décennies de coexistence implicite.
Adel Nassar, ministre de la Justice depuis la formation du cabinet technocratique en février 2025, s’est immédiatement positionné en première ligne pour traduire cette décision en actes judiciaires concrets. Il a déjà ordonné, ces derniers jours, l’ouverture de procédures contre plusieurs responsables du Hezbollah, dont le secrétaire général adjoint Naïm Kassem, pour des actes considérés comme contraires à la souveraineté de l’État.
La vague de suspicions d’espionnage au profit d’Israël : un climat de paranoïa sécuritaire
Parallèlement aux bombardements qui ont fait près de 400 morts, les services de sécurité libanais ont enregistré une recrudescence alarmante d’affaires d’espionnage. Depuis le début du mois de mars 2026, plus de quarante personnes – Libanais et étrangers – ont été arrêtées dans le Sud-Liban et dans la banlieue sud de Beyrouth pour des soupçons de collaboration avec les services israéliens, notamment le Mossad. Ces arrestations, menées conjointement par les renseignements militaires et les Forces de sécurité intérieure, ont révélé des réseaux d’informateurs soupçonnés d’avoir transmis des coordonnées précises de positions du Hezbollah et de sites sensibles, facilitant ainsi la précision des frappes aériennes israéliennes.
Ce climat de suspicion généralisée explique en grande partie la tension extrême qui règne aujourd’hui à Al-Kafa’at et dans l’ensemble de la Dahiyeh. Chaque mouvement inhabituel, chaque présence journalistique ou étrangère est scruté avec une vigilance accrue. L’interception des reporters par des hommes armés présumés du Hezbollah s’inscrit précisément dans cette atmosphère où le parti chiite, affaibli par les bombardements et par la décision gouvernementale, cherche à maintenir un contrôle strict sur son territoire historique.
Les juges Jamal Hajjar et Claude Ghanem, déjà saisis de plusieurs de ces dossiers d’espionnage, disposent désormais d’un mandat élargi pour croiser les informations relatives à l’incident d’Al-Kafa’at avec les enquêtes en cours sur les réseaux présumés pro-israéliens. Leur double compétence – civile et militaire – permet une coordination fluide entre les différents services de l’État.



