Une visite d’inspection au cœur du dispositif militaire face aux attaques israéliennes
Le commandant en chef de l’armée libanaise, l’émir Rodolphe Haykal, a effectué ce mercredi 11 mars 2026 une visite d’inspection opérationnelle à la tête de la 7e brigade d’infanterie, stationnée dans la caserne François al-Hajj à Marjeyoun. Le haut gradé s’est rendu directement dans le secteur sud du Litani pour évaluer la situation sur le terrain, alors que les frappes israéliennes se poursuivent de manière intensive depuis le début du mois de mars 2026.
Accompagné de son état-major, le général Haykal a passé en revue les positions avancées, les dispositifs de surveillance et les mesures défensives déployées le long de cette ligne stratégique. Il a rencontré sur place les officiers et les soldats engagés dans ce secteur particulièrement exposé, leur exprimant sa reconnaissance pour leur endurance et leurs sacrifices face aux agressions répétées qui ont déjà causé des dizaines de morts et de blessés parmi les militaires et les civils libanais ces dernières semaines.
Le message sans équivoque du commandant en chef devant ses troupes
Devant les troupes rassemblées, l’émir Rodolphe Haykal a tenu des propos fermes et directs. Il a réaffirmé que « l’armée est la solution pour le salut du Liban et la garantie de son unité ». Le commandant en chef a explicitement dénoncé les campagnes de diffamation qui le visent personnellement, assurant qu’elles ne parviendraient pas à détourner l’institution militaire de sa mission constitutionnelle.
« Nous sommes déterminés à étendre l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire, conformément à la décision des autorités politiques, et nous restons attachés à l’intérêt national supérieur pour préserver l’unité du Liban et de ses fils », a-t-il déclaré. Il a insisté sur le caractère national et inclusif de l’institution : « L’uniforme militaire que portent les fils de l’armée appartient à la patrie dans toutes ses régions et toutes ses composantes ».
Le général a reconnu la difficulté de la période actuelle : « La phase est dure et les défis sont grands, mais notre détermination, notre force et notre foi dans la sacralité de notre mission restent le fondement de notre succès ». Il a terminé son intervention en appelant les militaires à la vigilance et à ne pas prêter attention aux rumeurs et aux campagnes de diffamation qui tentent de porter atteinte à l’institution et à son commandant.
Un hommage personnel au prêtre assassiné dans une frappe israélienne à Qlaiaa
Immédiatement après l’inspection militaire, l’émir Rodolphe Haykal s’est rendu dans la localité de Qlaiaa, toujours dans le district de Marjeyoun. Il y a présenté ses condoléances personnelles à la famille du père Pierre Milad al-Ra’i, curé de la paroisse Saint-Georges, tué le 9 mars dernier dans une frappe israélienne qui a directement touché le village.
Cette visite de condoléances, effectuée en uniforme et en présence d’officiers supérieurs, illustre le rôle de l’armée comme protectrice de toutes les communautés libanaises, quelle que soit leur confession. Le prêtre, figure respectée de la communauté chrétienne locale, exerçait son ministère dans une zone déjà durement éprouvée par les hostilités.
Les campagnes de diffamation ciblant personnellement le général Haykal
Le discours du général Haykal intervient dans un contexte de pressions et de campagnes de diffamation ciblées directement contre sa personne. Depuis plusieurs mois, des critiques virulentes émanent tant de l’intérieur que de l’extérieur du pays. Des députés de l’opposition, notamment du bloc du Changement et des indépendants comme Michel Moawad et Mark Daou, lui reprochent publiquement une mise en œuvre trop lente du désarmement des groupes armés non étatiques au nord du fleuve Litani.
L’armée libanaise elle-même fait l’objet de vives critiques pour s’être retirée de positions avancées dans certaines zones où des forces israéliennes sont présentes, une décision justifiée par le commandement pour « protéger ses soldats » mais qualifiée par certains d’inacceptable, car elle laisserait les civils sans défense directe face aux incursions. Parallèlement, le général Haykal et l’institution qu’il dirige sont accusés de ne pas avoir procédé au désarmement complet du Hezbollah malgré la décision gouvernementale du 2 mars 2026 déclarant illégales les activités militaires du parti chiite et appelant l’armée à appliquer le plan de monopole des armes « par tous les moyens possibles ».
À l’extérieur, les pressions américaines sont particulièrement fortes. En novembre 2025, une visite officielle du général Haykal aux États-Unis avait été annulée après des critiques ouvertes de parlementaires américains et israéliens. Le sénateur républicain Lindsey Graham avait notamment accusé le commandant en chef de ne pas fournir suffisamment d’efforts pour désarmer le Hezbollah et avait qualifié l’armée libanaise de partenaire « peu fiable » après une rencontre tendue au cours de laquelle le général Haykal avait refusé de qualifier le mouvement chiite d’organisation terroriste dans le contexte libanais.
Ces attaques personnelles se sont intensifiées ces dernières semaines, avec des appels explicites au remplacement du général Haykal émanant de certains milieux occidentaux et de factions libanaises favorables à une application plus rapide de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le président de la République, Joseph Aoun, a dû défendre publiquement son commandant en chef à plusieurs reprises, soulignant que toute décision de changement à la tête de l’armée ne saurait intervenir en pleine période de guerre.
Le contexte explosif des combats au sud du Litani
Cette inspection survient au cœur d’une escalade militaire qui s’est brutalement intensifiée depuis le 2 mars 2026. Les forces israéliennes ont multiplié les frappes aériennes, les tirs d’artillerie et les opérations ciblées sur des localités situées au sud du fleuve Litani. Les autorités libanaises ont enregistré plus de 570 morts et des centaines de blessés parmi les civils et les militaires depuis le début de cette nouvelle phase de violences.
Les districts de Marjeyoun, Bint Jbeil, Nabatiyeh et la Bekaa ouest sont les plus touchés. Des villages entiers ont été évacués en urgence suite à des ordres israéliens. Des infrastructures routières, des écoles et des hôpitaux sont saturés par l’afflux massif de déplacés. L’armée libanaise, déployée en première ligne, fait face à des bombardements qui visent parfois des positions proches des casernes ou des postes d’observation avancés.
La 7e brigade d’infanterie, unité d’élite spécialisée dans les opérations en terrain montagneux et frontalier, joue un rôle central dans la défense de ce secteur stratégique. Les soldats maintiennent un dispositif de surveillance permanent le long de la Ligne bleue, en coordination étroite avec les forces de la Finul dont le mandat a été prolongé par le Conseil de sécurité.
L’armée libanaise, rempart de la souveraineté face aux critiques
Dans son allocution, le général Haykal a rappelé que l’armée agit exclusivement sur ordre des autorités politiques légitimes. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, à la tête du gouvernement depuis février 2025, ont réitéré à plusieurs reprises leur soutien total à l’institution militaire et à son commandant en chef. Le général a insisté sur le respect strict de la résolution 1701, qui demeure la référence internationale pour la stabilisation du Sud-Liban.
Le déploiement de plusieurs brigades, dont la 7e, s’inscrit dans cette logique de restauration de l’autorité de l’État. Les patrouilles quotidiennes, les opérations de surveillance et les mesures de contrôle visent à empêcher toute activité militaire non autorisée sur le territoire national. Le commandant en chef a souligné que cette mission est menée dans l’intérêt national supérieur, loin de toute considération partisane.
La dimension humaine et interconfessionnelle de la crise
La mort du père Pierre Milad al-Ra’i illustre la souffrance des populations civiles prises entre deux feux. Le prêtre exerçait son ministère dans une paroisse historique de Qlaiaa, dans une région à forte mixité confessionnelle. Sa disparition a suscité des réactions unanimes de condamnation de la part des leaders religieux de toutes les communautés.
L’armée, en se rendant sur place pour présenter les condoléances du commandant en chef, a voulu montrer qu’elle ne laissait aucune communauté isolée. Le général Haykal a personnellement réconforté les proches du défunt et assuré que les forces armées redoubleraient de vigilance pour protéger les villages frontaliers, qu’ils soient chiites, chrétiens, sunnites ou druzes.
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