L’Administration Centrale des Statistiques (CAS) a annoncé une augmentation de 22,1 % de l’indice des prix à la consommation (IPC) en octobre 2024, par rapport au même mois en 2023. Cette hausse, dans un Liban marqué par une crise économique persistante et une inflation galopante, reflète les déséquilibres structurels profonds du pays, aggravés par les tensions régionales et un secteur monétaire instable. Les ménages libanais continuent de subir une détérioration de leur pouvoir d’achat alors que les prix explosent dans plusieurs secteurs clés.
L’éducation en tête des hausses avec une progression spectaculaire
La hausse la plus marquée concerne le secteur de l’éducation, avec une augmentation exceptionnelle de 310,7 % sur un an. Cette flambée est principalement due à la hausse vertigineuse des frais de scolarité (+417,9 %), du transport scolaire (+171,3 %) et des fournitures scolaires (+163,7 %). Le contexte économique libanais, où la dépréciation de la monnaie nationale contraint les établissements à ajuster leurs tarifs en dollars américains, exacerbe la pression sur les familles.
Les autres biens et services : une inflation généralisée
Le secteur des autres biens et services affiche une hausse notable de 45,1 %. Les principales augmentations concernent les services financiers (+569,7 %), les soins personnels (+42,1 %) et les bijoux (+40 %). Ces hausses témoignent de l’impact du renchérissement des produits importés et de l’instabilité des marchés locaux. La crise bancaire persistante accentue les incertitudes, contraignant les consommateurs à supporter des coûts toujours plus élevés.
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Transports et télécommunications : un secteur fortement impacté
L’indice des transports et télécommunications progresse de 35,5 %. Cette hausse résulte de l’augmentation des services de transport (+36,2 %) et des services téléphoniques (+4,4 %). La dépendance croissante aux importations de carburants, dans un contexte de fluctuation des prix internationaux et de dépréciation de la livre libanaise, renforce ces pressions inflationnistes.
Les biens durables : entre hausses et baisses
Le secteur des biens durables a enregistré une augmentation moyenne de 22 %. Les meubles de maison ont connu une progression spectaculaire de 155,8 %, suivis des produits ménagers divers (+16,8 %) et des services d’entretien(+4 %). Toutefois, des baisses ont été observées dans les linges de maison (-19,6 %) et les ustensiles de cuisine (-2,3 %). Cette disparité reflète une demande variable selon les biens, certains devenant inaccessibles pour une majorité de ménages.
La santé : une hausse continue dans les services essentiels
L’indice de la santé a augmenté de 11,2 %, en raison des hausses des services ambulatoires (+18,2 %), des services hospitaliers (+13,6 %) et des accessoires médicaux (+2,8 %). Le secteur reste l’un des plus sensibles, alors que les dépenses médicales augmentent dans un pays où les infrastructures publiques sont sous pression et où les soins privés deviennent inabordables pour une majorité de la population.
L’alimentation et les boissons : des pressions constantes sur les ménages
L’indice des aliments et boissons a progressé de 10,7 % en octobre 2024. Les produits du tabac affichent une hausse significative (+19 %), tandis que les produits alimentaires augmentent de 10,6 %. Parmi les sous-catégories les plus touchées, on note les autres produits alimentaires (+36,5 %), les poissons et fruits de mer (+33,1 %) et les produits céréaliers (+22 %). En revanche, les chocolats et confiseries reculent légèrement de 0,1 %. La hausse des prix alimentaires s’explique principalement par les coûts d’importation élevés et la dévaluation persistante de la monnaie.
L’habillement : le seul secteur en déclin
L’indice de l’habillement a diminué de 7,9 %. Cette baisse est attribuée à des reculs dans les sous-catégories des chaussures (-15,3 %) et des matériaux de couture (-5 %). Les consommateurs libanais, dont les budgets sont de plus en plus limités, réduisent leurs dépenses discrétionnaires, ce qui impacte particulièrement le secteur textile.
Tableau récapitulatif des secteurs en hausse
| Secteur | Variation (%) |
|---|---|
| Éducation | 310,7 |
| Autres biens et services | 45,1 |
| Transports et télécommunications | 35,5 |
| Biens durables | 22,0 |
| Santé | 11,2 |
| Alimentation et boissons | 10,7 |
| Habillement | -7,9 |
Contexte économique global du Liban
Le Liban traverse une crise économique sans précédent depuis 2019. La dévaluation de la monnaie, l’hyperinflation, les restrictions bancaires et la fuite des capitaux ont profondément ébranlé l’économie nationale. Le secteur public demeure paralysé par un manque de réformes structurelles, tandis que le secteur privé subit les contrecoups de cette instabilité. L’augmentation de l’IPC illustre les défis majeurs auxquels fait face la population libanaise, dont le pouvoir d’achat s’érode mois après mois.
Perspectives économiques et conséquences
L’inflation persistante, combinée à un contexte économique fragilisé, accentue la pression sur les ménages libanais. Les dépenses essentielles comme l’éducation, la santé et l’alimentation deviennent inaccessibles pour de nombreux foyers. Sans intervention économique structurelle et stabilisation monétaire, la tendance haussière de l’indice des prix risque de se poursuivre, aggravant les inégalités sociales et freinant la reprise économique.



